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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101001

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101001

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2021 et un mémoire déposé le 17 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Cotellon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de la Guadeloupe, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 8 janvier 1973, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2003. Par l'arrêté attaqué du 28 juin 2021, le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. Le requérant, qui invoque les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ont été abrogées et remplacées le 1er mai 2021, doit être regardé comme se prévalant des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel dispose que : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Il résulte de ces dispositions que la commission du titre de séjour ne peut être saisie pour avis par l'autorité administrative qu'à propos de demandes de titres de séjour. Par conséquent, les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision qui a pour seul objet de prononcer une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, le requérant, qui invoque les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ont été abrogées et remplacées le 1er mai 2021, doit être regardé comme se prévalant des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Toutefois, ces dispositions qui concernent les demandes de titres de séjour, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision qui a pour seul objet de prononcer une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle. Si le requérant soutient avoir déposé une demande de titre de séjour en 2019 pour motif de travail, il ne l'atteste pas par la seule production d'une confirmation de rendez-vous pour dépôt de dossier de renouvellement de titre de séjour à la préfecture de la Guadeloupe. En tout état de cause, l'absence de décision explicite du préfet sur sa demande aurait fait naître une décision implicite de rejet de sa demande, qui serait devenue définitive en l'absence de recours dans le délai de recours contentieux. Par conséquent, le préfet n'aurait pas eu à se prononcer sur cette demande de titre de séjour à l'occasion de sa décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté comme mal fondé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si le requérant soutient qu'il réside de manière stable et habituelle sur le territoire français depuis 2003 et produit deux confirmations de rendez-vous pour dépôts de dossier de séjour à la préfecture datées de 2018 et 2019 ainsi qu'un récépissé d'une première demande de titre de séjour datée du 5 décembre 2018, cela n'atteste pas qu'il aurait disposé d'un titre de séjour lui permettant de séjourner régulièrement sur le territoire depuis cette date. De plus, il déclare être célibataire et il soutient que ses deux filles ne résident pas sur le territoire français mais aux Etats-Unis. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres membres de sa famille y résideraient. La seule production de quatre attestations d'amis et de voisins et de deux contrats de travail datés de 2015 et de 2020 pour des durées de six et de cinq mois n'atteste pas d'une insertion sociale et professionnelle particulièrement significative et ancrée dans la durée et ne permet pas de justifier de ce qu'il aurait noué des attaches à la fois intenses et pérennes sur le territoire national. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, au regard des motifs du refus opposé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes leurs conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles présentées aux titres de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

J. B

Le président,

Signé

S. GOUES

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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