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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100973

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100973

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantALBINA-COLLIDOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2021, M. C, représenté par Me Albina-Collidor, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans à compter de la notification de sa décision et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté contesté est contraire aux stipulations de l'article 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Des pièces complémentaires présentées pour M. C ont été enregistrées le 13 septembre 2021 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A B,

- et les observations de Me Baltus, substituant Me Albina-Collidor, pour M. C, le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 22 mai 1973, déclare être entré en France en 2010. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides 11 juin 2010 et par la Cour nationale du droit d'asile le 8 juin 2011. Sa demande de réexamen a également été rejetée le 25 avril 2013. Le 19 juin 2019, M. C a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Guadeloupe lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par un nouvel arrêté du 13 juillet 2021, dont le requérant demande l'annulation dans la présente instance, le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée de deux ans à compter de la notification de sa décision et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Guadeloupe, qui fait mention de l'historique administratif de M. C et de l'ensemble des éléments constituant sa situation personnelle, a procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant d'édicter l'arrêté attaqué. Ce moyen doit par suite être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () ". Aux termes de l'article 3 du même texte : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

4. Le moyen tiré de ce que les décisions portant respectivement obligation de quitter le territoire français sans délai de départ et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans méconnaîtraient les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de décisions qui, par elles-mêmes, n'impliquent ni le retour de l'intéressé dans son pays d'origine, ni ne portent atteinte au droit à la vie de l'intéressé, au sens des stipulations précitées.

5. Si le requérant peut en revanche utilement invoquer les stipulations de ces articles à l'encontre de la décision fixant son pays de renvoi, il ne justifie pas des risques qu'il dit encourir en cas de renvoi dans son pays d'origine, en se bornant à faire état de considérations générales sur la situation humanitaire et géopolitique à Haïti, sans établir, ni même alléguer, qu'il serait personnellement et directement exposé dans ce pays à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté, et alors qu'il est constant que sa demande d'asile et de réexamen ont fait l'objet de décisions de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Il découle de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Par suite, les conclusions du requérant à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 13 juillet 2021 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. B

Le président

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en cheffe,

Signé

M-L. CORNEILLE

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