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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2101625

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2101625

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2101625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSIMON ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, la société à responsabilité limitée La Métisse, représentée par Me Raimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 5 mars 2021 en vue du recouvrement d'une amende de 5 000 euros, ensemble la décision implicite du 5 novembre 2021 ayant rejeté sa réclamation préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la créance dont se prévaut l'Etat est mal fondée, dès lors que l'arrêté du 18 décembre 2020 lui infligeant une amende est entaché d'illégalité, en ce qu'il est insuffisamment motivé, qu'il a été pris sur le fondement d'une mise en demeure irrégulière, qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et que le montant de l'amende infligée est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, la direction régionale des finances publiques de Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle est incompétente pour se prononcer sur le bien-fondé de la créance.

La requête a été communiquée au préfet de la Guadeloupe, ordonnateur du titre de perception, qui n'a pas produit d'observation en défense.

Par lettre du 9 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité du moyen tiré de l'illégalité de la décision du 20 mai 2020 portant mise en demeure, en ce qu'il excipe, par voie d'exception, de l'illégalité d'une décision individuelle devenue définitive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lubrani, conseiller ;

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société La Métisse a déposé le 6 juillet 2016 un dossier de déclaration " loi sur l'eau " en vue de la construction de 70 logements individuels sur la commune de Trois-Rivières. Le préfet de la Guadeloupe lui a délivré le 27 juillet 2016 un récépissé de dépôt valant absence d'opposition à déclaration. Le 12 septembre 2019, des agents de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) ont effectué un contrôle sur le site de la construction, au cours duquel ils ont constaté la non-conformité d'installations au dossier déposé en 2016 concernant, d'une part, le système de gestion des eaux pluviales et, d'autre part, les infrastructures de gestion des eaux usées. Par un courrier du 20 mai 2020, le préfet de la Guadeloupe a mis en demeure la société La Métisse de régulariser sa situation sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement soit en " mettant en conformité les aménagements de l'opération avec le contenu du dossier de déclaration ", soit " en déposant au service police de l'eau () un dossier présentant les modifications apportées à l'opération ainsi que l'analyse de leurs impacts ". À la suite d'un nouveau contrôle sur place diligenté le 6 octobre 2020 par un inspecteur de l'environnement de la DEAL constatant de nouveau l'absence de mise en conformité de l'opération avec le contenu du dossier déposé en 2016, l'autorité administrative a transmis le 14 octobre 2020 à la société La Métisse un projet d'arrêté la rendant redevable d'une amende et d'une astreinte administratives. Par voie d'huissier, la société La Métisse a notifié le 19 novembre 2020 à la préfecture un document intitulé " porter à connaissance ". Par un arrêté du 18 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 2100645 du 22 mars 2022 de ce tribunal, le préfet de la Guadeloupe a infligé à la société La Métisse une amende administrative d'un montant de 5 000 euros " pour le non-respect des termes de la mise en demeure ". Un titre de perception a été émis à l'encontre de la société La Métisse le 5 mars 2021 en vue du recouvrement de cette somme. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal d'annuler ce titre de perception, ensemble le rejet implicite de la réclamation préalable formée auprès de la direction régionale des finances publiques le 5 mai 2021.

2. Le destinataire d'un titre de perception est recevable à contester, à l'appui de son recours contre ce titre de perception, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante. En l'espèce, la société La Métisse conteste le bien-fondé de la créance recouvrée par le titre de perception attaqué en se prévalant de l'illégalité de l'arrêté du 18 décembre 2020 du préfet de la Guadeloupe lui infligeant une amende.

3. En premier lieu, la société requérante ne peut utilement invoquer le vice tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 18 décembre 2020, qui, sans rapport avec le bien-fondé de la créance, est sans incidence sur la légalité du titre de perception attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. () / II. Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. Les deuxième et dernier alinéas du même 1° s'appliquent à l'astreinte. Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement () / Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé ".

5. Si l'illégalité d'un arrêté de mise en demeure, pris sur le fondement des articles L. 171-6 et suivants du code de l'environnement, peut utilement être invoquée, par voie d'exception, à l'occasion de la contestation de l'arrêté infligeant une amende administrative pris à sa suite, une telle exception d'illégalité n'est toutefois recevable que si cet arrêté de mise en demeure, qui est dépourvu de caractère réglementaire, n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est soulevée.

6. Il ressort des pièces du dossier, et il est constant, que l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel le préfet de la Guadeloupe a mis la société La Métisse en demeure de régulariser sa situation administrative a été notifié à cette dernière le 3 juillet 2020. Cette décision comportait l'indication des délais et voies de recours, et précisait que sa légalité pouvait être contestée dans les deux mois suivant la date de sa notification devant le tribunal administratif de Basse-Terre. Cet arrêté, qui n'a pas été contesté par la société requérante, était donc devenu définitif à la date du recours qu'elle a formé le 22 juin 2021 à l'encontre de l'arrêté de sanction pris à sa suite. Par suite, et à supposer même le moyen opérant à l'encontre du titre de perception, la société La Métisse n'est pas recevable à invoquer, par voie d'exception, l'irrégularité de l'arrêté du 20 mai 2020 portant mise en demeure.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 214-3 du code de l'environnement : " I. Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. () II.- Sont soumis à déclaration les installations, ouvrages, travaux et activités qui, n'étant pas susceptibles de présenter de tels dangers, doivent néanmoins respecter les prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 ". Aux termes de l'article R 214-32 de ce code : " I.- Toute personne souhaitant réaliser une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumise à déclaration adresse une déclaration au préfet du département ou des départements où ils doivent être réalisés ". Aux termes de l'article R 214-33 du même code : " Dans les quinze jours suivant la réception d'une déclaration, il est adressé au déclarant : () 2° Lorsque la déclaration est complète, un récépissé de déclaration qui indique soit la date à laquelle, en l'absence d'opposition, l'opération projetée pourra être entreprise, soit l'absence d'opposition qui permet d'entreprendre cette opération sans délai. Le récépissé est assorti, le cas échéant, d'une copie des prescriptions générales applicables ". Aux termes de l'article R. 214-40 du même code : " Toute modification apportée par le déclarant à l'ouvrage ou l'installation, à son mode d'utilisation, à la réalisation des travaux ou à l'aménagement en résultant ou à l'exercice de l'activité ou à leur voisinage et de nature à entraîner un changement notable des éléments du dossier de déclaration initiale doit être portée avant sa réalisation à la connaissance du préfet, qui peut exiger une nouvelle déclaration. / La déclaration prévue à l'alinéa précédent est soumise aux mêmes formalités que la déclaration initiale ".

8. À la suite de manquements constatés sur le site des aménagements réalisés par la société La Métisse, le préfet de la Guadeloupe, par une mise en demeure du 20 mai 2020, a laissé deux options à cette société afin de régulariser sa situation administrative, l'une consistant à mettre en conformité les aménagements de l'opération avec le contenu du dossier déposé en 2016, l'autre à déposer " conformément à l'article R. 214-40 du code de l'environnement, un dossier présentant les modifications apportées à l'opération ainsi que l'analyse de leurs impacts ". La mise en demeure précisait qu'un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêté de mise en demeure était imparti à la société pour effectuer ladite régularisation.

9. Il est constant que la société déclarante n'a pas réalisé les travaux susceptibles de mettre en adéquation les aménagements existants avec le contenu de sa déclaration initiale. Ainsi, lorsque la décision de sanction a été édictée, et alors même que les aménagements avaient été entièrement réalisés, ni le système de gestion des eaux pluviales, ni le système de gestion des eaux usées ne correspondaient au dossier de déclaration de juillet 2016 ayant fait l'objet du récépissé préfectoral valant absence d'opposition. La circonstance que les travaux de prolongation du réseau collectif des eaux usées auraient été engagés tardivement par la commune de Trois-Rivières et qu'une zone du projet aurait été inscrite à l'inventaire des monuments historiques après le dépôt de la déclaration est sans influence sur la caractérisation du manquement tenant au non-respect, par la société déclarante, du contenu du dossier déposé en préfecture en juillet 2016. Il appartenait en effet à cette société, si elle s'y croyait fondée, de déposer, préalablement à la réalisation des aménagements modifiés, une nouvelle déclaration fondée sur l'article R. 214-40 du code de l'environnement précité. Par ailleurs, si la société La Métisse a transmis le 19 novembre 2020 à la préfecture un document intitulé " porter à connaissance ", réalisé par un cabinet d'étude spécialisé, présentant les modifications apportées par le projet de construction par rapport au dossier initial, et faisant état de nouvelles propositions de mise en conformité, il n'est pas contesté que ce document a été remis plus de trois mois après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure pour y déférer. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait respecté les termes de la mise en demeure. En conséquence, le moyen tiré de ce que le préfet de la Guadeloupe aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 171-8 du code de l'environnement en infligeant la sanction litigieuse à la société La Métisse doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, au regard de l'importance du trouble causé à l'environnement et compte tenu du comportement de la société La Métisse qui, interrogée par les services de la DEAL au moment de la réalisation des infrastructures de gestion des eaux usées, a sciemment menti à l'administration sur la nature des aménagements en construction, sans par ailleurs chercher à régulariser sa situation avant le mois de décembre 2020, soit plus d'un an après le début de la procédure de sanction initiée par la DEAL, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le montant de l'amende infligée est disproportionné au regard de la gravité des manquements constatés.

11. Il résulte de ce qui précède, et ainsi que l'avait d'ailleurs jugé ce tribunal par un jugement n° 2100645 du 22 mars 2022, que l'arrêté d'infliction d'une amende administrative d'un montant de 5 000 euros du 18 décembre 2020 pris à l'encontre de la société La Métisse, qui constitue la décision initiale constatant la créance dont le titre de perception attaqué poursuit le recouvrement, n'est entaché d'aucune illégalité. Il suit de là que les conclusions tendant à l'annulation du titre de perception attaqué, qui ne comprennent que des moyens mettant en cause le bien-fondé dudit titre, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions formées par la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société La Métisse est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société La Métisse, au préfet de la Guadeloupe et à la direction régionale des finances publiques de Guadeloupe.

Délibéré après l'audience publique du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. LUBRANI

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

4

N° 1901371

10

N° ***

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