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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101311

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101311

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, M. B A C, représenté par Me Nicole Cotellon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à la nouvelle décision du préfet sur sa demande de titre, dans un délai de trente jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il est illégal dès lors qu'il a été notifié alors que son dossier est en cours d'instruction ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant haïtien, né 13 juillet 1977, déclare être entré sur le territoire français en 2015. Le 24 juin 2020, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 29 septembre 2021, le préfet de Guadeloupe a refusé de lui délivrer ce titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. A C demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, si le requérant soutient que la " notification de l'arrêté intervient alors que le dossier est en cours d'instruction " cela ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 de ce même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. Si le requérant se prévaut des dispositions de l'article précité il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée et de la fiche de renseignements produite en défense, que le préfet a examiné sa demande de titre de séjour au regard de la demande d'admission au séjour dont il est constant qu'elle a été formulée au titre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, d'une part, si le requérant soutient qu'il est présent en France depuis 7 ans les éléments produits afin d'en attester ne permettent pas de le démontrer. En tout état de cause, la circonstance qu'il justifierait d'une telle durée de résidence sur le territoire français ne constitue pas un motif d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions précitées. S'il se prévaut également de la présence en France de ses deux enfants mineurs il ne produit aucun élément permettant de démontrer qu'il contribue à leur entretien et leur éducation. Il n'établit pas non plus avoir maintenu des liens avec leur mère, avec qui, il est séparé depuis juin 2021. D'autre part, s'il se prévaut d'une insertion professionnelle et produit, afin d'en attester, un contrat à durée indéterminée à temps plein en tant que carreleur du 19 août 2021 ainsi que deux bulletins de salaire, cette activité était très récente à date de la décision attaquée et ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement la condition de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

6. En l'espèce, tel que cela a été énoncé au point 4, le requérant ne produit aucun élément permettant de démontrer une contribution à l'éduction ou l'entretien de ses enfants. Ainsi, il ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tel qu'il en avait fait la demande. Par ailleurs, tel que cela a été énoncé au point 4 il ne remplit pas les conditions de l'article L. 435-1 de ce code et n'établit ni même n'allègue être présent sur le territoire français depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu de saisir préalablement la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment au point 4 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et ainsi méconnu les stipulations et dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6, le requérant qui n'établit pas contribuer à l'éducation et l'entretien de ses enfants ni même avoir un lien avec ces derniers n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de ses enfants a été méconnu. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Enfin, en sixième et dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2021 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquences celles à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A C et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C.D

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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