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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101000

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101000

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUTROY-XIENG VATHANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 26 août 2021 et 30 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Boutroy-Xieng, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 20 mai 2020 par laquelle le directeur de l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée, ensemble la décision du 25 novembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe à lui verser la somme de 24 529,24 euros au titre de l'indemnité de licenciement et des préjudices subis du fait du non-renouvellement de son contrat ;

3°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe de la réintégrer dans ses effectifs, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe de reprendre le paiement de son salaire à compter du 1er juillet 2020 ;

5°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe de lui communiquer les motifs de la décision attaquée portant non-renouvellement de son contrat de travail ;

6°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe de lui remettre sa fiche de paie du mois de septembre 2015, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle a été recrutée par contrats successifs pour une durée cumulée excédant trois ans, ce dont il résulte qu'elle doit être regardée comme titulaire d'un contrat à durée indéterminée ; par conséquent, la décision attaquée constitue une mesure de licenciement ;

- le directeur de l'EPSM a méconnu le délai de prévenance en l'informant du non-renouvellement de son contrat moins de deux mois avant l'échéance de ce contrat ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de motivation ;

- elle a droit au versement d'une indemnité de licenciement d'un montant de 4 529,24 euros ;

- elle a droit à la réparation du préjudice subi à hauteur de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe, représenté par Me Albina Collidor, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- en tout état de cause, aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par courrier du 3 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal enjoigne à l'EPSM de reprendre le paiement de son salaire à compter du 1er juillet 2020, de lui faire connaître les motifs de non-renouvellement de son contrat de travail et de lui remettre sa fiche de paie du mois de septembre 2015, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif, en dehors des cas prévus par les dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, d'adresser des injonctions à l'administration.

Par un courrier du 3 octobre 2022, Mme B a été invitée à régulariser sa requête, en application des dispositions de l'article R. 612-1, en produisant la décision prise sur réclamation préalable tendant au versement des sommes d'argent dont elle sollicitait le paiement dans la présente instance.

Par un courrier du 5 octobre 2022 qui a été communiqué, Mme B a répondu à la demande de régularisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lubrani, conseiller ;

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public ;

- les observations de Me Baltus, représentant l'EPSM, Mme B n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été engagée par l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe (EPSM) par un contrat à durée déterminée conclu le 6 juin 2017, avec effet rétroactif au 1er juin 2017, en qualité d'aide-soignante. Ce contrat a été prolongé par quatre avenants jusqu'au 15 octobre 2017. Par un nouveau contrat à durée déterminée du 29 décembre 2017, avec effet rétroactif au 22 décembre 2017, Mme B a été recrutée sur le même poste jusqu'au 31 janvier 2018, avant d'être prolongée sans interruption par divers avenants jusqu'au 30 juin 2020. Par un courrier du 20 mai 2020, le directeur de l'EPSM a informé Mme B que son contrat ne serait pas renouvelé à son terme. Par un courrier du 14 octobre 2020, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de la décision portant non-renouvellement de son contrat, qui a été rejeté par une décision du 25 novembre 2020. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions, de prononcer diverses injonctions à l'encontre de l'EPSM et de condamner cet établissement à lui verser la somme de 24 529,24 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'EPSM de reprendre le paiement du salaire de Mme B à compter du 1er juillet 2020, de lui faire connaître les motifs de non-renouvellement de son contrat de travail et de lui remettre sa fiche de paie du mois de septembre 2015 :

2. En dehors des cas prévus par les dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Il en résulte que les conclusions de Mme B tendant à ce que le tribunal de céans enjoigne à l'EPSM de reprendre le paiement de son salaire à compter du 1er juillet 2020, de lui faire connaître les motifs de non-renouvellement de son contrat de travail et de lui remettre sa fiche de paie du mois de septembre 2015 sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la nature de la décision attaquée du 20 mai 2020 :

3. Il résulte des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction alors applicable, que les établissements hospitaliers peuvent recruter par contrat à durée déterminée " renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer " des agents contractuels en vue d'assurer des remplacements momentanés. L'article 9 de la même loi autorise également le recrutement d'agents contractuels par les établissements hospitaliers " lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient, notamment lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires hospitaliers susceptibles d'assurer ces fonctions ou lorsqu'il s'agit de fonctions nouvellement prises en charge par l'administration ou nécessitant des connaissances techniques hautement spécialisées ". Dans cette hypothèse, lorsque l'agent est recruté par contrats à durée déterminée, " celle-ci est au maximum de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par décision expresse dans la limite d'une durée maximale de six ans. Tout contrat de travail conclu ou renouvelé en application du présent article avec un agent qui justifie d'une durée de services publics effectifs de six ans sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par décision expresse, pour une durée indéterminée ".

4. Si Mme B soutient que les avenants prolongeant ses contrats conclus les 6 juin et 20 décembre 2017 ont eu pour effet d'étendre la durée de ses services auprès de l'EPSM au-delà de trois ans, ce dont il résulte selon elle qu'elle doit être regardée comme étant liée à l'établissement hospitalier par un contrat à durée indéterminée, il ressort toutefois des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que Mme B n'a pas été recrutée sur le fondement de l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986, mais sur le fondement de l'article 9-1 de cette même loi pour faire face au remplacement momentané d'agents indisponibles. L'EPSM, dans ce cadre, n'était pas obligé de proposer à Mme B un contrat de travail à durée indéterminée à l'issue d'une durée cumulée de six ans de relation d'emploi. En tout état de cause, Mme B ne peut que se prévaloir d'une durée cumulée de services inférieure à six ans. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les contrats de travail à durée déterminée successifs conclus avec l'EPSM devraient être requalifiés en contrat à durée indéterminée.

5. Mme B n'étant pas titulaire d'un contrat à durée indéterminée, la décision du 20 mai 2020 l'informant du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée au 30 juin 2020, à l'issue de son échéance, ne constitue pas, contrairement à ce qui est soutenu, une mesure de licenciement.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée du 20 mai 2020 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : () / 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans (). Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées au () 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent ".

7. La méconnaissance du délai institué par ces dispositions, si elle est susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, n'entraîne pas l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat. Dans ces conditions, la circonstance, à la supposer avérée, que Mme B n'ait pas été informée de l'intention de l'administration de ne pas renouveler son contrat dans le délai de deux mois précédant le terme de l'engagement n'entache pas d'irrégularité la décision en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance du délai de prévenance doit, par suite, être écarté.

8. En second lieu, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il suit de là qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce contrat est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, elle n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, qui est inopérant, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation des décisions des 20 mai et 25 novembre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'EPSM de la réintégrer dans ses effectifs à compter du 1er juillet 2020, sous astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

10. Si Mme B sollicite le versement d'une indemnité de licenciement, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que la décision du 20 mai 2020 l'informant du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée au 30 juin 2020, à l'issue de son échéance, ne constitue pas une mesure de licenciement. La requérante n'est par suite pas fondée à solliciter une indemnité à ce titre.

11. En revanche, ainsi qu'il l'a été dit au point 7, la méconnaissance du délai de prévenance est constitutive d'une faute de nature à justifier l'indemnisation de l'intéressée des préjudices subis du fait de cette faute.

12. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B, recrutée depuis plus de deux ans au sein de l'EPSM par contrats à durée déterminée successifs, aurait été informée de la décision portant non-renouvellement de son contrat à durée déterminée expirant le 30 juin 2020 avant le 20 mai 2020. Par suite, elle est fondée à soutenir qu'en lui notifiant son intention de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée moins de deux mois avant le terme de son engagement, l'EPSM a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

13. Si la requérante ne sollicite l'indemnisation d'aucun préjudice matériel qui serait né de la perte de chances sérieuses de trouver, pendant le délai de vingt jours s'étant écoulé entre le 30 avril et le 20 mai 2020, un autre emploi à la suite de l'expiration de sa relation de travail au sein de l'EPSM, elle se prévaut en revanche de son importante durée de services au sein de cet établissement et de son attachement à ses fonctions, au soutien de ses demandes indemnitaires, et doit par suite être regardée comme justifiant avoir subi un préjudice moral du fait de la méconnaissance du délai de prévenance, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 1 000 euros.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'EPSM à verser à Mme B une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi par cette dernière.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme sollicitée par l'EPSM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ni de mettre à la charge de l'EPSM la somme que la requérante sollicite sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : L'EPSM est condamné à verser à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros en réparation du préjudice moral subi par cette dernière.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'EPSM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement public de santé mentale de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience publique du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. LUBRANI

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

4

N° 1901371

7

N° ***

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