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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101030

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101030

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHICOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2021, M. A D, représenté par Me Chicot, demande au tribunal :

1°) d'annuler les deux arrêtés du 15 juillet 2021 par lesquels le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable durant ce réexamen.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il bénéficie des garanties de représentation ;

- elle est contraire aux dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version antérieure à celle issue de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B C,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant haïtien né le 23 décembre 1970, déclare être entré en France en 2003. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 avril 2008. Par un arrêté n° 2021/176 du 15 juillet 2021, le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de destination. Par un arrêté n° 2021/80 du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence. Le requérant demande au tribunal administratif d'annuler ces deux arrêtés.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. Le requérant, qui admet être entré irrégulièrement sur le territoire français et être dépourvu de titre de séjour, ne peut utilement se prévaloir de ses garanties de représentation, qui sont sans incidence sur la possibilité qu'a le préfet de la Guadeloupe de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Les dispositions de l'article L. 423-1 du même code prévoient que : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Enfin, l'article L. 423-2 du même code dispose que : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Si M. D soutient être marié à une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, qu'il n'est ni détenteur d'un visa de long séjour, ni entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, et à supposer même le moyen soulevé, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Guadeloupe aurait entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation au regard des articles précités.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. D se prévaut de la présence sur le territoire français de son fils, né en 2016, et de sa conjointe, qui serait de nationalité française - qui n'est pas la mère de l'enfant - avec laquelle il s'est marié le 8 décembre 2018, il n'établit ni même n'allègue entretenir et maintenir avec ces derniers des liens affectifs. En particulier, en se bornant à produire le certificat de mariage du 8 décembre 2018 et l'acte de naissance de son fils, il ne justifie ni de la communauté de vie avec sa compagne, dont la nationalité française est d'ailleurs contestée par le préfet dans la présente instance, ni subvenir à l'entretien et à l'éducation de son fils, à la charge de sa mère. La seule durée de présence de M. D sur le territoire ne saurait, dans ces conditions, suffire à établir que l'intéressé aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, alors, en outre, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Haïti, où il a vécu la majeure partie de sa vie, et qu'il ne se prévaut par ailleurs d'aucune insertion particulière. Les arrêtés contestés n'ont, par suite, pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation des arrêtés du 15 juillet 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. C

Le président

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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