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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101362

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101362

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDJIMI VÉRITÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2021, Mme A D, représentée par Me Djimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté 2021/211 du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai et lui a imposé une obligation de présentation ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et de son intégration à la société française.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 janvier 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022, puis rouverte par ordonnance du 1er juin 2022.

Les pièces produites par la requérante les 28 mars 2022 et 29 avril 2022 ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 portant partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Djimi pour Mme D, le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante haïtienne née le 17 octobre 1975 est entrée clandestinement en France le 17 avril 2003. Elle a été interpellée en 2012 en situation irrégulière et a fait l'objet d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français. Mme D s'est maintenue sur le sol français après le délai de départ qui lui avait été octroyé. Elle a demandé un titre de séjour en qualité de " visiteur " en 2016 et a bénéficié d'un titre de séjour valable deux ans du 30 mai 2018 au 29 mai 2020 au titre de la " vie privée et familiale ", dont elle a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 2021/211 du 4 octobre 2021, le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai, et lui a imposé une obligation de présentation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Pour refuser de renouveler sa carte de séjour, le préfet retient notamment que, célibataire âgée de 46 ans, Mme D ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure née sur le territoire français, qu'elle a séjourné hors du territoire français pendant un an et demi alors qu'elle était admise au séjour durant deux ans. Il ajoute qu'elle ne maîtrise pas la langue française et ne justifie d'aucune activité professionnelle.

4. Au soutien de sa requête, Mme D conteste ne pas pourvoir à l'entretien et l'éducation de son enfant née le 13 avril 2005 aux Abymes, expliquant que ses séjours en Haïti sont toujours temporaires et motivés par la recherche de soins à sa pathologie. Elle souligne qu'elle réside ainsi habituellement et de manière continue sur le territoire français depuis 2003 soit près de 18 ans et justifie que sa fille a sollicité l'octroi de la nationalité française.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que Mme D est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 17 avril 2003, soit après avoir vécu 28 ans dans son pays d'origine. Si elle déclare vivre sur le territoire français depuis près de 18 ans, elle ne justifie pas d'une intégration, notamment par la maitrise de la langue française. Sa fille est née en 2005 mais ce n'est qu'en 2018 que Mme D a obtenu la régularisation de sa situation. Elle ne conteste pas se rendre souvent en Haïti, même durant la période couverte par le titre de séjour obtenu, laissant ainsi sa fille chez son père qui est en situation régulière, et n'établit pas, en particulier par la production des certificats du Docteur E du 25 avril 2022 et du Docteur C F du 11 janvier 2021, que le motif de santé allégué nécessite de tels déplacements dans son pays d'origine. Compte tenu de cette situation, Mme D ne justifie pas qu'en rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations et dispositions précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés pour n'être pas fondés. Pour les mêmes motifs, ledit arrêté ne saurait davantage être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de l'intéressée.

6. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions de Mme D tendant a` l'annulation de l'arrêté 2021/211 portant doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

Mme Brigitte Pater, première conseillère,

M. Antoine Lubrani, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

B. B

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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