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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101382

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101382

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCATALAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Catalan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2021 par laquelle la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt a réduit de 20% l'ensemble des aides qu'il a perçu au titre de la campagne 2020, ensemble la décision du 27 septembre 2021 par laquelle la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de procéder à une nouvelle instruction dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu à plusieurs égards ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique dès lors qu'il n'a pas commis de manquement aux règles conditionnant l'obtention des aides de la politique agricole commune ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 24 avril 2015 relatif aux règles de bonnes conditions agricoles et environnementales ;

- l'arrêté du 27 janvier 2020 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité au titre de 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Catalan représentant M. A, non présent.

Le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exploite depuis 2019 une parcelle cadastrée AV 238 à Sainte-Rose d'une surface de 7ha 71a 83ca qui lui a été attribuée par l'établissement foncier agricole Passioline. A la suite d'un contrôle opéré le 6 octobre 2020, l'Agence de service et de paiement a fait apparaître la suppression d'une haie pour un total de 20 % du linéaire, soit une méconnaissance des normes de bonnes conditions agricoles et environnementales notamment le maintien des particularités topographiques. La direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt a ainsi, par une décision du 27 juillet 2021, fixé à 20 % le taux de réduction appliqué sur l'ensemble des aides perçues au titre de la campagne 2020 et par une décision du 27 septembre 2021 rejeté le recours gracieux du requérant du 7 août 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

3. En l'espèce, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il est fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique en particulier qu'à la suite d'un contrôle réalisé le 13 octobre 2020 par la délégation régionale de l'Agence de service et de paiement, il a été constaté que le requérant ne respectait pas certaines exigences et qu'au vue des anomalies constatées un taux de réduction calculée de 20 % serait appliqué à toutes les aides soumises à la conditionnalité au titre de l'année 2020. Par ailleurs, il est joint à cette décision la description des anomalies constatées. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le rapport d'inspection du contrôle établi par l'agent assermenté le 6 octobre 2020, qui mentionnait l'anomalie relevée par l'Agence de service et de paiement, a été signé par le requérant le même jour. Le requérant ne peut à cet égard se prévaloir de la circonstance qu'il n'y ait pas inscrit ses observations dès lors que le courrier l'invite à présenter ses observations dans un délai de dix jours et qui n'établit ni même n'allègue en avoir été empêché. Par suite, le moyen doit être écarté comme non fondé.

6. En troisième lieu, aux termes l'article 93 du règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune : " 1. Les règles relatives à la conditionnalité sont les exigences réglementaires en matière de gestion prévues par le droit de l'Union et les normes relatives aux bonnes conditions agricoles et environnementales des terres, établies au niveau national et énumérées à l'annexe II, en ce qui concerne les domaines suivants : a) environnement, changement climatique et bonnes conditions agricoles des terres; b) santé publique, santé animale et végétale; c) bien-être des animaux. ()".

7. Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 24 avril 2015 relatif aux règles de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) : " I. - En application du deuxième alinéa de l'article D. 615-50-1 du code rural et de la pêche maritime, la liste des particularités topographiques est la suivante : () - les haies d'une largeur inférieure ou égale à 10 mètres. Cette largeur s'apprécie sur la totalité de la haie, qu'elle soit mitoyenne ou non. Pour l'application de cet article, la haie est définie comme une unité linéaire de végétation ligneuse, implantée à plat, sur talus ou sur creux, avec une présence d'arbustes, et, le cas échéant, une présence d'arbres et/ou d'autres ligneux (ronces, genêts, ajoncs) ou avec une présence d'arbres et d'autres ligneux (ronces, genêts, ajoncs). Une discontinuité de 5 mètres ou moins dans une haie ne remet pas en cause sa présence sur le linéaire considéré. Une discontinuité de plus de 5 mètres n'est pas considérée comme une partie du linéaire de la haie. On entend par discontinuité un espace ne présentant ni strate arborée (houppier) en hauteur ni strate arbustive (au sol). Une mare, un bosquet ou une haie qui dépasserait les limites maximales fixées par le présent arrêté ne sont pas des particularités topographiques. Le troisième tiret ne s'applique pas à Mayotte. II. - En application du deuxième alinéa de l'article D. 615-50-1 du code rural et de la pêche maritime, les modalités de destruction, de déplacement et de remplacement des haies sont les suivantes : L'exploitation du bois de la haie et la coupe à blanc de la haie sont autorisées, ainsi que le recépage. 1° Destruction de la haie. On entend par destruction de la haie sa suppression définitive. La destruction de la haie n'est autorisée que dans les cas suivants : - création d'un nouveau chemin d'accès rendu nécessaire pour l'accès et l'exploitation de la parcelle, dans la limite de 10 mètres de large ; - création ou agrandissement d'un bâtiment d'exploitation justifié par un permis de construire ; - gestion sanitaire de la haie décidée par le préfet au titre des dispositions visées au livre II du code rural et de la pêche maritime ; - défense de la forêt contre les incendies décidée par le préfet au titre des dispositions visées au titre III du code forestier ; - réhabilitation d'un fossé dans un objectif de rétablissement d'une circulation hydraulique ; - travaux déclarés d'utilité publique ; - opération d'aménagement foncier avec consultation du public, en lien avec des travaux déclarés d'utilité publique. Cette opération doit faire l'objet d'un conseil environnemental de la part des organismes visés à l'annexe VI. Dans chacun de ces cas de destruction, l'agriculteur doit, au préalable, déclarer à la direction départementale chargée de l'agriculture dans laquelle se situe le siège de l'exploitation la destruction de la haie et joindre les pièces justifiant la destruction. 2° Déplacement de la haie. On entend par déplacement de la haie la destruction d'une haie et la replantation d'une haie ou de plusieurs haies ailleurs sur l'exploitation. () 3° Remplacement de la haie. On entend par remplacement de la haie la destruction d'une haie et la réimplantation au même endroit d'une autre haie. Un remplacement peut avoir lieu en cas d'éléments morts ou de changement d'espèces. Dans ce cas, l'agriculteur doit, au préalable, déclarer à la direction départementale chargée de l'agriculture dans laquelle se situe le siège de l'exploitation le remplacement de la haie. ().".

8. En l'espèce, la décision contestée se fonde sur le fait que le requérant n'a pas respecté son obligation de maintien de haie. Il ressort en effet des pièces du dossier que le requérant a effectivement détruit 20 % du linéaire soit plus de quinze mètres de haie. Si le requérant soutient qu'il a ainsi procédé à un recépage il ne l'établit pas. Or il ne ressort pas des pièces du dossier que la destruction réalisée corresponde à l'un des cas de destructions autorisés par les dispositions précitées. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'avoir revalorisé ses parcelles dès lors que cela ne constitue pas l'un de ces cas d'autorisation. Enfin, s'il se prévaut d'une autorisation de défricher il ne ressort pas des pièces du dossier que le courrier du 26 août 2020 l'y ait autorisé et en tout état de cause que cette autorisation ait concerné les haies litigieuses. Par suite, le manquement est caractérisé et le moyen doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 91 du règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune : " 1. Lorsqu'un bénéficiaire visé à l'article 92 ne respecte pas les règles de conditionnalité énoncées à l'article 93, une sanction administrative lui est imposée. 2. La sanction administrative visée au paragraphe 1 s'applique uniquement lorsque le non-respect résulte d'un acte ou d'une omission directement imputable au bénéficiaire concerné et lorsque l'une ou chacune des deux conditions supplémentaires ci-après est remplie: a) le non-respect est lié à l'activité agricole du bénéficiaire; b) la superficie de l'exploitation du bénéficiaire est concernée. () ". Aux termes de l'article 99 de ce règlement : " Calcul de la sanction administrative 1. La sanction administrative prévue à l'article 91 est appliquée par réduction ou exclusion du montant total des paiements énumérés à l'article 92, octroyés ou à octroyer au bénéficiaire concerné pour les demandes d'aide qu'il a introduites ou qu'il introduira au cours de l'année civile de la constatation. Aux fins du calcul de ces réductions et exclusions, il est tenu compte de la gravité, de l'étendue, de la persistance et de la répétition du non-respect constaté, ainsi que des critères fixés aux paragraphes 2, 3 et 4. 2. En cas de non-respect dû à la négligence, le pourcentage de réduction ne dépasse pas 5 % ou, s'il s'agit d'un cas de non-respect répété, 15 %. Les États membres peuvent établir un système d'avertissement précoce applicable aux cas de non-respect qui, en raison du caractère mineur de leur gravité, de leur étendue et de leur durée, dans des cas dûment justifiés, n'entraînent pas de réduction ou d'exclusion. 3. En cas de non-respect intentionnel, le pourcentage de réduction ne peut pas être inférieur à 20 % et peut aller jusqu'à l'exclusion totale du bénéfice d'un ou de plusieurs régimes d'aide et peut s'appliquer à une ou plusieurs années civiles. 4. En tout état de cause, le montant total des réductions et exclusions pour une année civile ne dépasse pas le montant total visé au paragraphe 1, premier alinéa. ".

10. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 27 janvier 2020 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité au titre de 2020 : " Pour l'application du quatrième alinéa de l'article D. 615-59 du code rural et de la pêche maritime, sont présumés intentionnels les cas de non-conformité mentionnés ci-après : 1° Au titre du domaine " environnement, changement climatique et bonnes conditions agricoles des terres " : Pour le sous-domaine " bonnes conditions agricoles et environnementales " : () le non-respect de l'obligation de maintien d'une haie pour plus de 20 % du linéaire (et plus de 15 mètres) ; ()".

11. Aux termes de l'article D. 615-59 du code rural et de la pêche maritime : " Le taux de réduction des paiements directs au titre de la conditionnalité, au sens du règlement (UE) n° 1306/2013, équivaut à la somme des pourcentages de réduction par domaine, déterminés en application des dispositions du V de l'article D. 615-58 et de l'article D. 615-58-1, dans la limite de 5 %, sauf en cas de non-conformité répétée ou intentionnelle. () Lorsqu'une non-conformité présumée intentionnelle dans l'arrêté mentionné au I de l'article D. 615-57 est constatée, le pourcentage de réduction est fixé de manière générale à 20 %. Par décision motivée au regard de la gravité, de l'étendue et de la persistance de la non-conformité, ce pourcentage peut être porté jusqu'à 100 %. Lorsqu'une non-conformité non présumée intentionnelle et qui ne peut être considérée comme une négligence est constatée, le pourcentage de réduction est fixé de manière générale à 20 %. Par décision motivée au regard de la gravité, de l'étendue et de la persistance de la non-conformité, ce pourcentage peut être ramené jusqu'à 15 % au minimum ou porté jusqu'à 100 %. En cas de refus d'un contrôle conduit au titre de la conditionnalité, le taux de réduction des aides soumises aux règles de conditionnalité prévues par la politique agricole commune est fixé à 100 %. ".

12. En l'espèce, le requérant soutient que la sanction est disproportionnée du fait de l'absence d'anomalie et de caractère intentionné. Il ressort toutefois des pièces du dossier et tel que cela a été énoncé au point 8, que la destruction concerne 20 % du linéaire ce qui constitue un manquement présumé intentionnel. Ainsi, en application des dispositions précitées, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration aurait dû appliquer un taux inférieur à 20% de réduction. Par suite, le moyen tiré de la disproportion doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, à la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience publique du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. GOUDENÈCHE

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

4

N° 1901371

7

N° 2000996

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