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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101454

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101454

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLACAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 8 décembre 2021 et 2 mars 2023, M. B A, représenté par Me Lacavé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour provisoire en attente d'un réexamen de sa situation ;

3°) d'ordonner une expertise afin d'établir le lien de filiation entre son enfant et lui-même ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision portant refus de délivrance de son titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il contribue de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant français ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la reconnaissance de paternité effectuée au profit de son enfant français n'est pas frauduleuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et que la reconnaissance de paternité établie par M. A présente un caractère frauduleux.

Des pièces complémentaires présentées pour le requérant ont été enregistrées les 21 janvier, 14 février et 1er mars 2022 et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lubrani, conseiller,

- et les observations de Me Lacavé, le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant haïtien né le 20 octobre 1965 à Cabaret (Haïti), est entré irrégulièrement sur le territoire français le 21 avril 2014, selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 avril 2015 et par la Cour nationale du droit d'asile le 18 avril 2016. Par un arrêté du 4 novembre 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

3. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Guadeloupe a retenu que M. A ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions précitées, dès lors qu'il ne justifiait pas suffisamment de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant français qu'il a reconnu, né le 8 septembre 2016. En se bornant à produire, dans la présente instance, des récépissés d'opérations financières non nominatifs, émis sur des périodes discontinues entre 2015 et 2022, M. A n'établit pas la réalité de sa contribution effective à l'entretien et l'éducation de son enfant, qui réside avec sa mère en France hexagonale, et auprès duquel il n'établit pas avoir noué un lien affectif particulier. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si le requérant se prévaut de la présence de son fils français sur le territoire français, il ne justifie toutefois pas, ainsi qu'il l'a été énoncé au point 3, de la contribution à son entretien et à son éducation, et notamment de l'intensité des liens affectifs noués avec ce dernier. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où résident ses sœurs et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, et en l'absence de tout autre élément de nature à établir une insertion d'une particulière intensité de l'intéressé sur le territoire, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 3, M. A n'établit pas sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs sollicitée par le préfet, ni sur la demande d'expertise du requérant, qui ne présente pas de caractère utile compte tenu du rejet de la requête, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Guiserix, président,

- M. Antoine Lubrani, conseiller,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LUBRANILe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. CETOL

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