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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101373

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101373

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPANCREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 novembre 2021 et 31 mars 2022, M. A B, représenté par Me Merault, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Petit-Bourg à lui verser la somme de 79 745,19 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de sa réintégration tardive à l'issue de sa période de disponibilité ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Petit-Bourg une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle ne lui a pas adressé de mise en demeure de rejoindre son poste à la fin de sa disponibilité pour convenances personnelles et qu'elle n'a pas saisi le centre de gestion ;

-l'absence de saisine du centre de gestion l'a privé de la possibilité d'être réintégré sur un des postes vacants qui lui auraient été proposés ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice financier correspondant à 21 mois de traitement ;

- il a illégalement été privé de la possibilité de bénéficier d'une allocation chômage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, la commune de Petit-Bourg, représentée par Me Pancrel, conclut au rejet de la requête de M. B et à ce que soit mise à sa charge une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. B n'a demandé sa réintégration que le 22 décembre 2020 ;

- le requérant n'a pas formé de demande de réintégration dans le délai de trois mois précédant la fin de sa disponibilité ; il ne peut être regardé comme ayant été involontairement privé d'emploi qu'à partir du troisième mois suivant la réception de sa demande de réintégration ;

- elle n'était pas tenue de mettre M. B en demeure de réintégrer son poste dès lors que ce dernier avait indiqué vouloir définitivement quitter ses fonctions ;

- le requérant ayant été réintégré à compter du 1er octobre 2021, seule la période d'avril 2021 à septembre 2021 pourrait faire l'objet d'une indemnisation ;

- le requérant a perçu des revenus dans le cadre d'une activité privée, de sorte qu'il ne peut se prévaloir d'un préjudice tiré de sa perte de rémunération.

Par ordonnance du 11 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2022 à 12 heures.

En réponse à la demande formulée par le tribunal sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, M. B a produit des pièces pour compléter l'instruction le 28 septembre 2022, qui ont été communiquées à la commune de Petit-Bourg.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ingénieur territorial titulaire exerçant ses fonctions au sein de la commune de Petit-Bourg, a été placé en disponibilité pour créer ou reprendre une entreprise à compter du 1er octobre 2011, jusqu'au 30 septembre 2013. Il a ensuite été placé en position de disponibilité pour convenances personnelles, à sa demande, du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2016, puis du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2019. Par un courrier du 5 juin 2019, M. B a informé la commune de Petit-Bourg que sa disponibilité arrivant à son terme, il envisageait de former une demande de départ volontaire. Puis, en septembre 2019, l'intéressé a adressé à la commune une demande de rupture conventionnelle et a sollicité un entretien afin d'en déterminer les conditions, lequel s'est tenu le 19 février 2020. M. B a également saisi la commune d'une demande tendant à sa réintégration à l'issue de sa disponibilité. Par un courrier du 23 juillet 2021, il a adressé une demande indemnitaire à la commune de Petit-Bourg. L'intéressé a été réintégré en qualité de directeur du numérique et des systèmes d'information le 1er octobre 2021. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner la commune à l'indemniser du préjudice financier qu'il estime avoir subi du fait de sa réintégration tardive à l'issue de sa disponibilité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les fautes liées aux conditions de réintégration de M. B :

2. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, alors en vigueur : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () / Le fonctionnaire mis en disponibilité, soit d'office à l'expiration des congés institués par les 2°, 3° et 4° de l'article 57 de la présente loi, soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n'a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l'établissement d'origine doit être proposée au fonctionnaire. ". Aux termes de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986 susvisé, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf dans le cas où la période de mise en disponibilité n'excède pas trois mois, le fonctionnaire mis en disponibilité sur sa demande fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son cadre d'emplois d'origine trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité. () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 précitée () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire mis en disponibilité pour convenances personnelles a le droit, sous réserve de la vacance d'un emploi correspondant à son grade, d'obtenir sa réintégration à l'issue d'une période de disponibilité. D'une part, si ces textes n'imposent pas à l'autorité dont relève le fonctionnaire de délai pour procéder à cette réintégration, celle-ci doit intervenir, en fonction des vacances d'emplois qui se produisent, dans un délai raisonnable. D'autre part, lorsque la collectivité dont relève l'agent constate qu'elle n'est pas en mesure de lui proposer un emploi correspondant à son grade à la date à laquelle la réintégration est demandée, elle doit saisir, sauf réintégration possible à bref délai, le centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion local afin qu'il lui propose tout emploi vacant correspondant à son grade.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a sollicité pour la première fois sa réintégration dans son cadre d'emplois d'origine par un courrier adressé à la commune de Petit-Bourg le 11 décembre 2020 et réceptionné par cette dernière le 28 décembre 2020. Si le requérant soutient avoir demandé sa réintégration par un courriel adressé à la commune le 21 novembre 2019, il ressort des termes mêmes de ce courriel que celui-ci avait pour objet l'indemnité de départ volontaire à laquelle M. B aurait pu prétendre. S'il est vrai que dans ce courriel, l'intéressé a également demandé à la commune de lui apporter des précisions quant aux conditions de sa réintégration dès lors que sa disponibilité pour convenances personnelles avait pris fin le 30 septembre 2019, il ne saurait être regardé comme constituant une demande de réintégration au sens des dispositions précitées.

5. Il résulte également de l'instruction qu'avant qu'arrive à son terme sa disponibilité pour convenances personnelles, M. B a dans un premier temps informé la commune, le 5 juin 2019, qu'il envisageait de former une demande de départ volontaire, puis a sollicité en septembre 2019 une rupture conventionnelle. Ainsi, ce n'est qu'à compter du courrier du 11 décembre 2020, réceptionné le 28 décembre suivant, que M. B a manifesté sa volonté d'être réintégré dans son cadre d'emplois d'origine. Néanmoins, il résulte également de ce courrier que l'intéressé a sollicité soit sa réintégration, soit une rupture conventionnelle. La commune a procédé à la réintégration de l'intéressé sur un poste de directeur du numérique et des systèmes d'informations à compter du 1er octobre 2021, soit 9 mois et trois jours après sa demande de réintégration. Dans ces conditions, compte tenu de l'ambiguïté des demandes de M. B et bien que la commune n'apporte aucune précision quant aux vacances d'emplois correspondant au grade de l'intéressé, elle ne peut être regardée comme ayant méconnu son droit à être réintégré dans un délai raisonnable.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient qu'à défaut d'avoir demandé sa réintégration dans le délai de trois mois précédant la fin de sa disponibilité pour convenances personnelles, prévu à l'article 26 du décret du 13 janvier 1986 précité, la commune a commis une faute en ne lui adressant pas de mise en demeure de réintégrer son poste. Toutefois, une telle mise en demeure n'étant exigée qu'avant de procéder à la radiation des cadres d'un agent, M. B ne saurait se prévaloir d'une faute à ce titre dès lors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, il a été réintégré à compter du 1er octobre 2021.

7. En troisième lieu, ainsi qu'il a été énoncé au point 3, lorsque la collectivité dont relève un agent constate qu'elle n'est pas en mesure de lui proposer un emploi correspondant à son grade à la date à laquelle la réintégration est demandée, elle doit saisir, sauf réintégration possible à bref délai, le centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion local afin que celui-ci propose tout emploi vacant correspondant à son grade. En l'espèce, il ne résulte ni de l'instruction que la commune de Petit-Bourg avait la possibilité de réintégrer M. B à bref délai, ni qu'elle a saisi le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Guadeloupe. En ne procédant pas à une telle saisine, la commune de Petit-Bourg a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le lien de causalité et le préjudice :

8. Ainsi qu'il a été dit au point 7, la commune de Petit-Bourg a commis une faute en ne saisissant pas le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Guadeloupe, lequel aurait potentiellement pu proposer à M. B un ou plusieurs postes vacants correspondant à son grade. Toutefois, le requérant n'établissant pas qu'il avait une chance sérieuse de se voir proposer un tel poste et d'être réintégré, il n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune à lui verser les traitements non-perçus entre sa demande de réintégration et sa réintégration effective, intervenue le 1er octobre 2021.

En ce qui concerne l'allocation d'aide au retour à l'emploi :

9. Aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les personnes aptes au travail et recherchant un emploi ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées par le présent titre. ". Aux termes de l'article L. 5424-1 du même code : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° () les agents titulaires des collectivités territoriales () ".

10. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées aux points 2 et 9 qu'un fonctionnaire qui a sollicité dans les délais prescrits sa réintégration à l'issue d'une période de mise en disponibilité pour convenance personnelle et dont la demande n'a pu être honorée faute de poste vacant à la date souhaitée doit en principe être regardé comme ayant été non seulement involontairement privé d'emploi mais aussi à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-1 du code du travail, au titre de la période comprise entre la date à laquelle sa mise en disponibilité a expiré et la date de sa réintégration à la première vacance. En ce cas, il peut prétendre au bénéfice de l'allocation pour perte d'emploi.

11. En revanche, un fonctionnaire qui, en méconnaissance des obligations s'imposant à lui du fait des dispositions précitées de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986, n'a présenté à son administration sa demande de réintégration au sein de son cadre d'emplois d'origine que moins de trois mois avant l'expiration de sa période de mise en disponibilité ne saurait être regardé comme involontairement privé d'emploi dès l'expiration de cette période. Dans un tel cas, il n'est réputé involontairement privé d'emploi et, dès lors, ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation pour perte d'emploi, avant qu'un délai de trois mois ne se soit écoulé depuis sa demande de réintégration. Des démarches accomplies par le fonctionnaire tendant à identifier des postes susceptibles de lui convenir lors de sa réintégration ultérieure, ou l'expression par cet agent de simples souhaits de reprise des fonctions ne sauraient à cet égard tenir lieu de demande expresse de réintégration ni produire les mêmes effets qu'elle.

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la disponibilité pour convenances personnelles de M. B expirait le 30 septembre 2019 et que l'intéressé n'a sollicité sa réintégration que par un courrier du 11 décembre 2020, réceptionné par la commune de Petit-Bourg le 28 décembre suivant. Dès lors, le requérant n'a pas présenté sa demande de réintégration dans le délai de trois mois avant l'expiration de sa période de mise en disponibilité. Par suite, il ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi qu'à compter du 28 mars 2021, soit trois mois après sa demande de réintégration. De plus, M. B ayant été réintégré le 1er octobre 2021, il ne peut prétendre au bénéfice de cette allocation que jusqu'au 30 septembre 2021.

13. L'état de l'instruction ne permet toutefois pas de déterminer le montant total des allocations d'aide au retour à l'emploi dont M. B a été illégalement privé pour cette période et que doit lui verser la commune de Petit-Bourg. Il y a donc lieu de renvoyer le requérant devant la commune de Petit-Bourg pour que cette dernière procède à la détermination et la liquidation des allocations dues, en tenant compte, outre de la durée des droits telle qu'elle est déterminée au point 12 du présent jugement, des périodes de reprise d'emploi au cours de cette période d'indemnisation.

Sur les intérêts :

14. M. B a droit aux intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la commune de Petit-Bourg.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Petit-Bourg une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Petit-Bourg demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Petit-bourg est condamnée à verser à M. B l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période comprise entre le 28 décembre 2020 et le 30 septembre 2021 inclus.

Article 2 : M. B est renvoyé devant la commune de Petit-Bourg afin qu'il soit procédé, dans les conditions énoncées dans les motifs du présent jugement, à la liquidation et au paiement des allocations d'aide au retour à l'emploi qui lui sont dues en exécution de l'article 1er ci-dessus. Le montant de ces allocations sera majoré des intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2021.

Article 3 : La commune de Petit-Bourg versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Petit-Bourg.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Guiserix, président,

- M. Antoine Lubrani, conseiller,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALe président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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