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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200272

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200272

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHATCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2022, Mme B C, veuve A, représentée par Me Hatchi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de cette décision et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision contestée est contraire aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour :

- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale ces décisions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D E,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C veuve A, ressortissante dominicaine née le 9 juillet 1968, déclare être entrée en France irrégulièrement en 2013. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 mars 2014 et par la Cour nationale du droit d'asile le 3 septembre 2015. A la suite de son mariage le 3 mars 2018 avec M. A, ressortissant haïtien titulaire d'une carte de résident, Mme C a bénéficié de deux cartes de séjour du 8 octobre 2019 au 7 octobre 2021. Le 28 octobre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour qui lui a été refusé par un arrêté du 31 décembre 2021, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, prononçant à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de cette décision et fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Enfin, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".

3. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour sollicité par Mme C, le préfet de la Guadeloupe a relevé que son époux, M. A, était décédé le 9 septembre 2021, et que l'intéressée ne justifiait plus disposer de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Mme C, qui se borne à affirmer que le décès de son époux n'a pu avoir pour effet de rompre les liens personnels qu'elle entretenait sur le territoire, n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'attaches personnelles et familiales sur le territoire français, alors même qu'il lui appartient, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier qu'elle continue de remplir les conditions requises pour la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, et alors que le préfet de la Guadeloupe indique, sans être contesté, que Mme C dispose d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans et où résident ses trois enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

4. En second lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C veuve A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. E

Le président

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. CORNEILLE

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