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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101324

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101324

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101324
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHURIN KANCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2021, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a prononcé son expulsion ;

2°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 prise par la même autorité fixant son pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté d'expulsion :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission d'expulsion était irrégulièrement composée ;

- il est entaché d'une erreur dans l'appréciation de la menace à l'ordre public qu'elle représente ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté d'expulsion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Des pièces complémentaires produites pour la requérante ont été enregistrées le 12 novembre 2021 et communiquées.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2021.

Par un courrier du 10 décembre 2022, Me Mathurin-Kancel, avocate désignée au titre de l'aide juridictionnelle a indiqué, en réponse à un courrier de ce tribunal portant demande de maintien de la requête sur le fondement de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, maintenir la requête formée le 12 novembre 2021 par Mme B.

Par un courrier du 19 janvier 2023, Me Mathurin-Kancel indique avoir tenté de joindre Mme B en vain à plusieurs reprises, les courriers adressés par ses soins demeurant sans réponse. Elle indique souhaiter maintenir les demandes présentées par la requérante sans toutefois produire de mémoire complémentaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lubrani, conseiller,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante dominiquaise née le 21 octobre 1977 à la Dominique, est entrée irrégulièrement sur le territoire français à l'âge de 20 ans, selon ses déclarations. Par un avis en date du 21 octobre 2021 la commission d'expulsion s'est prononcée favorablement à l'expulsion de Mme B. Par un arrêté du 28 octobre 2021, le préfet de la Guadeloupe a prononcé son expulsion et, par une décision préfectorale du même jour, a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Guadeloupe, qui a désigné comme avocate Me Mathurin-Kancel. Celle-ci, invitée à confirmer le maintien de la requête de la requérante en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative par un courrier du 10 novembre 2022, a indiqué maintenir ses conclusions avant d'indiquer, le 19 janvier 2023, ne pas réussir à joindre sa cliente, le dernier courrier qu'elle lui aurait envoyé " ayant été avisé non récupéré ". Compte tenu des délais accordés et écoulés, et des tentatives infructueuses de l'avocate pour joindre la requérante ou d'obtenir de celle-ci des éléments du dossier, l'affaire doit être jugée en l'état.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne l'arrêté d'expulsion :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 janvier 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Guadeloupe a donné délégation de signature à M. A, sous-préfet de Pointe-à-Pitre en matière " d'entrée et séjour des étrangers et droit d'asile, en particulier, refus de titre de séjour portant obligation de quitter le territoire français, reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière, expulsion et décisions fixant le pays de renvoi ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté d'expulsion manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision litigieuse, qui vise les dispositions applicables à la situation de la requérante, relève que celle-ci a été condamnée à de multiples reprises et fait mention de plusieurs éléments relatifs à sa situation familiale, comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : / a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; / b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; / c) d'un conseiller de tribunal administratif. / Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue ".

6. Le préfet de la Guadeloupe, qui produit l'avis motivé de la commission d'expulsion du 21 octobre 2021 émettant à l'unanimité un avis favorable à l'expulsion de Mme B ainsi que l'arrêté du 7 août 2020 portant composition de la commission d'expulsion des étrangers, justifie de la composition régulière de la commission d'expulsion au regard de l'article L. 632-1 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du CESEDA " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été condamnée à plusieurs reprises à des peines d'emprisonnement conséquentes, entre 2002 et 2016, pour des faits de vols aggravés, d'acquisition, détention, offre ou cession de stupéfiants, extorsion aggravées et séquestration et actes de tortures. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits commis, à leur répétition sur une longue période et au caractère récent de la dernière condamnation du tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre qui a condamné l'intéressée à une peine d'emprisonnement de cinq ans le 28 janvier 2016, le préfet de la Guadeloupe a pu, sans entacher sa décision d'une inexacte appréciation des faits, considérer que sa présence en France constituait une menace grave pour l'ordre public et ordonner pour ce motif, son expulsion, nonobstant les efforts d'intégration dont se prévaut Mme B.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Si Mme B se prévaut de la présence sur le territoire français de son fils, de nationalité française, de sa petite-fille et de sa concubine, elle n'établit, ni même n'allègue, entretenir avec ces derniers des liens affectifs d'une particulière intensité, alors même qu'il est constant que son fils et sa petite-fille vivent en France hexagonale et qu'il ressort des pièces du dossier que les attaches avec son fils majeur sont fortement distendues du fait, ainsi que le qualifie la cour d'appel de Basse-Terre dans une ordonnance du 8 novembre 2021, " de leur histoire chaotique ". Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches en Dominique. Dans ces conditions, et alors, ainsi qu'il l'a été dit au point 8, que Mme B constitue une menace grave pour l'ordre public, le préfet de la Guadeloupe n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant expulsion du territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté 2021/256 du 28 octobre 2021 par lequel le préfet a prononcé son expulsion et de la décision du même jour fixant le pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LUBRANI

Le président

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. CORNEILLE

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