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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200049

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200049

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 janvier 2022 et le 31 mars 2022, M. B, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe l'a suspendu de ses fonctions à compter du 27 octobre 2021 sans traitement jusqu'à la production par ses soins d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou de rétablissement de la Covid-19 ;

2°) de mettre à la charge du Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il n'exerce pas les fonctions dans un lieu entrant dans le champ de l'obligation vaccinale et n'a de contacts ni avec le personnel ni avec les patients ;

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure tirés de ce qu'elle a été prise sans mise en demeure préalable, ni de convocation à un entretien visant à lui permettre de régulariser sa situation ;

- il a été privé de garanties ;

- la décision n'a pas été suivie d'un entretien ;

- il n'a pas été informé des conséquences d'un défaut de communication des justificatifs sollicités ni des moyens lui permettant de régulariser sa situation ;

- il n'a pas été en mesure de prendre des jours de congés ou d'absence, alors que la faculté était prévue ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est placé en congés annuels et se trouve dans l'impossibilité d'exercer effectivement son activité ;

- il bénéficiait d'un report de l'obligation vaccinale jusqu'au 31 décembre 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 mars 2022 et le 31 mars 2022, le Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe, représenté par Me Minier Maugendre et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que M. B lui verse une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 9 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations Me Hodebar substituant le cabinet Minier Maugendre et Associés, représentant le Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ouvrier, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe l'a suspendu de ses fonctions à compter du 27 octobre 2021 sans traitement jusqu'à la production par ses soins d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou de rétablissement de la Covid-19.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 visée ci-dessus, relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () ". L'article 13 de la même loi dispose : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Selon l'article 14 de cette loi : " I. - () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ". Enfin, selon le II de l'article 16 de cette loi : " La méconnaissance, par l'employeur, de l'obligation de contrôler le respect de l'obligation vaccinale mentionnée au I de l'article 12 de la présente loi est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe. () Si une telle violation est verbalisée à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis d'un an d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende. () ".

3. Toute personne exerçant son activité au Centre Hospitalier universitaire DE LA Guadeloupe entre dans le champ de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et est soumise à une obligation vaccinale contre la Covid-19 et ce quel que soit l'emplacement des locaux en question et que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes malades ou des professionnels de santé et également quelle que soient les modalités selon lesquelles elle exerce son activité, fût-ce en télétravail, sa quotité de travail, son service d'affectation et les éventuelles décharges dont elle peut bénéficier. Par suite, M. B, ne saurait utilement invoquer le défaut d'exercice de fonctions entrant dans le champ d'application de la loi du 5 août 2021, dès lors que M. B exerce bien son activité au sein d'un des établissements mentionnés par l'article 12 de la loi du 5 août 2021.

4. Il résulte des dispositions sus-rappelées de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire que l'employeur doit prendre une mesure de suspension de fonction sans rémunération, expressément prévue par le III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, lorsqu'il constate que l'agent public concerné ne peut plus exercer son activité en application du I de cet article, laquelle s'analyse non pas comme une sanction mais comme une mesure prise dans l'intérêt de la santé publique, destinée à lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 dans un objectif de maîtrise de la situation sanitaire.

5. Ainsi, l'agent public qui refuse de se conformer à l'obligation vaccinale instituée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021, et qui ne se trouve pas dans les exceptions prévues par celui-ci, se place lui-même dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Dès lors, l'autorité hiérarchique doit interrompre le versement de son traitement en l'absence de service fait.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. L'employeur de l'agent concerné étant ainsi en situation de compétence liée pour prononcer la suspension d'un agent public exerçant dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique qui ne produit pas de justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou de certificat de rétablissement, les moyens, soulevés par M. B et tirés de ce que la décision aurait été prise à la suite d'une procédure irrégulière, du fait le cas échéant d'un défaut d'information, d'une absence d'entretien préalable visant notamment à régulariser sa situation, ou de mise en demeure, sont manifestement inopérants et doivent être écartés.

8. En tout état de cause, M. B, qui a été destinataire comme l'ensemble du personnel de l'établissement d'une note de service en date du 10 septembre 2021, du 15 septembre 2021 et du 21 septembre 2021, ainsi que d'un courrier nominatif de mise en demeure le 1er octobre 2021, ne pouvait ignorer l'obligation vaccinale qui lui incombait résultant des dispositions de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021. M. B n'a dès lors été privée d'aucune garantie.

9. Ainsi que cela résulte du régime juridique applicable aux actes administratifs, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en raison des modalités de sa notification, n'aurait pas été suivie de formalités prévues par la loi, sont sans effet sur sa légalité.

10. M. B, qui soutient avoir bénéficié de congés annuels du 4 novembre 2021 au 15 novembre 2021, ne peut valablement faire valoir avoir été en situation de congés à des dates postérieures à la décision attaquée. Par voie de conséquence, M. B ne saurait se prévaloir d'une atteinte à son droit à prendre des congés annuels avec traitement.

11. M. B n'établit pas avoir déposé une demande pour utiliser ses congés payés, ni que son employeur lui aurait opposé une décision de refus à une demande d'utilisation de ses congés ordinaires, de ses heures de récupération ou même une liquidation de son compte épargne temps tels que prévus par le III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021.

12. S'il résulte des termes du communiqué de presse du gouvernement en date du 26 novembre 2021, que la finalisation des échanges pour les soignants, les salariés des établissements de santé et médico-sociaux et aides à domicile est fixée au 31 décembre 2021, ce dernier est postérieur à la date de la décision attaquée. Dès lors, ce communiqué de presse est sans incidence sur la légalité de la décision de suspension.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 octobre 2021 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge du Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions du Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe.

Copie pour information en sera délivrée à l'Agence régionale de santé de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Pater, première conseillère,

M. Lubrani, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

B. PATERLe président-rapporteur,

signé

O. C

La greffière,

signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

Signé

M-L Corneille

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