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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101259

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101259

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCATALAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés le 26 octobre 2021, 21 juin 2022, 10 septembre 2022 et 9 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Catalan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le président de la commission d'administration provisoire de la chambre des métiers et de l'artisanat de la Guadeloupe l'a informée de ce qu'il n'était pas compétent pour conclure une transaction concernant le personnel de la chambre des métiers et de l'artisanat, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe à lui verser la somme totale de 31 000 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, cette somme étant assortie des intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la chambre des métiers et de l'artisanat doit, en application de l'article R. 612-6 du code de justice, être réputée avoir acquiescé aux faits qu'elle expose compte tenu de l'absence de production d'un mémoire en défense dans le délai d'un mois imparti par la mise en demeure lui ayant été adressée par le tribunal ;

- la décision du 4 juin 2021 par laquelle le président de la commission d'administration provisoire l'a informée de son incompétence pour conclure une transaction méconnait le principe de non-rétroactivité des actes administratifs dès lors que la modification de l'article 19 II Bis 6° du code de l'artisanat est entrée en vigueur le 25 février 2021, soit postérieurement à la décision du 22 février 2021 par laquelle le président de la chambre avait été autorisée à conclure une transaction avec elle ; le président de la chambre des métiers et de l'artisanat était donc bien compétent pour conclure une transaction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

- le protocole transactionnel qui lui a été remis le 23 février 2021 méconnaît l'article 2044 du code civil dès lors qu'il a été élaboré dans des conditions irrégulières en ce qu'elle n'a nullement été associée à ladite élaboration et qu'il ne comporte pas de concessions réciproques ; il est également entaché d'un détournement de procédure ; le non-respect des modalités d'élaboration de ce protocole transactionnel constitue une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de la chambre des métiers et de l'artisanat ;

- le défaut de notification de la décision du 22 février 2021, par laquelle la chambre des métiers et de l'artisanat a décidé de lever partiellement la prescription quadriennale concernant les créances qu'elle détient du fait de l'absence de reprise de son ancienneté lors de sa nomination en qualité de secrétaire principale en 1986 et a autorisé son président à conclure un protocole transactionnel lui octroyant une indemnité globale de 12 000 euros, constitue une manœuvre dilatoire et une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de la chambre des métiers et de l'artisanat ;

- l'absence de mention des voies et délais de recours dans cette décision du 22 février 2021 constitue une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de la chambre des métiers et de l'artisanat ;

- à supposer-même que le président de la chambre des métiers et de l'artisanat soit incompétent pour conclure une transaction, la décision du 22 février 2021 l'autorisant à conclure un protocole transactionnel a créé une espérance légitime de voir sa cause partiellement aboutir ;

- le harcèlement moral et la discrimination dont elle est victime lui causent d'importants préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe, représentée par Me Bertrand, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;

- les conclusions tendant à l'annulation du courrier du 4 juin 2021 sont irrecevables dès lors que ce simple courrier ne constitue pas un acte décisoire ; ce courrier ne constitue pas un refus de conclure une transaction mais se borne à informer l'intéressée de ce que compte tenu d'une modification des dispositions du code de l'artisanat, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat n'est désormais plus compétent pour transiger en matière de ressources humaines ;

- à titre subsidiaire, le courrier du 4 juin 2021 n'est pas illégal ; l'absence de notification de la décision du 22 juin 2021 et le défaut de mention des voies et délais de recours sont sans incidence sur sa légalité ;

- ce courrier n'avait en tout état de cause pas à porter la mention des voies et délais de recours ;

- le projet de protocole transactionnel ayant été signifié à l'intéressée n'a pas été élaboré dans des conditions irrégulières ; en tout état de cause, ce moyen est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ;

- le projet de protocole transactionnel adressé à Mme A comportait bien des concessions réciproques ; en tout état de cause, l'absence de telles concessions ne saurait entacher la décision litigieuse d'illégalité ;

- l'incompétence dont Mme A a été informée par le courrier du 4 juin 2021 résulte de l'application des dispositions de l'article 19 II bis 6° du code de l'artisanat, en vertu desquelles les présidents de chambres des métiers et de l'artisanat ne peuvent transiger en matière de personnel ;

- le principe de non-rétroactivité des actes administratifs n'a pas été méconnu ;

- la requérante n'établit pas le harcèlement moral qu'elle invoque ; au contraire, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de Guadeloupe a accepté de procéder à une régularisation rétroactive de sa situation au 1er janvier 2004, dès le 21 août 2008, soit quelques mois après la première demande de l'intéressée ; la chambre des métiers et de l'artisanat était également favorable à lever partiellement la prescription quadriennale et à accorder à Mme A une indemnité transactionnelle de 12 000 euros, que l'intéressée a refusé de signer ;

- la requérante n'a subi aucun préjudice.

Par un courrier du 14 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le président de la commission d'administration provisoire de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe pour se déclarer incompétent pour conclure un protocole transactionnel, compte tenu des dispositions de l'article 19 II Bis 6° du code de l'artisanat.

La chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a produit un mémoire en réponse à ce moyen d'ordre public le 15 mars 2023, qui a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'artisanat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Catalan, représentant Mme A et de Me Bertrand, représentant la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a intégré la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe en 1982, en qualité de sténodactylographe. En 1986, elle a été promue en tant que secrétaire principale. A l'occasion de cette promotion, la chambre des métiers et de l'artisanat a toutefois omis de procéder à la reprise d'ancienneté de l'intéressée, conduisant à un retard d'avancement d'échelon à compter de 1990. Mme A a sollicité à plusieurs reprises la régularisation de sa situation et le 11 juillet 2008, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat a partiellement fait droit à sa demande en la plaçant rétroactivement au 5ème échelon de son grade à compter du 1er janvier 2004 avec une ancienneté de 4 ans afin de lui permettre d'accéder dès le 1er janvier 2009 à l'échelon supérieur. Au cours de l'année 2019, un audit social a été mené au sein de la chambre des métiers et de l'artisanat et a notamment révélé que la créance de Mme A, qui était prescrite, représentait une somme de 17 478,09 euros. A la suite de cet audit, lors d'une réunion du 21 mars 2019, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat se serait engagé à régulariser la situation de certains agents, dont celle de Mme A. Le 4 juin 2020, l'intéressée a adressé une demande indemnitaire d'un montant de 17 000 euros. A la suite de cette demande, par une décision du 22 février 2021, la chambre des métiers et de l'artisanat a décidé de lever partiellement la prescription quadriennale au profit de Mme A en autorisant son président à conclure un protocole transactionnel prévoyant le versement au profit de l'intéressée d'une indemnité globale forfaitaire transactionnelle d'un montant de 12 000 euros. Le 23 février 2021, la chambre des métiers et de l'artisanat a remis à Mme A un projet de protocole transactionnel prévoyant le versement d'une telle somme. Par un courrier du 3 mars 2021, l'intéressée a refusé de signer ladite proposition de protocole transactionnel, tout en indiquant être d'accord avec le principe même de conclusion d'une transaction. Par un courrier du 4 juin 2021, le président de la commission d'administration provisoire de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a informé Mme A qu'en raison d'une modification des dispositions de l'article 19 II bis 6° du code de l'artisanat, il n'était désormais plus compétent pour conclure une transaction en matière de personnel. Le 22 juin 2021, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été implicitement rejeté. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, ainsi que la condamnation de la chambre des métiers à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. Contrairement à ce que soutient la requérante, aucune mise en demeure de produire n'a été adressée à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe. Par suite, elle n'est pas réputée avoir acquiescé aux faits exposés par Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 19 du code l'artisanat, dans sa version issue du décret n°2021-168 du 16 février 2021 : " II bis. - Le président exerce, dans le respect du principe de neutralité, les attributions suivantes : / () / 6° Sauf en matière de personnel, il peut conclure des transactions, après y avoir été autorisé pour chaque affaire, par délibération de l'assemblée générale de la chambre ou, en cas d'urgence, après autorisation du bureau. Le projet de transaction est soumis à l'approbation du préfet de région au-delà d'un seuil fixé par arrêté du ministre chargé de l'artisanat. Il est réputé approuvé à défaut de décision contraire motivée du préfet de région notifiée dans un délai de trente jours suivant la réception du projet par le préfet. / () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le président de la chambre des métiers et de l'artisanat ne peut conclure de transaction en matière de personnel. Dès lors, le président de la commission d'administration provisoire de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe, assurant les fonctions de président de la chambre des métiers et de l'artisanat, était tenu de refuser la conclusion d'un protocole transactionnel avec Mme A, ce protocole ayant pour objet la résolution amiable du conflit opposant l'intéressée et la chambre des métiers et de l'artisanat concernant le défaut de reprise de son ancienneté lors de sa promotion en tant que secrétaire principale en 1986. Dès lors, le président de la commission d'administration provisoire de la chambre et de l'artisanat se trouvant en situation de compétence liée, les moyens invoqués par Mme A à l'encontre de la décision du 4 juin 2021 doivent être écartés comme inopérants.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense concernant leur recevabilité, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 4 juin 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

8. En l'espèce, s'il résulte de l'instruction que Mme A a, par un courrier du 22 juin 2021, formé un recours gracieux contre la décision du 4 juin 2021, ce courrier ne saurait aucunement être regardé comme constituant une demande indemnitaire préalable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la chambre des métiers et de l'artisanat tirée du défaut de liaison du contentieux doit être accueillie et les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Guiserix, président,

- M. Antoine Lubrani, conseiller,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALe président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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