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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100966

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100966

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNAVIN PRISQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 août 2021, M. D B, représenté par Me Navin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'auteur de l'arrêté lui a opposé le caractère frauduleux de son acte de naissance sans le mettre à même de présenter des observations sur ce point ;

- il est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est contraire aux dispositions des articles L. 423-7 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il pourvoit à l'éducation et à l'entretien de son enfant français dans les conditions prévues par ces articles ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Des pièces complémentaires présentées pour M. B ont été enregistrées les 4 novembre 2021 et 23 mai 2022 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A C,

- et les observations de Me Navin représentant M. B, le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 23 mars 1967, déclare être entré en France en mai 2004. Par un arrêté du 2 juillet 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il est entaché d'un défaut de motivation.

3. En deuxième lieu, M. B soutient qu'en méconnaissance du principe général des droits de la défense, il n'a pas été en mesure de faire valoir son point de vue ou de produire des éléments contradictoires quant au caractère prétendument frauduleux et contrefait de ses documents d'identité. Toutefois, le principe général des droits de la défense n'implique pas, eu égard à l'objet et à la nature des opérations de vérification d'authenticité des documents d'identité, que la personne ayant formulé une demande de titre de séjour en soit avertie, et soit mise à même de présenter ses observations avant que l'autorité administrative refuse de faire droit à la demande de titre de séjour après avoir apprécié les pièces produites au vu du résultat de cette enquête. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Au soutien de sa demande de titre, M. B se prévaut de sa qualité de parent d'un enfant français né en 2005 résidant en Guadeloupe. Toutefois, si les pièces qu'il verse au dossier font apparaître qu'il n'a pas coupé tout lien avec son fils de nationalité française, elles ne sont pas suffisantes pour justifier de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant au sens des dispositions précitées, alors qu'il est constant que celui-ci réside depuis sa naissance chez sa mère avec laquelle le requérant n'a jamais formé de communauté de vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si le requérant soutient être arrivé en Guadeloupe en mai 2004, les pièces qu'il produit ne suffisent pas à établir la continuité de sa résidence sur le territoire depuis cette date, et il est en tout état de cause constant qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire en dépit d'une obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 15 octobre 2012. Par ailleurs, M. B ne justifie pas, par les pièces qu'il verse à l'instance, de la réalité des liens affectifs et amicaux dont il se prévaut en Guadeloupe, ce dont il résulte qu'il ne peut se prévaloir d'une insertion particulière sur le territoire. En conséquence, et alors que le préfet de la Guadeloupe fait valoir, sans être contesté, que l'intéressé dispose d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident encore deux de ses enfants, le requérant ne peut être regardé comme ayant transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. L'arrêté contesté n'a, par suite, pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Guadeloupe aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la légalité du second motif de rejet opposé par le préfet tiré du caractère frauduleux de l'acte d'état civil produit par le requérant, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. C

Le président

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en cheffe,

Signé

M-L. CORNEILLE

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