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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101320

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101320

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARISTIDE SARAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 novembre 2021 et le 8 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Aristide, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de séjour, elle-même illégale ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé est illégale dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né le 14 février 1980, est entré sur le territoire français en 2014, selon ses dires. Par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

3. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il est fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique, en particulier, qu'il ne peut pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'apporte pas d'élément suffisamment probant justifiant de sa contribution à l'éducation et l'entretien de ses enfants. Il précise également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Le requérant doit être regardé comme se prévalant des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité. Il ressort des pièces du dossier notamment de la décision attaquée, que le préfet a examiné la demande de titre de séjour du requérant au regard de la demande de renouvellement de titre de séjour du 20 novembre 2019 dont il est constant qu'elle a été formulée au titre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort de la décision attaquée que le préfet, pour rejeter la demande de titre du requérant s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 423-7 du code précité et non pas sur les dispositions de l'article L. 423-23 de ce code. Ainsi, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Le requérant se prévaut de la présence en France d'une de ses enfants, née le 15 février 2016 d'une mère de nationalité française. Le préfet, pour lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, s'est fondé sur le fait, notamment, qu'il n'apporte aucun élément permettant de s'assurer de la présence de son enfant sur le territoire et qu'il ne démontre pas avoir entamé des démarches en vue de retrouver son enfant français. En effet, si le requérant produit de nombreuses pièces afin d'attester de virements bancaires récurrents auprès de la mère de cet enfant pouvant démontrer une certaine contribution à son entretien, toutefois, il ne produit aucun élément permettant de démontrer une contribution à son éducation ainsi que le maintien d'un lien avec elle depuis 2020. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Le requérant soutient qu'il a construit sur le territoire français des attaches solides, réelles et intenses dès lors notamment qu'il est présent sur le territoire français depuis 7 ans. Afin d'en attester le requérant produit notamment des avis d'imposition, les statuts de la SARL PDG Market, dont il est associé, datant du 30 novembre 2021, soit postérieur à la décision attaquée, des factures ou encore des attestations de témoins. Toutefois, ces pièces ne sont pas de nature à établir des attaches suffisamment intenses et stables. Par suite, et également pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, les moyens tirés de ce que le préfet a pas méconnu les stipulations précitées et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre dès lors qu'aucun des moyens qu'il a soulevé contre cette décision n'est fondée. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé :

13. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'illégalité. Par suite, M. A saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision le concernant, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de sa reconduite.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé doivent être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

C.B

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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