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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200199

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200199

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARMAND LIONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2022, M. A E, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a déplacé d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il n'indique ni la position du conseil de discipline, ni les motifs qui justifiaient qu'elle ne suive pas cette position ;

- il est entaché de vices de procédure ; le prononcé de la sanction n'est pas intervenu dans un délai raisonnable ; le principe d'impartialité a été méconnu dès lors que le dossier présenté devant le conseil de discipline et l'autorité disciplinaire était incomplet ; le conseil de discipline a été irrégulièrement convoqué ; ses observations n'ont pas été portées à la connaissance du conseil de discipline ; le procès-verbal du conseil de discipline du 17 novembre 2021 ne lui a pas été communiqué malgré ses demandes en ce sens ; il n'est pas établi que le conseil de discipline ait voté la proposition de sanction ; il n'est pas établi que le secret du délibéré ait été respecté ; l'avis du conseil de discipline est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision du 18 mars 2021 le suspendant de ses fonctions ; en premier lieu, cette décision est insuffisamment motivée ; en deuxième lieu, elle repose sur des faits matériellement inexacts dès lors que la véracité des allégations à son égard n'a pas été vérifiée et que le rapport comporte des incohérences ; en troisième et dernier lieu, elle est entachée d'une erreur de qualification juridique compte tenu des attentes disproportionnées du rectorat, du climat anxiogène dû à la pandémie et de l'hostilité du personnel à son encontre ;

- l'arrêté attaqué revêt un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la mesure de suspension de fonctions, de ce que l'arrêté attaqué ne précise pas les motifs pour lesquels l'autorité n'a pas suivi l'avis du conseil de discipline, et de ce qu'il aurait été pris au-delà d'un délai raisonnable sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2023.

Un mémoire présenté pour M. E, enregistré le 6 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Une note en délibéré, présentée pour M. E, a été enregistrée le 29 janvier 2024.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2200200 en date du 3 mars 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction issue de la loi n°2016-483 du 20 avril 2016 ;

- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;

- le décret n°82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires ;

- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire dans la fonction publique d'État (FPE) ;

- l'arrêté du 17 février 2014 fixant l'organisation de l'administration centrale des ministères de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur et de la recherche ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Armand, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, personnel de direction classe normale, a été affecté en qualité de principal du collège Alexandre Isaac aux Abymes à compter du 1er septembre 2020. Au début du mois de décembre 2020, l'intersyndicale des enseignants du collège et des associations de parents d'élèves ont alerté la rectrice de l'académie de la Guadeloupe de la dégradation des relations sociales au sein de l'établissement depuis l'arrivée de l'intéressé. Comme suite au blocage du collège le même mois, la rectrice a décidé, le 4 janvier 2021, de diligenter une enquête au terme de laquelle M. E a été suspendu de ses fonctions le 18 mars 2021, et contre lequel des poursuites disciplinaires ont été engagées le 19 mars 2021. Par un arrêté du 30 novembre 2021, dont M. E demande l'annulation, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé à son encontre la sanction de déplacement d'office.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret précédemment visé du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé () ".

3. Mme B D, signataire du rapport de saisine du conseil de discipline et cheffe du service de l'encadrement, adjointe à la directrice des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale, a été nommée par un arrêté du 4 juin 2020 régulièrement publié au Journal officiel de la République française n° 138 du 6 juin suivant et accessible tant au juge qu'aux parties. En vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 visé ci-dessus, elle dispose d'une délégation à l'effet de signer, au nom du ministre, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Le service de l'encadrement regroupe deux sous-directions, dont celle de la gestion des carrières des personnels d'encadrement, chargée de la gestion individualisée des personnels d'inspection, de direction et des personnels d'encadrement supérieur selon les articles 4 et 6 de l'arrêté du 17 février 2014 fixant l'organisation de l'administration centrale des ministères de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur et de la recherche. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " () La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée et être transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Lorsque cette autorité prend une décision autre que celle proposée par le conseil, elle doit informer celui-ci des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre sa proposition () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la commission administrative paritaire nationale compétente à l'égard des personnels de direction siégeant en formation disciplinaire, réunie le 17 novembre 2021, avait voté à l'unanimité en faveur de la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de dix mois, sanction du 3ème groupe, et que le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et du sport a finalement infligé à M. E, par l'arrêté attaqué, la sanction de déplacement d'office, sanction du 2ème groupe. D'une part, et à supposer que le requérant ait entendu soulever ce moyen, la circonstance que le conseil de discipline n'ait pas été informé par l'autorité ayant prononcé la sanction des motifs qui l'ont conduit à prononcer celle-ci est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. D'autre part, le requérant ne saurait utilement soutenir que l'arrêté attaqué ne mentionne ni la position du conseil de discipline, ni les motifs qui justifiaient qu'elle ne suive pas cette position dès lors qu'aucune disposition législative ou règlementaire n'impose à l'administration de faire figurer ces éléments dans la décision de sanction qu'elle prononce.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction issue de la loi n°2016-483 du 20 avril 2016 : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les faits sanctionnés ont eu lieu

à compter du mois de septembre 2020, après l'affectation du requérant en tant que principal du collège Alexandre Isaac, et que le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a engagé la procédure disciplinaire par la saisine du conseil de discipline le 26 avril 2021, à la suite d'une enquête administrative diligentée par la rectrice de l'académie de Guadeloupe du 4 janvier au 9 mars 2021, soit dans le délai de trois ans fixé par le texte précité. A l'exception de cette règle de prescription, aucun texte ni aucun principe général du droit n'enferme dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire à l'égard d'un fonctionnaire. En tout état de cause, la sanction litigieuse a été infligée à M. E par décision du 30 novembre 2021, soit six jours après l'édiction de l'avis du conseil de discipline et un an après les faits à l'origine de la mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la sanction litigieuse ne serait pas intervenue dans un délai raisonnable.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " L'organisme siégeant en Conseil de discipline lorsque sa consultation est nécessaire, en application du second alinéa de l'article 19 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou d'un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet. / Ce rapport doit indiquer clairement les faits reprochés au fonctionnaire et préciser les circonstances dans lesquelles ils se sont produits ".

9. En l'espèce, le requérant ne saurait utilement soutenir que le rapport de saisine du conseil de discipline serait incomplet dès lors qu'il ne comportait ni ses gratifications, ni la proposition de sanction dès lors qu'aucune disposition législative ou règlementaire n'impose à l'administration de faire figurer ces éléments dans ce rapport.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 30 du décret n°82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires : " La commission administrative paritaire se réunit sur convocation de son président. L'acte portant convocation est adressé par voie électronique aux membres de la commission au moins huit jours avant la séance. Il fixe l'ordre du jour. "

11. En l'espèce, si M. E soutient que le conseil de discipline a été irrégulièrement convoqué, il ne verse aucune pièce au soutien de ses allégations. Il ressort des pièces du dossier que, si le ministre de l'éducation établit que neuf membres de la commission ont été convoqués par des courriers électroniques du 8 novembre 2021, soit plus de huit jours avant la séance du conseil de discipline, et ont eu communication du rapport de saisine du 26 avril 2021, rédigé par Mme D et indiquant les faits reprochés au requérant et les circonstances dans lesquelles ils se sont produits, il ne verse aucune pièce justifiant, d'une part, de la convocation régulière de Mme D, M. F et Mme C, dont les deux premiers n'étaient pas dispensés en dépit de leur participation à l'instruction du dossier disciplinaire de l'intéressé, ni, d'autre part, de la communication à ces deux derniers du rapport de saisine.

12. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

13. En l'espèce, il ressort du procès-verbal du 12 avril 2022, d'une part, que six représentants de l'administration et six représentants du personnel ont siégé lors de la séance du conseil de discipline le 17 novembre 2021, et, d'autre part, que le rapport de saisine du 26 avril 2021 a été lu lors de cette séance. Dans ces conditions, les vices relevés au point 11 affectant la saisine du conseil de discipline n'ont pas été susceptibles, en l'espèce, d'exercer une influence sur le sens de la décision, ni n'ont privé le requérant d'une garantie. M. E n'est dès lors pas fondé à soutenir que ces irrégularités auraient entaché l'arrêté d'une illégalité.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 5 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Lorsque le conseil de discipline examine l'affaire au fond, son président porte, en début de séance, à la connaissance des membres du conseil les conditions dans lesquelles le fonctionnaire poursuivi et, le cas échéant, son ou ses défenseurs ont exercé leur droit à recevoir communication intégrale du dossier individuel et des documents annexes. / Le rapport établi par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou par un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet et les observations écrites éventuellement présentées par le fonctionnaire sont lus en séance. / () Le fonctionnaire et, le cas échéant, son ou ses défenseurs peuvent, à tout moment de la procédure devant le conseil de discipline, demander au président l'autorisation d'intervenir afin de présenter des observations orales. Ils doivent être invités à présenter d'ultimes observations avant que le conseil ne commence à délibérer. "

15. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E a présenté des observations écrites suite à un courrier du 26 avril 2021 et préalablement à la séance de la commission consultative paritaire mixte siégeant en formation disciplinaire du 17 novembre 2021, ainsi que des observations orales au cours de cette séance. Il ressort des mentions du procès-verbal de la commission de discipline que M. E a notamment pris la parole entre 14h50 et 15h35 pour exposer des observations générales, et en réponse aux différentes questions posées par les membres du conseil de discipline. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

16. En septième lieu, aux termes de l'article 8 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / A cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée, jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. () " L'article 6 du décret du même décret dispose : " Le conseil de discipline délibère à huis clos hors de la présence du fonctionnaire poursuivi, de son ou de ses défenseurs et des témoins. "

17. En l'espèce, tout d'abord, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal du 12 avril 2022, que la présidente du conseil de discipline du 17 novembre 2012 a mis aux voix la sanction du 3ème groupe d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de 10 mois. Par suite, le moyen tiré du défaut de vote de la proposition de sanction doit être écarté comme manquant en faits.

18. Ensuite, si le requérant soutient que le secret du délibéré, auquel sont soumis les membres du conseil de discipline, aurait été méconnu, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations.

19. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le procès-verbal du conseil de discipline résume les propos tenus devant lui par ses membres ainsi que par le requérant et par les différents témoins. Il mentionne également les faits retenus à l'encontre de M. E et fait état du vote à l'unanimité de ses membres pour une exclusion temporaire de fonctions de dix mois. Ce document, qui n'avait pas à faire un compte-rendu exhaustif des propos tenus, est suffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ce procès-verbal doit être écarté.

20. En huitième lieu, aux termes de l'article 29 du décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires : " () Un procès-verbal est établi après chaque séance. Il est signé par le président et contresigné par le secrétaire et le secrétaire adjoint et transmis, dans le délai d'un mois, aux membres de la commission. Ce procès-verbal est soumis à l'approbation des membres de la commission lors de la séance suivante. "

21. En l'espèce, M. E ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas reçu communication du procès-verbal de la séance du conseil de discipline du 17 novembre 2021 malgré une demande en ce sens dès lors qu'aucune disposition législative ou règlementaire n'impose une telle communication. Au surplus, l'intéressé n'établit pas avoir formulé une telle demande de communication. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

22. En neuvième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

23. En l'espèce, la décision attaquée, par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a déplacé d'office M. E n'est pas prise pour l'application de la décision du 18 mars 2021 par laquelle le ministre avait suspendu l'intéressé à titre conservatoire. Cette dernière ne constitue pas davantage la base légale de la décision attaquée. Par suite, les moyens invoquant, par voie d'exception, l'illégalité de la décision du 18 mars 2021 suspendant le requérant de ses fonctions, pour insuffisance de motivation, erreur de fait et erreur d'appréciation, ne peuvent être utilement invoqués à l'appui du présent recours et doivent être écartés comme inopérants.

24. En dixième et dernier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

25. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'enquête administrative, des nombreux témoignages et des échanges ayant eu lieu lors du conseil de discipline du 27 novembre 2021, que M. E, a manqué à ses devoirs de service, d'obéissance hiérarchique, de respect et d'exemplarité en adoptant des méthodes d'encadrement autoritaires et antagonistes se traduisant par un manque de dialogue, de concertation et de disponibilité, ainsi qu'une certaine impulsivité menant à des échanges tendus et conflictuels avec ses collègues, dont l'ampleur a culminé au moment du blocage du collège par le personnel au mois de décembre 2020. Si M. E soutient avoir alerté la rectrice de dysfonctionnements dans l'établissement dès le 29 septembre 2020 et se prévaut des difficultés liées à l'application du protocole sanitaire pour la rentrée scolaire de l'année 2020, il ne verse aucune pièce permettant d'établir la réalité de ses allégations. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, de la nature des fonctions de l'intéressé, des faits qui lui sont reprochés sur une courte période et du contexte relationnel tendu entre l'intéressé et son équipe qui ressort des échanges de courriels versés au dossier, et en dépit des témoignages favorables concernant les affectations antérieures du requérant qui sont sans incidence sur la décision attaquée, la sanction du deuxième groupe qui lui a été infligée par l'arrêté en litige n'est pas disproportionnée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de la décision du 30 novembre 2021 prononçant son déplacement d'office doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A E et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈS La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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