jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2200336 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BEAUBOIS CHANTAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 mars, le 20 mai et le 26 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Abenaqui, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le directeur du Centre de ressources, d'expertise et de performances sportives (CREPS) Antilles-Guyane a décidé de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée ;
2°) d'enjoindre au CREPS Antilles-Guyane, à titre principal, de la réintégrer dans ses fonctions dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner le CREPS Antilles-Guyane à lui verser la somme de 37 192,94 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du non-renouvellement de son contrat ;
4°) de mettre à la charge du CREPS Antilles-Guyane une somme de 1 730,57 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Abenaqui sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- ses conclusions à fin d'annulation sont recevables ;
- la décision de refus de renouvellement de son contrat est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle repose sur un motif empreint de discrimination tiré de sa grossesse ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'est justifiée ni par des considérations tenant à sa personne, ni par l'intérêt du service dès lors que ni la suppression de son poste, ni les difficultés financières du CREPS ne sont établies ;
- en refusant de renouveler son contrat, le CREPS Antilles-Guyane a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à 6 000 euros et un préjudice lié au trouble dans les conditions d'existence évalué à 8 078,46 euros ;
- elle a subi des préjudices financiers évalués, au titre de retenues de salaire effectuées à tort, à la somme de 1 184 euros et, au titre de l'indemnité de majoration de traitement qui ne lui a pas été versée, outre le paiement des congés payés afférents et ceux qui lui étaient dus au titre de son contrat, à la somme de 21 930,47 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 juin 2022 et le 23 juin 2023, le CREPS Antilles-Guyane conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 août 2021 sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les préjudices dont se prévaut la requérante ne sont pas établis ; à titre subsidiaire, son préjudice doit être évalué à 4 039 euros.
Par ordonnance du 1er août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 septembre 2023.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme A le 4 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- et les observations de Me Abenaqui, représentant Mme A, présente, et de Me Beaubois, représentant le CREPS Antilles-Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été recrutée par le Centre de ressources, d'expertise et de performances sportives (CREPS) Antilles-Guyane sous contrat à durée déterminée d'un an en qualité d'agent contractuel pour occuper les fonctions de secrétaire médicale à compter du 3 décembre 2018. Par des avenants du 28 novembre 2019, puis du 17 novembre 2020, son contrat a été renouvelé jusqu'au 2 décembre 2021. Par une décision du 30 août 2021, le directeur du CREPS Antilles-Guyane a décidé de ne pas renouveler cet engagement au-delà de ce terme. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. En l'espèce, il ressort de la requête introductive d'instance de Mme A que celle-ci a eu connaissance de la décision du 30 août 2021 refusant le renouvellement de son contrat, qui ne comportait pas la mention des voies et délais de recours, le 31 août 2023 au plus tard. Mme A disposait ainsi d'un délai raisonnable d'un an, par application du principe de sécurité juridique rappelé ci-dessus, pour contester la décision en cause, soit jusqu'au 1er septembre 2022. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision que Mme A doit être regardée comme avoir présenté dès sa requête introductive d'instance enregistrée le 21 mars 2022 ne sont pas tardives, et la fin de non-recevoir opposée par le CREPS Antilles-Guyane doit être écartée.
Sur les conclusions en annulation :
5. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
6. Lorsque le motif du non renouvellement est mis en cause par l'agent public contractuel, il appartient à l'administration d'apporter des éléments devant la juridiction administrative de nature à démontrer que ce refus de renouvellement était motivé par l'intérêt du service.
7. En l'espèce, pour décider de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de Mme A, le directeur du CREPS Antilles-Guyane s'est fondé sur un motif tiré de la suppression du poste de secrétaire médicale qu'elle occupait en raison de difficultés financières. Le CREPS fait notamment valoir qu'il a été décidé de revoir l'organisation du centre de santé du fait de la baisse d'activité qu'il a connue depuis l'année 2019 et qui a provoqué une perte de recettes. Toutefois, le CREPS ne verse aucune pièce au dossier de nature à établir la réalité de ses difficultés financières ni celle de la réorganisation du centre de santé. Dans ces conditions, le non-renouvellement du contrat de Mme A doit être regardé comme ayant été décidé pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé, que la décision du 30 août 2021 par laquelle le directeur du CREPS Antilles-Guyane a décidé de ne pas renouveler le contrat de Mme A doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'annulation contentieuse du refus de l'autorité administrative de renouveler le contrat à durée déterminée qui la lie à un de ses agents ne saurait impliquer l'obligation pour celle-ci de renouveler ce contrat.
10. Le présent jugement qui annule la décision du 30 août 2021 refusant de renouveler le contrat de Mme A implique seulement qu'il soit enjoint au directeur du CREPS de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la décision du 30 août 2021 est entachée d'illégalité et susceptible d'engager la responsabilité du CREPS Antilles-Guyane.
En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité
12. En premier lieu, Mme A invoque la réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence en se prévalant de ce qu'elle était enceinte de son quatrième enfant à la date de la décision attaquée, que la fin de son contrat est ainsi intervenue alors qu'elle venait d'accoucher, qu'elle se retrouvait sans perspective professionnelle, en situation de précarité financière et contrainte d'engager des démarches amiables et contentieuses. Mme A fait également valoir la qualité du travail réalisé pendant trois ans au sein du centre de santé. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme A en lui attribuant la somme de 3 000 euros.
13. En second lieu, les préjudices financiers que Mme A soutient avoir subis du fait de retenues de salaire et de non versement de l'indemnité de majoration de traitement ne résultent pas de la décision de refus de renouvellement de son contrat à durée déterminée mais, d'une part, de celles du 25 et 29 juin 2021 la plaçant en congé de maladie ordinaire avec impact sur rémunération, et, d'autre part, de celle, implicite, lui refusant le bénéfice de l'indemnité de majoration de traitement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander une indemnité de 23 114,48 euros à ces titres.
14. Il résulte de ce qui précède que le CREPS Antilles-Guyane doit être condamné à verser à Mme A la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des justificatifs d'honoraires versés au dossier, il y a lieu de mettre à la charge du CREPS Antilles-Guyane une somme de 1 730,57 euros à verser à Me Abenaqui en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 30 août 2021 du directeur du CREPS Antilles-Guyane est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du CREPS Antilles-Guyane de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CREPS Antilles-Guyane est condamné à verser à Mme A la somme de 3 000 (trois mille) euros.
Article 4 : Le CREPS Antilles-Guyane versera à Me Abenaqui une somme de 1 730,57 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 6 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et au Centre de ressources, d'expertise et de performances sportives (CREPS) Antilles-Guyane.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère
Mme Sollier, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIERLe président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au ministre de la transformation et de la fonction publiques, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026