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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100880

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100880

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHATCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2021, M. A E D, représenté par Me Hatchi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans à compter de la notification de sa décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est contraire aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ est insuffisamment motivée ;

- la décision d'interdiction de retour en France est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de la Guadeloupe du 9 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B C,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant haïtien né le 13 avril 1987, déclare être entré en France en 2013. Par un arrêté du 21 juin 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans à compter de la notification de sa décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. M. D se prévaut de sa résidence habituelle sur le territoire depuis 2013 et de la présence en Guadeloupe de sa compagne et de ses deux enfants ainsi que celle de son père, en situation régulière. Toutefois, et ainsi que le fait valoir le préfet, sa compagne se trouve également en situation irrégulière, et aucun élément ne fait obstacle à ce que la cellule familiale composée du couple et des deux jeunes enfants se reconstitue en Haïti. Par ailleurs, M. D n'établit pas, ni même n'allègue, entretenir avec son père résidant sur le territoire des liens d'une particulière intensité. Enfin, la circonstance que l'intéressé ait conclu le 1er avril 2020 un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent polyvalent ne suffit à établir une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, le préfet de la Guadeloupe n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement () ".

5. La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire vise les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le 3° de l'article L. 612-3 du même code qui permettent à l'autorité préfectorale de refuser un délai de départ volontaire lorsqu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation, notamment lorsque ce dernier n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour. Elle rappelle également les éléments de fait relatifs à la situation de M. D, et notamment la circonstance que ce dernier n'a pas cherché à régulariser sa situation à l'expiration, le 30 janvier 2019, de l'autorisation provisoire de séjour dont il bénéficiait. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est suffisamment motivée.

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. Le requérant, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, soutient que le préfet de la Guadeloupe aurait commis une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle en fixant la durée de cette interdiction de retour à trois années. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé est en concubinage avec une compatriote en situation irrégulière, qui a donc également vocation à retourner dans son pays d'origine, que le requérant n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative depuis son arrivée en 2013 et qu'il a fait l'objet d'une condamnation pénale par le tribunal correctionnel de Basse-Terre pour reconnaissance frauduleuse d'un enfant français. Dans ces conditions, et alors, ainsi qu'il l'a été énoncé précédemment, que l'intéressé ne justifie pas de liens privés, familiaux ou professionnels en France tels qu'il aurait vocation à y rester et qu'aucune circonstance ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue en Haïti, le préfet de la Guadeloupe n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. C

Le président

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière en cheffe adjointe,

Signé

A.CETOL

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