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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100950

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100950

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 11 août 2021 et 2 mars 2022, l'Union des travailleurs de la santé (UTS-UGTG), représentée par la scp Ezelin-Dione, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération n° 2021-01 du 11 février 2021 par laquelle le conseil de surveillance du centre hospitalier de la Basse-Terre a approuvé la demande d'adhésion auprès du comité de gestion des œuvres sociales des établissements hospitaliers publics (CGOS), ensemble la décision du 11 juin 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier de la Basse-Terre a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision n° 2021-9CHBT/DG du 23 avril 2021 par laquelle la présidente et le vice-président du directoire du centre hospitalier de la Basse-Terre ont approuvé la demande d'adhésion auprès de Plurélya, gestionnaire des œuvres sociales et culturelles pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière, ensemble la décision du 11 juin 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier de la Basse-Terre a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Basse-Terre une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le syndicat requérant soutient que :

- la délibération du 11 février 2021 est entachée d'un vice de procédure, faute pour le comité technique d'établissement d'avoir été régulièrement consulté préalablement à son édiction ;

- la décision du 23 avril 2021 est entachée d'un vice de procédure, faute pour le comité technique d'établissement et le conseil de surveillance d'avoir été régulièrement consultés préalablement à son édiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2022, le centre hospitalier de la Basse-Terre, représenté par la selarl Minier Maugendre et associés agissant par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que l'UTS-UGTG lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour le syndicat requérant de justifier d'un intérêt à contester les décisions attaquées ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 11 février 2021 sont irrecevables, dès lors que celle-ci ne constitue qu'une mesure préparatoire insusceptible de recours ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 23 avril 2021 sont irrecevables, dès lors que sa légalité ne peut être contestée qu'à l'occasion d'un recours de pleine juridiction en contestation de la validité du contrat dont la décision approuve la conclusion ;

- en tout état de cause, aucun des moyens soulevés par le syndicat requérant n'est fondé.

Par lettre du 28 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la délibération du conseil de surveillance du 11 février 2021, ensemble le rejet du recours gracieux formé à son encontre, en ce que ces décisions constituent des actes détachables du contrat éventuellement conclu consécutivement, dont la légalité ne peut être contestée, en application de la jurisprudence du Conseil d'Etat " Département de Tarn-et-Garonne " du 4 avril 2014, qu'à l'occasion du recours de pleine juridiction dirigé contre le contrat lui-même.

Un mémoire présenté pour le centre hospitalier de la Basse-Terre a été enregistré le 4 octobre 2022 et n'a pas été communiqué.

Un mémoire présenté pour l'UTS-UGTG a été enregistré le 14 octobre 2022 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lubrani, conseiller ;

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public ;

- les observations de Me Ezelin, représentant l'UTS-UGTG, et celles de Me Divialle, substituant la selarl Minier Maugendre et associés, représentant le centre hospitalier de la Basse-Terre.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier de la Basse-Terre (CHBT), initialement adhérent au comité de gestions des œuvres sociales de la Guadeloupe (COGSH), a décidé de changer d'organisme gestionnaire d'œuvres sociales à la suite d'un rapport de la chambre régionale des comptes de la Guadeloupe du 19 novembre 2019 mettant en lumière de nombreux dysfonctionnements de gestion au sein du COGSH. Par une délibération du 11 février 2021, le conseil de surveillance du CHBT a approuvé la demande d'adhésion du CHBT auprès du comité de gestion des œuvres sociales des établissements hospitaliers publics (CGOS). Par une décision du 23 avril 2021, la présidente et le vice-président du directoire du CHBT ont approuvé la demande d'adhésion du CHBT auprès de Plurélya, gestionnaire des œuvres sociales et culturelles pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière. Le 11 juin 2021, la directrice du CHBT a rejeté le recours gracieux formé contre ces actes par le syndicat Union des travailleurs de la santé (UTS-UGTG), dont les représentants siègent notamment au sein du comité technique d'établissement. Par la présente requête, le syndicat requérant demande au tribunal d'annuler les deux actes du 11 février et du 23 avril 2021, ensemble la décision du 11 juin 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " () L'Etat, les collectivités locales et leurs établissements publics peuvent confier à titre exclusif la gestion de tout ou partie des prestations dont bénéficient les agents à des organismes à but non lucratif ou à des associations nationales ou locales régies par la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association () ". Aux termes de l'article 116-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction alors applicable : " Les personnels des établissements mentionnés à l'article 2, actifs ou retraités et, dans certaines conditions, leurs ayants droit bénéficient de l'action sociale, culturelle, sportive et de loisirs mentionnée à l'article 9 du titre Ier du statut général des fonctionnaires. / La prise en charge de cette action est assurée par une contribution annuelle desdits établissements dont le taux et l'assiette sont fixés par les ministres chargés de la santé et des affaires sociales. Cette contribution est versée à l'un des organismes agréés par l'Etat chargés de la gestion et de la mutualisation de cette contribution et dont la gestion associe des représentants du personnel et des représentants de l'administration hospitalière ".

3. Par ailleurs, indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Ce recours doit être exercé, y compris si le contrat contesté est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées, notamment au moyen d'un avis mentionnant à la fois la conclusion du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect des secrets protégés par la loi. La légalité du choix du cocontractant, de la délibération autorisant la conclusion du contrat et de la décision de le signer ne peut être contestée qu'à l'occasion du recours ainsi défini.

En ce qui concerne la délibération du 11 février 2021 :

4. Il ressort des termes mêmes de la délibération du 11 février 2021 que le conseil de surveillance, en adoptant cet acte, s'est borné à approuver le principe même de la conclusion d'un contrat avec le comité de gestion des œuvres sociales des établissements hospitaliers publics (CGOS) en vue de la gestion des œuvres sociales du CHBT. Il est constant que la demande d'adhésion auprès du CGOS n'a pas abouti, dès lors que le CHBT a finalement décidé de s'engager contractuellement auprès de l'organisme Plurélya, ainsi qu'en atteste la décision portant approbation d'une demande d'adhésion auprès de Plurélya du 23 avril 2021.

5. Dès lors qu'il est constant que le contrat dont le conseil de surveillance a entériné le principe par la délibération du 11 février 2021 n'a finalement pas été conclu, la délibération du 11 février 2021, dépourvue par elle-même d'effet juridique, doit être regardée comme une mesure préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de cette délibération, ensemble la décision de rejet du recours gracieux formé à son encontre, sont irrecevables.

En ce qui concerne la décision du 23 avril 2021 :

6. Il ressort des pièces du dossier que, par le contrat approuvé par la décision du 23 avril 2021 attaquée, le CHBT, en application de l'article 116-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, a confié à l'organisme Plurélya la gestion des prestations d'action sociale qu'il est tenu de dispenser aux membres du personnel, en contrepartie d'une contribution annuelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce contrat, qui présente un caractère administratif, n'aurait pas été signé consécutivement à l'édiction de la décision d'approbation attaquée. En tout état de cause, à supposer même que ce contrat n'aurait finalement pas été signé, la décision du 23 avril 2021, qui doit être alors regardée comme revêtant un caractère préparatoire, n'est pas plus susceptible, en cette qualité, de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

7. Ainsi qu'il l'a été dit au point 3, la légalité de la décision du 23 avril 2021 de la présidente et du vice-président du directoire du CHBT ne peut être contestée qu'à l'occasion d'un recours de pleine juridiction dirigé contre le contrat dont le conseil de surveillance a entériné le principe. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision, ensemble la décision de rejet du recours gracieux formé à son encontre, sont irrecevables.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat requérant la somme réclamée par le CHBT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Partie perdante dans l'instance, l'UTS-UGTG ne peut qu'être déboutée de ses conclusions présentées sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat UTS-UGTG est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de la Basse-Terre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat UTS-UGTG et au centre hospitalier de la Basse-Terre.

Délibéré après l'audience publique du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. LUBRANI

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre de la Santé et de la Prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

4

N° 1901371

6

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