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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200179

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200179

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHUREAUX MARIE AUGUSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 14 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Hureaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 18 octobre 2021 par laquelle la directrice générale adjointe de la société La Poste l'a admise à la retraite pour invalidité non imputable au service ;

2) d'enjoindre à la société La Poste de l'admettre à la retraite pour invalidité imputable au service, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la société La Poste une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit, dès lors notamment qu'elle n'a pas eu connaissance de l'avis conforme du ministre de l'action et des comptes publics ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'imputabilité au service a été reconnue par la commission de réforme dans son avis du 25 mars 2021 et par décision de la directrice des ressources humaines et des relations sociales de la Poste en date du 28 septembre 2021.

Une mise en demeure a été adressée par courrier du 29 juillet 2022 à la société La Poste qui n'a pas produit de mémoire, mais a transmis une pièce complémentaire, enregistrée le 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,

- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 mars 2015, Mme A B, fonctionnaire ayant exercé les fonctions de conseillère financière au sein du groupe " La Poste ", a été victime d'une agression verbale violente dans le cadre de son service, ayant entrainé un état dépressif chronique atypique. Le 25 mars 2021, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la demande de retraite pour invalidité de Mme B en fixant le taux d'incapacité à 30% avec inaptitude totale et définitive à l'exercice de ses fonctions. Par décision du 28 septembre 2021, la directrice des ressources humaines et des relations sociales de La Poste a pris acte de cet avis et a reconnu la maladie de Mme B imputable au service. Par décision du 18 octobre 2021, Mme B a été admise à la retraite pour invalidité non imputable au service au titre des articles L. 29, L. 24 I et 2° du code des pensions civiles et militaires de retraite à compter du 1er décembre 2021. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. En l'espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, la société La Poste n'a produit aucun mémoire en défense. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée. ". Aux termes de l'article L. 31 du même code : " La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions sont appréciés par une commission de réforme selon des modalités qui sont fixées par un décret en Conseil d'Etat. Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l'agent et au ministre des finances. ". Aux termes de l'article R. 49 bis du même code : " Dans tous les cas, la décision d'admission à la retraite pour invalidité, prise en application de l'article L. 31, est subordonnée à l'avis conforme du ministre chargé du budget. ".

5. La décision attaquée vise les dispositions applicables ainsi que l'expertise du Docteur C en date du 30 décembre 2020, l'avis rendu par la commission de réforme en date du 25 mars 2021 et l'avis conforme du ministère de l'action et des comptes publics en date du 15 octobre 2021. Il ressort des pièces du dossier que l'avis de la commission de réforme, visé dans la décision attaquée, a conclu à ce que Mme B se trouvait dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une maladie imputable au service. La commission de réforme a, par suite, donné un avis favorable à la mise à la retraite pour invalidité imputable au service. Il ressort également des termes mêmes de la décision attaquée, que la directrice générale adjointe de la société La Poste a entendu entériner l'avis de la commission de réforme. Si la décision litigieuse vise l'avis conforme du ministre en charge du budget, elle n'en précise pas le sens et il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante se soit vue communiquer cet avis. Ainsi, au regard des conclusions de l'expertise médicale, de l'avis de la commission de réforme, tous deux visés, et en l'absence du sens et de l'appropriation par l'autorité décisionnaire des motifs de l'avis conforme, la décision attaquée est entachée d'une contradiction entre ses motifs et son dispositif et ne permet pas à Mme B d'en comprendre les fondements dès lors qu'elle refuse de reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie ayant justifié sa mise à la retraite. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être accueilli.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision en date du 18 octobre 2021 de la directrice générale adjointe de la Poste en tant qu'elle refuse de l'admettre à la retraite pour invalidité imputable au service.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Au regard du motif d'annulation retenu, par ailleurs seul susceptible de l'être, le présent jugement implique seulement que la directrice générale adjointe de la société La Poste réexamine la situation de Mme B. Il y a lieu d'enjoindre la directrice générale adjointe de la société La Poste d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société La Poste le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 18 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice générale adjointe de la société La Poste de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans le délai de 2 mois mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La Poste versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la société La Poste.

Copie sera adressée au ministre délégué chargé des comptes publics.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Nadège Mahé, présidente,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

K. BAKHTA

La présidente

Signé

N. MAHE

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. CETOL

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