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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101205

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101205

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUTRIN GEORGES LOUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2100620 du 18 octobre 2021, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de la Martinique a transmis au tribunal administratif de la Guadeloupe la requête présentée par M. D B, en application des dispositions de l'article R. 761-5 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de la Martinique le 15 octobre 2021 et un mémoire en production de pièce, enregistré le 11 août 2022, M. B, représenté par Me Boutrin, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le rapport d'expertise remis par M. C, expert désigné par le tribunal administratif, ou à défaut, d'inviter cet expert à compléter sa mission et à présenter un rapport circonstancié ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer l'ordonnance n° 2000276 du 1er septembre 2021 par laquelle le président du tribunal administratif de la Martinique a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. C et de mettre à la charge de la commune du Morne-Vert la totalité des frais et honoraires d'expertise ;

3°) de condamner la commune du Morne-Vert à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Morne-Vert une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'expert n'a pas remis son rapport dans le délai qui lui était imparti ;

- l'expertise est nulle dès lors qu'elle a été menée en violation du principe du contradictoire ;

- l'expert n'a pas rempli l'intégralité de sa mission et a sur certains points outrepassé sa mission ;

- l'évaluation de la valeur foncière des terrains concernés par l'expertise retenue par l'expert est erronée ;

- la répartition des frais et honoraire d'expertise est inéquitable ; ces frais doivent être supportés exclusivement par la commune du Morne-Vert ;

- la responsabilité de la commune du Morne-Vert doit être engagée et ses préjudices doivent être réparés.

Un mémoire en observations, enregistré le 22 mars 2022, a été présenté par le président du tribunal administratif de la Martinique.

Il fait valoir que :

- le délai imparti à l'expert n'a pu être respecté en raison de la période de crise sanitaire ;

- l'expertise a été utile au requérant ;

- la répartition des frais et honoraires d'expertise pour moitié entre la commune du Morne-Vert et M. B est équitable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022 et un mémoire en production de pièce, enregistré le 2 septembre 2022, la commune du Morne-Vert, représentée par Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par le requérant sont irrecevables dès lors que d'une part, elles ne peuvent être formées dans le cadre d'un recours formé contre une ordonnance de taxation d'expertise et, d'autre part, que le requérant n'a pas formé de demande indemnitaire préalable ;

- si le délai imparti à l'expert pour remettre son rapport n'a pas été respecté, ce retard s'explique par la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19 ainsi que par la difficulté des opérations d'expertise sur le terrain ; l'expert a accompli sa mission avec diligence ;

- le requérant ne démontre pas que la répartition des frais et honoraires d'expertise serait inéquitable.

La procédure a été régulièrement communiquée à M. C, expert, qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 4 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 novembre 2022 à 12 heures.

Par un courrier du 21 décembre 2022 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation du rapport d'expertise et à ce que l'expert soit invité à compléter sa mission et à présenter un rapport circonstancié.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance n° 200276 du 1er septembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de la Martinique a, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, désigné M. C en qualité d'expert afin notamment qu'il détermine si les travaux réalisés pour le compte de la commune du Morne-Vert l'avaient été sur le domaine public ou privé de la commune ou si des débordements sur les parcelles dont M. B est propriétaire avaient eu lieu et de déterminer et chiffrer le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés et évaluer les préjudices subis. L'expert a remis son rapport le 5 juillet 2021 et par une ordonnance n° 200276 du 1er septembre 2021, le président du tribunal administratif de la Martinique a taxé et liquidé les frais et honoraires d'expertise à hauteur de 6 540,38 euros, qu'il a répartis pour moitié à la charge de la commune et de M. B.

2. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ". Aux termes de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / () / Sauf lorsque l'ordonnance émane du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. / Le président de la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance () est appelé à présenter des observations écrites sur les mérites du recours. / Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée. ".

3. L'ordonnance par laquelle, en application des dispositions précitées de l'article R. 761-4 du code de justice administrative, le président de la juridiction liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise revêt un caractère administratif et non juridictionnel. Le recours dont elle peut faire l'objet en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du même code est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. Il résulte également des dispositions précitées qu'il n'appartient pas au juge, dans le cadre d'un tel recours, de se prononcer sur la régularité des opérations de l'expertise. Toutefois, il lui incombe dans l'appréciation portée sur l'utilité et la nature du travail fourni par l'expert, de prendre en considération, le cas échéant, les décisions juridictionnelles rendues sur une action en récusation de l'expert ou statuant au fond sur le litige ayant donné lieu à l'expertise.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

4. D'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 3 du présent jugement qu'il n'appartient pas au juge saisi dans le cadre du recours prévu à l'article R. 761-5 du code de justice administrative d'annuler le rapport d'expertise rendu dans le cadre de la mission ayant donné lieu à l'ordonnance de taxation attaquée, ni d'inviter cet expert à compléter sa mission en présentant un nouveau rapport d'expertise. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.

5. D'autre part, les conclusions indemnitaires présentées par M. B tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des travaux réalisés pour le compte de la commune du Morne-Vert, qui n'ont au demeurant pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable, ne sont pas recevables dans le cadre du recours prévu à l'article R. 761-5 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être accueillie et ces conclusions doivent également être rejetées comme irrecevables.

Sur le surplus des conclusions :

6. En premier lieu, s'il résulte de l'instruction que M. C, expert, a remis son rapport le 5 juillet 2021, soit après l'expiration du délai de deux mois lui ayant été imparti par le juge des référés le 1er septembre 2020 pour réaliser sa mission, ce retard, pour regrettable qu'il soit, n'est pas de nature à entraîner la réformation de l'ordonnance de taxation attaquée dès lors qu'en particulier, le requérant ne conteste pas le montant des frais et honoraires alloués à l'expert.

7. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, M. B ne peut se prévaloir dans le cadre de la présente instance, qui a pour objet la contestation de l'ordonnance de taxation des frais et honoraires d'expertise rendue le 1er septembre 2021, de l'irrégularité des opérations d'expertise. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'expert n'a pas rempli l'intégralité de sa mission et l'aurait sur certains points outrepassés, ni que cette expertise est entachée de nullité dès lors qu'elle n'a pas été menée de manière contradictoire.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B ne peut utilement critiquer dans le cadre de la présente instance le contenu du rapport rendu par l'expert et en particulier la valeur financière des terrains lui appartenant retenue par l'expert. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, dérogeant sur ce point à l'article R. 761-1 du même code, que la répartition des frais et honoraires de l'expert entre les parties intervient dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de l'utilité de l'expertise pour ces parties, sans que cette rémunération soit déterminée par la seule circonstance qu'une de ces parties l'a demandée ou, à l'inverse, en a contesté le bien-fondé.

10. Il résulte de l'instruction que l'expertise litigieuse, sollicitée par M. B, présente un caractère d'utilité tant pour la commune du Morne-Vert que pour le requérant, dès lors qu'elle lui permet de déterminer si les travaux entrepris pour le compte de la commune se situent sur les parcelles dont il est propriétaire ou au contraire sur des parcelles appartenant à la commune et de déterminer les différents désordres affectant ses parcelles pour, le cas échéant, engager un recours indemnitaire à l'encontre de cette collectivité. M. B ne peut à ce titre soutenir que les travaux réalisés lui ayant causé un préjudice, les frais et honoraires d'expertise doivent être supportés exclusivement par la commune dès lors qu'il appartiendra au seul juge du fond, saisi, le cas échéant d'une requête indemnitaire, d'apprécier la responsabilité de la commune du Morne-Vert et de se prononcer en conséquence sur la charge définitive des dépens de l'instance. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la réformation de l'ordonnance de taxation du président du tribunal administratif de la Martinique du 1er septembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Morne-Vert, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune du Morne-Vert sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Morne-Vert au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la commune du Morne-Vert, à M. A C et au président du tribunal administratif de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Guiserix, président,

- M. Antoine Lubrani, conseiller,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALe président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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