mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2200216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NAVIN PRISQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 15 février 2022, Mme B D A, représentée par Me Navin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour provisoire à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle contribue de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant français ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par deux mémoires en défense, respectivement enregistrés le 2 décembre 2022 et le 7 février 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et sollicite, en tout état de cause, une substitution de motifs tirée du caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité.
La Défenseure des droits, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits, a présenté des observations, enregistrées le 10 janvier 2023 et communiquées aux parties.
Mme D A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lubrani, conseiller,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D A, ressortissante dominicaine née le 24 juin 1997 à Santiago (République Dominicaine), déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français, en Guyane, le 9 février 2016. L'OFPRA a rejeté sa demande d'asile par une décision notifiée le 19 juillet 2016. Le 22 avril 2021, Mme D A a sollicité auprès du préfet de la Guadeloupe, où elle s'est installée, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 7 décembre 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. La requérante a adressé un recours gracieux auprès de la préfecture, le 30 décembre 2021, qui est demeuré sans réponse. Par la présente requête, Mme D A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D A est mère d'une fille, la jeune E, née le 19 octobre 2016, de nationalité française par filiation en raison de la reconnaissance de paternité effectuée le 1er juin 2017 par M. F C, ressortissant français.
4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Guadeloupe a, d'une part, refusé le titre de séjour formé par Mme D A sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de parent d'un étranger mineur malade aux motifs que cet article ne lui était pas applicable " car son enfant est de nationalité française " et, d'autre part, refusé le titre de séjour sollicité par Mme D A en qualité de parent d'enfant français aux motifs que l'intéressée ne justifiait pas de la contribution du père de l'enfant à l'entretien et à l'éducation de celui-ci dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil.
5. Si la requérante ne conteste pas l'absence de contribution du père à l'entretien et à l'éducation de son enfant, elle soutient que l'arrêté attaqué est contraire au dernier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant.
6. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant.
7. Il est établi par les multiples pièces et comptes-rendus médicaux versés au dossier que la jeune E est atteinte d'un polyhandicap incurable, causé par une infection maternelle en cours de grossesse au virus Zika, qui se manifeste en particulier par une tétraparésie spastique, une hypotonie axiale, une microcéphalie, une encéphalopathie et par un retard global de développement psychomoteur. Ces pathologies nécessitent une importante prise en charge multidisciplinaire rééducative globale par les médecins pédiatres, neuro-pédiatres, ophtalmologues, ORL, infirmiers, psychologues, kinésithérapeutes, orthophonistes, diététiciens, et ergothérapeutes qui suivent depuis sa naissance la jeune E dans le cadre coordonné d'un projet personnalisé de soins, auquel participe de manière active sa mère, dont l'investissement et l'implication auprès de sa fille sont relevés par l'ensemble du corps médical et éducatif. Eu égard à l'importance des troubles, et de la nécessité d'assurer une prise en charge constante de l'enfant, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), par décisions en date du 18 décembre 2019, lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % et lui a octroyé, jusqu'au 17 décembre 2024, un accueil au sein de l'institut médico éducatif pour enfants polyhandicapés, une prise en charge par le service de soins et d'aide à domicile ainsi que l'intervention d'une aide humaine pour l'accompagnement dans l'accès d'apprentissage. De plus, la CDAPH lui a accordé le bénéfice de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé jusqu'au 30 octobre 2036, soit jusqu'à ses vingt ans.
8. Il ressort également des pièces du dossier que E est scolarisée au sein de l'école maternelle de Grand Bois depuis l'année 2019 et qu'elle se trouvait en classe de grande section à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Elle fréquente l'école à temps plein en classe ordinaire, assistée d'une accompagnante d'élève en situation d'handicap. Deux jours par semaine elle bénéfice d'une prise en charge individualisée au centre d'action médico-sociale précoce de Pointe-à-Pitre. Il est établi que cette scolarisation est bénéfique pour la jeune E qui apparaît " bien intégrée dans la classe " " malgré son lourd handicap ", ce qui lui permet de développer sa motricité globale et d'évoluer dans un environnement stimulant favorisant son mieux-être.
9. Eu égard à la durée de présence de la jeune E en France, dont elle possède la nationalité et où elle bénéficie depuis sa naissance d'un environnement structurant, adapté au lourd polyhandicap dont elle est affectée, la requérante est fondée à soutenir que le préfet a méconnu le dernier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour sur ce fondement.
10. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Dans son mémoire en défense présenté le 2 décembre 2022, le préfet de la Guadeloupe se prévaut d'un autre motif que celui ayant initialement fondé la décision en litige, tiré de ce que la reconnaissance de paternité effectuée par M. F C revêtirait un caractère frauduleux.
12. A supposer même la fraude établie, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, dès lors, ainsi qu'il l'a été dit au point 4, que le préfet de la Guadeloupe a refusé à Mme D A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant étranger malade aux motifs précisément que son enfant était de nationalité française. Il convient, par suite, de rejeter la substitution de motifs demandée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. L'exécution du présent jugement implique uniquement que la demande de titre de séjour de Mme D A présentée sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, en saisissant notamment, s'il s'y croit fondé, le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et l'intégration en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
15. Il résulte des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée
16. Mme D A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Navin, avocate de Mme D A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Navin de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guadeloupe du 7 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de réexaminer la demande de titre formée par Mme D A sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 425-10 du code de justice administrative dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, en saisissant notamment, s'il s'y croit fondé, le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et l'intégration.
Article 3 : L'Etat versera à Me Navin, avocate de Mme D A, une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, à la défenseure des droits et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Olivier Guiserix, président,
- M. Antoine Lubrani, conseiller,
- Mme Hélène Bentolila, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. LUBRANI
Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
L'adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026