jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2101309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CORDOLIANI FRANCIS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2101309 le 5 novembre 2021 et le 5 septembre 2023, la SARL EGSP MAG-SECURITE, représentée par Me Cordoliani, demande au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal, la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, pour un montant de 536 256 euros ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, pour un montant de 77 169 euros, et, à titre subsidiaire, la réduction des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, à concurrence d'un montant de 449 327 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- ni l'avis de mise en recouvrement du 15 janvier 2019, ni la mise en demeure du 20 février 2018 ne lui ont été régulièrement notifiés ;
- la taxation d'office dont elle a fait l'objet pour les exercices clos en 2015 et en 2016 est irrégulière au regard de l'article L. 66 2° du livre des procédures fiscales dès lors qu'elle a déposé ses déclarations de résultat au titre de ces exercices antérieurement à la mise en demeure du 20 février 2018 ;
- la taxation d'office dont elle a fait l'objet pour la période du 1er au 30 avril 2015 est irrégulière au regard de l'article L. 66 3° du livre des procédures fiscales dès lors que l'administration fiscale n'a pas pris en compte la déclaration de la TVA qu'elle avait souscrite ;
- à titre subsidiaire, les impositions litigieuses ne sont pas fondées dès lors que l'administration fiscale a reconstitué les bénéfices imposables au titre des années 2015 et 2016 de manière disproportionnée ;
- à titre également subsidiaire, M. C n'a pas appréhendé les sommes qui ont été regardées comme des revenus distribués ;
- à titre infiniment subsidiaire, la société a déclaré au titre des années 2015 et 2016, respectivement, des bénéfices de 57 421 et 62 675 euros qui ne peuvent ainsi pas être regardés comme des revenus distribués ;
- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en appliquant la majoration de 40% dès lors qu'elle a déposé ses déclarations de résultat pour les exercices clos en 2015 et 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens tirés de ce que la procédure d'imposition serait irrégulière au titre des rappels de TVA pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 et de ce que la qualification de revenus distribués serait erronée sont inopérants ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2023.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2101469 le 10 décembre 2021 et le 15 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Cordoliani, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, pour un montant de 1 376 645 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ni l'avis de vérification de comptabilité, ni la proposition de rectification du 20 septembre 2018 ne lui ont été régulièrement notifiés ;
- les avis d'impositions supplémentaires pour ses revenus de 2015 et 2016 sont insuffisamment détaillés ;
- les impositions supplémentaires litigieuses sont infondées dès lors qu'elles résultent de la procédure irrégulière de taxation d'office de la société EGSP MAG-SECURITE ;
- des sommes ont été comptabilisées deux fois, dans le bénéfice reconstitué de la société EGSP MAG-SECURITE et dans celui de l'entreprise individuelle de M. C ;
- l'administration fiscale a reconstitué les bénéfices imposables de la société EGSP MAG-SECURITE au titre des années 2015 et 2016 de manière exagérée ;
- il n'a pas appréhendé la totalité des revenus regardés comme distribués ;
- les sommes déclarées par la société EGSP, à hauteur de 507 195 et 536 302 euros au titre, respectivement, des exercices clos en 2015 et 2016, ne peuvent être regardés comme des revenus distribués dès lors qu'elles ont été incluses dans les recettes reconstituées de son exploitation ;
- les majorations de 40 % et de 100 % doivent être déchargées par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 6 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 septembre 2023.
Il soutient que :
- le moyen tiré de ce que las avis d'imposition ont été irrégulièrement notifiés est inopérant ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- et les observations de Me Cordoliani, représentant la SARL EGSP MAG-SECURITE et M. C, non présents.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL EGSP MAG-SECURITE, qui exerce une activité de sécurité privée, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, du 20 avril au 14 septembre 2018, portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, étendue en matière de taxe sur le chiffre d'affaires, au 31 décembre 2017. Par la suite, une proposition de rectification n° 3924 du 14 septembre 2018 a été envoyée à la société concernant l'impôt sur les sociétés sur les exercices 2015 et 2016 et la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Des impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 15 janvier 2019 pour un montant total de 814 248 euros. En parallèle, le gérant de la société EGSP MAG-SECURITE, M. A C, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de son entreprise individuelle de sécurité, du 23 avril au 20 septembre 2018, et une proposition de rectification n° 2120 du 21 décembre 2018 lui a été envoyée concernant l'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016. Des impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 avril 2019 pour un montant total de 1 376 645 euros. La société EGSP MAG-SECURITE et M. C ont chacun adressé une réclamation, respectivement le 7 février et le 30 avril 2020, qui ont été rejetées le 22 juillet et le 9 septembre 2021 par l'administration fiscale. Par la requête n° 2101309, la société EGSP demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 pour un montant de 536 256 euros ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, pour un montant de 77 169 euros. Par la requête n° 2101469, M. C demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, pour un montant de 1 376 645 euros.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2101309 et 2101469 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la régularité des procédures d'imposition :
En ce qui concerne la procédure de taxation d'office de la société EGSP MAG-SECURITE
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 256-6 du livre des procédures fiscales : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'" ampliation " prévue à l'article R. * 256-3. () " Aux termes de l'article R. 256-7 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement est réputé avoir été notifié : / a) Dans le cas où l'" ampliation " a été effectivement remise par les services postaux au redevable ou à son fondé de pouvoir, le jour même de cette remise ; () ".
4. Si le contribuable conteste qu'une décision lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste.
5. Par ailleurs, l'expéditeur d'un pli recommandé est en droit de regarder comme régulièrement parvenu à son destinataire un tel pli, dès lors que l'accusé de réception lui a été renvoyé, et sans qu'il appartienne à cet expéditeur de rechercher si le signataire dudit accusé de réception avait qualité pour y apposer sa signature. Lorsque le contribuable soutient que l'avis d'accusé de réception d'un pli recommandé n'a pas été signé par lui, il lui appartient d'établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Dans le cas où le contribuable n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire des avis litigieux et s'abstient de dresser la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer de tels avis, il ne peut être regardé comme ayant démontré que le signataire de l'avis de réception n'était pas habilité à réceptionner ce pli.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 15 janvier 2019 a été présenté au siège de la société requérante, 75 cours Forbin, aux Abymes, et distribué le 13 février 2019. A supposer que la société requérante justifie que la signature apparaissant sur l'avis de réception correspond à celle de M B C, domicilié cours Forbin près Verin, il ressort de ses écritures que celui-ci est l'oncle de son gérant et n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, ni même n'allègue qu'il n'aurait pas eu qualité pour réceptionner ce pli en son nom. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 5 que le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'avis de mise en recouvrement doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la mise en demeure du 20 février 2018, présentée au siège de la société requérante le 23 février 2019, doit également être écarté.
7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du 1 de l'article 223 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " () la déclaration du bénéfice ou du déficit est faite dans les trois mois de la clôture de l'exercice. Si l'exercice est clos le 31 décembre ou si aucun exercice n'est clos au cours d'une année, la déclaration est à déposer jusqu'à une date fixée par décret et au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai () ". Aux termes de l'article 1649 quater B quater du même code : " I. - Les déclarations d'impôt sur les sociétés et leurs annexes relatives à un exercice sont souscrites par voie électronique. () " D'autre part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; () ". Et, aux termes de l'article L. 68 du même code : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° () de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () "
8. En l'espèce, si la société requérante soutient avoir déposé ses déclarations de revenus au titre des exercices clos en 2015 et 2016, il résulte de l'instruction que ces déclarations, qui ont été, respectivement, déposées le 6 avril 2016 auprès du service des impôts des entreprises de Grande-Terre Sud et envoyées le 18 octobre 2017 par courriel à l'adresse électronique " ronald.eliezer@dgfip.finances.gouv.fr ", n'ont pas été souscrites par voie électronique en application des dispositions citées au point 7. La société EGSP ne peut donc être regardée comme ayant valablement déposé ses déclarations de revenus au titre des exercices clos en 2015 et 2016 à ces dates. Par un courrier du 20 février 2018, dont la société a accusé réception le 20 février 2018 ainsi qu'il a été dit au point 6, l'administration fiscale a mis en demeure la société EGSP MAG-SECURITE de souscrire ses déclarations d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016. En l'absence de réponse à cette mise en demeure dans le délai fixé, c'est à bon droit que l'administration fiscale a taxé d'office à l'impôt sur les sociétés la société EGSP MAG-SECURITE au titre des exercices clos en 2015 et 2016.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 287 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend et dans le délai fixé par arrêté une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration. / 2. Les redevables soumis au régime réel normal d'imposition déposent mensuellement la déclaration visée au 1 indiquant, d'une part, le montant total des opérations réalisées, d'autre part, le détail des opérations taxables. La taxe exigible est acquittée tous les mois. () " Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ". En vertu de ces dispositions combinées, les redevables de la taxe sur la valeur ajoutée, qui n'ont pas souscrit dans le délai légal les déclarations du montant total des affaires réalisées et du détail des opérations taxables, sont taxés d'office. La situation de taxation d'office s'apprécie mois par mois.
10. En l'espèce, il est constant que la société requérante, soumise au régime réel normal d'imposition, avait déposé dans les délais sa déclaration mensuelle de taxe sur la valeur ajoutée du mois d'avril 2015 et ne relevait ainsi pas de la procédure de taxation d'office pour ce mois-ci. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 14 septembre 2018, que l'administration fiscale a mis en œuvre la procédure de redressement contradictoire pour le mois d'avril 2015, et la procédure de taxation d'office pour les périodes du 1er janvier au 31 mars 2015 et du 1er mai au 31 décembre 2015. Par suite, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'administration fiscale a tenu compte des déclarations régulièrement souscrite pour le mois d'avril 2015 et n'a appliqué la procédure de taxation d'office qu'aux mois concernés par l'absence de déclaration selon une méthode permettant de déterminer l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de chacun de ces mois qui respectait l'appréciation mois par mois de la situation du contribuable, comme elle l'a d'ailleurs également fait pour déterminer les montants de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre des mêmes mois.
En ce qui concerne la procédure d'opposition à contrôle fiscal de M. C
11. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'avis de vérification de comptabilité du 23 avril 2018 a été présenté au siège de l'entreprise individuelle de M. C, situé au 75, cours Forbin, aux Abymes, le 25 avril 2018. A supposer que le requérant justifie que la signature apparaissant sur l'avis de réception correspond à celle de M B C, domicilié cours Forbin près Verin, il ressort de ses écritures que celui-ci est l'oncle de son gérant et n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, ni même n'allègue qu'il n'aurait pas eu qualité pour réceptionner ce pli en son nom. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 5 que le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'avis de vérification de comptabilité doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 8 août 2018, a été présenté au siège de l'entreprise individuelle de M. C, situé au 75, cours Forbin, aux Abymes, le 20 août 2018. Contrairement à ce que le requérant soutient, la signature figurant sur l'avis de réception ne ressemble pas à celle de M. B C. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 5 que M. C, qui n'indique pas la liste des personnes qui, même non expressément habilitées, auraient toutefois eu avec elle des relations susceptibles de leur donner qualité pour réceptionner ce pli, ne saurait être regardé comme établissant, ainsi qu'il lui appartient de le faire, que le signataire de l'avis de réception n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont s'agit. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 170 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " () 3. Lorsque la déclaration du contribuable doit seulement comporter l'indication du montant des éléments du revenu global et des charges ouvrant droit à la réduction d'impôt prévue par l'article 199 septies, l'administration calcule le revenu imposable compte tenu des déductions et charges du revenu auxquelles le contribuable a légalement droit ainsi que les réductions d'impôt. / Les avis d'imposition correspondants devront comporter le décompte détaillé du revenu imposable faisant apparaître notamment le montant des revenus catégoriels, celui des déductions pratiquées ou des charges retranchées du revenu global. Ils doivent également faire apparaître le montant des charges ouvrant droit à réduction d'impôt et le montant de cette réduction. () "
14. S'il résulte des dispositions précitées que les avis d'imposition doivent comporter le détail des revenus catégoriels, déductions pratiquées ou charges retranchées du revenu global, le non-respect de cette règle, qui ne concerne qu'un document destiné à l'information du contribuable, postérieurement à l'établissement de l'impôt, est sans incidence sur la régularité des impositions contestées. En tout état de cause et en l'espèce, il résulte de l'instruction que les avis d'imposition adressés à M. C pour ses revenus de 2015 et 2016 comportent le décompte détaillé prévu par les textes. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur le bienfondé des impositions :
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés
15. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En application de ces dispositions, il appartient à la société EGSP MAG-SECURITE, dont les impositions supplémentaires litigieuses résultent de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office, d'apporter la preuve de l'exagération de l'évaluation faite par l'administration de ses bases d'imposition pour les années en litige.
16. En premier lieu, la société requérante conteste la méthode de reconstitution opérée par l'administration fiscale et soutient que le taux de marge retenu est disproportionné.
17. Aux termes de l'article R. 193-1 du livre des procédures fiscales : " Dans le cas prévu à l'article L. 193, le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. "
18. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, lors des opérations de vérification de comptabilité, l'administration fiscale n'a pu examiner la comptabilité de la société requérante et a déterminé le bénéfice imposable en reconstituant le montant des chiffres d'affaires puis en analysant l'existence et le montant des charges mentionnées sur les liasses fiscales qui lui ont été remises. La société ne peut donc utilement soutenir que l'administration aurait appliqué un taux de marge disproportionné. En tout état de cause, en se bornant à produire un tableau de l'INSEE relatif au poids des charges dans le chiffre d'affaires et au taux de marge du secteur " Enquêtes et sécurité " en 2010, ainsi qu'un extrait de la proposition de rectification adressée à son gérant au titre de son entreprise individuelle exerçant dans le même secteur d'activité, la société requérante ne rapporte pas la preuve qui lui incombe du caractère justifié des charges non retenues par l'administration. Par suite, le moyen doit être écarté.
19. D'autre part, si la société EGSP MAG-SECURITE soutient que l'administration fiscale aurait dû déduire du bénéfice imposable qu'elle a reconstitué des charges de sous-traitance induites par un surcroît d'activité, à hauteur de 230 818 euros pour l'exercice clos en 2015 et 218 509 euros pour l'exercice clos en 2016, elle ne verse aucun élément permettant d'étayer cette allégation. Par suite, le moyen doit être écarté.
20. En second lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit en outre à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en l'application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes étant sans incidence à cet égard.
21. D'une part et en l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C est le gérant de la société EGSP MAG-SECURITE et détient la moitié des parts sociales, et il n'est pas contesté qu'il est seul habilité à faire usage du compte bancaire de la société. L'intéressé doit donc être regardé comme étant le seul maître de l'affaire et les résultats réalisés par la société au titre des exercices clos en 2015 et 2016 doivent, par suite, être présumés avoir été appréhendés par lui. La société requérante ne verse aucun élément permettant de renverser la présomption ainsi établie et ne rapporte ainsi pas la preuve qui lui incombe de l'absence d'appréhension des revenus distribués. Par suite, le moyen doit être écarté.
22. D'autre part, il ne résulte d'aucune disposition que les sommes déclarées au passif du bilan de la société ne peuvent pas constituer des revenus distribués. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu
23. Il résulte des dispositions citées au point 15 qu'il appartient à M. C, dont les impositions supplémentaires litigieuses résultent de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office, d'apporter la preuve de l'exagération de l'évaluation faite par l'administration de ses bases d'imposition pour les années en litige.
24. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que la procédure de taxation d'office dont la société EGSP MAG-SECURITE a fait l'objet s'agissant de l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016 n'est pas irrégulière. Par suite, le moyen tiré de ce que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu de M. C procédant de celle-ci ne sont pas fondés ne peut qu'être écarté.
25. En deuxième lieu, il ne résulte pas des propositions de rectification du 20 septembre 2018, adressée à la société EGSP MAG-SECURITE, et du 21 décembre 2018, adressée à M. C au titre de son entreprise individuelle, que les services vérificateurs aient comptabilisé deux fois des sommes de 448 288 euros pour l'année 2015 et 367 040 euros pour l'année 2016 à l'occasion des reconstitutions du bénéfice de son entreprise individuelle et de celui de la société intéressée.
26. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 19 que M. C ne démontre pas, en ne produisant aucun élément à l'appui de cette allégation, que le bénéfice de la société EGSP MAG-SECURITE aurait été reconstitué de manière exagérée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
27. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 21 que le moyen tiré de ce que M. C n'aurait pas appréhendé la totalité des sommes regardées comme distribuées par la société EGSP MAG-SECURITE à la suite de la vérification de comptabilité dont celle-ci a fait l'objet doit être écarté.
28. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 22 que M. C n'est pas fondé à soutenir que les sommes apparaissant au passif de la société EGSP MAG-SECURITE ne pourraient être regardées comme des revenus distribués.
Sur les pénalités :
En ce qui concerne les pénalités infligées à la société EGSP MAG-SECURITE
29. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : "1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () ; / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; / () ".
30. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la société EGSP MAG-SECURITE, qui n'a pas souscrit, dans le délai de trente jours, les déclarations à l'impôt sur les sociétés auxquelles elle était tenue malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale a commis une erreur de droit en appliquant la majoration de 40%.
En ce qui concerne les pénalités infligées à M. C
31. Il résulte de ce qui précède que la procédure d'imposition dont M. C a fait l'objet est régulière et que les impositions supplémentaires mises à sa charge sont bien fondées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les pénalités mises à sa charge en raison de ces impositions devraient être déchargées par voie de conséquence.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n°s 2101309 et 2101469 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SARL EGSP MAG-SECURITE et de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL EGSP MAG-SECURITE, à M. A C et au directeur régional des finances publiques de Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère
Mme Sollier, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIERLe président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
N°s 2101309 et 2101469
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026