jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2200440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARMAND LIONEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 avril et 13 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Armand, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Deshaies à lui verser la somme de 49 986,37 euros en réparation du préjudice matériel résultant du montant insuffisant de sa rémunération entre le 1er juin 2016 et le 31 décembre 2021, ainsi que la somme de 8 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;
2°) d'enjoindre à la commune de Deshaies de procéder à la reconstitution de sa carrière, de ses droits à pension, de ses primes statutaires et de ses droits sociaux ;
3°) de condamner la commune de Deshaies aux entiers dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa créance n'est pas prescrite ;
- il est employé depuis 1990 par la commune de Deshaies en qualité d'agent non titulaire ; s'il a conclu plusieurs contrats de travail à durée déterminée, le 1er janvier 2012, il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée ; durant de nombreuses années, son niveau de rémunération est demeuré inférieur à la réalité des missions lui ayant été confiées ; depuis 2012, il occupe le poste de responsable du service de développement et animation de la commune ; il aurait dû percevoir un traitement correspondant au garde d'attaché territorial, de catégorie A, correspondant aux fonctions d'encadrement qu'il exerce depuis 2016 ; en fixant un niveau de rémunération ne correspondant pas à ses missions et ne prenant pas en compte son ancienneté, la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation et donc une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- son préjudice matériel, résultant de son manque à gagner s'élève à 4 399 euros pour les mois de juin à décembre 2016, à 8 796,99 euros pour l'année 2017, à 8 567,27 euros pour l'année 2018, à 8 853,97 euros pour l'année 2019, à 8 633,72 euros pour l'année 2020 et à 10 735,44 euros pour l'année 2021, soit un montant total de 49 986,37 euros ;
- cette situation, qui l'a fait se sentir abandonné et méprisé par son administration employeuse, lui a causé une importante source de stress qui s'est accumulé durant de nombreuses années ; son préjudice moral doit être évalué à 8 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, la commune de Deshaies, représentée par Me Vignot, conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la créance dont se prévaut le requérant est prescrite, en application de l'article 2224 du code civil ;
- à titre subsidiaire, le requérant n'établit pas que son traitement était sous-évalué au regard de ses fonctions ; les avenants conclus en 2015 et 2017 ont permis de réévaluer son traitement, conformément aux dispositions de l'article 1-2 du décret du 15 février 1988 ; M. B a refusé de signer l'avenant de 2020 qu'elle lui a proposé et qui réévaluait encore son traitement ; son traitement indiciaire était donc conforme à son emploi et a régulièrement évolué ;
- la commune ne peut être condamnée à payer une somme qu'elle ne doit pas, cette règle étant d'ordre public ;
- le requérant n'établit pas la réalité de son préjudice moral.
Par ordonnance du 24 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 24 août 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°87-1009 du 30 décembre 1987 ;
- le décret n°87-1100 du 30 décembre 1987 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,
- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public,
- et les observations de Me Vignot, représentant la commune de Deshaies.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté par la commune de Deshaies le 1er juin 1990 en qualité de responsable des affaires culturelles, sportives et sociales par un contrat de travail à durée déterminée, renouvelé jusqu'en 2011. Le 1er janvier 2012, il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour assurer les fonctions de responsable du service de développement et animation de la mairie de Deshaies. Deux avenants à ce contrat ont été signés les 8 juin 2015 et 10 juillet 2017. Estimant que la commune de Deshaies ne lui avait pas versé un traitement indiciaire correspondant à son ancienneté et aux tâches lui étant confiées, il a demandé à la commune l'indemnisation des préjudices subis pour la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 31 décembre 2021, par courrier reçu le 27 décembre 2021. La commune de Deshaies a implicitement rejeté sa demande et, par une décision du 6 avril 2022, elle l'a expressément rejetée. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune à lui verser la somme de 49 986,37 euros en réparation du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait du montant insuffisant de son traitement indiciaire entre le 1er juin 2016 et le 31 décembre 2021 ainsi que la somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice moral, qu'il impute à la faute commise par la commune du fait de l'insuffisance de sa rémunération.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () La rémunération des agents contractuels est fixée par l'autorité compétente en tenant compte des fonctions exercées, de la qualification requise pour leur exercice et de l'expérience de ces agents. Elle peut tenir compte de leurs résultats professionnels et des résultats collectifs du service. ". Aux termes de l'article 1-2 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité compétente en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-3 ou de l'évolution des fonctions. / () ".
3. Aux termes de l'article 2 du décret du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux : " Les membres du cadre d'emplois participent à la conception, à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques décidées dans les domaines administratif, financier, économique, sanitaire, social, culturel, de l'animation et de l'urbanisme. Ils peuvent ainsi se voir confier des missions, des études ou des fonctions comportant des responsabilités particulières, notamment en matière de gestion des ressources humaines, de gestion des achats et des marchés publics, de gestion financière et de contrôle de gestion, de gestion immobilière et foncière et de conseil juridique. Ils peuvent également être chargés des actions de communication interne et externe et de celles liées au développement, à l'aménagement et à l'animation économique, sociale et culturelle de la collectivité. Ils exercent des fonctions d'encadrement et assurent la direction de bureau ou de service. / Ils peuvent, en outre, occuper des emplois administratifs de direction des collectivités territoriales () ".
4. Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de l'instruction que pour la période litigieuse, à savoir la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 31 décembre 2021, M. B était employé par un contrat à durée indéterminée. Du 17 juin 2013 au 31 décembre 2016, il occupait le poste de responsable du service " bibliothèque et développement durable " et était placé sous l'autorité immédiate du chef de pôle " services à la population ". Puis, à compter du 1er janvier 2017, il a occupé le poste de responsable du service " développement durable et local ", sous l'autorité hiérarchique de la directrice générale des services de la commune. Enfin, à compter du 1er janvier 2020, M. B indique avoir occupé le poste de responsable du service développement local. Il résulte également de l'instruction que le contrat à durée indéterminée conclu le 1er janvier 2012 prévoyait que la rémunération mensuelle de M. B était basée sur l'indice brut 416, correspondant à l'indice majoré 370 et que l'intéressé percevrait également le supplément familial de traitement et, le cas échéant, les primes et indemnités instituées par l'assemblée délibérante. Ce contrat a fait l'objet d'un premier avenant en date du 8 juin 2015, stipulant qu'à compter du 1er juin 2015, M. B percevrait une rémunération mensuelle sur la base de l'indice brut 488, correspondant à l'indice majoré 422, ainsi que le supplément familial de traitement et, le cas échéant, les primes et indemnités instituées par l'assemblée délibérante. Puis, le 10 juillet 2017, par un nouvel avenant prenant effet rétroactivement au 1er juin 2016, la rémunération de M. B a été modifiée pour se baser sur l'indice brut 512, correspondant à l'indice majoré 440, correspondant aux indices applicables à compter du 1er janvier 2017 aux attachés territoriaux de 4ème échelon. Enfin, en juin 2020, la commune de Deshaies a soumis à l'intéressé un troisième avenant, prévoyant que sa rémunération serait basée sur l'indice brut 567 et l'indice majoré 480, correspondants aux indices applicables aux attachés territoriaux de 5ème échelon. La commune fait à ce titre valoir que M. B a refusé de signer cet avenant, ce que le requérant ne conteste pas. Dans ces conditions, dès lors que pour la période litigieuse, à savoir la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 31 décembre 2021, le requérant exerçait les fonctions de responsable du service bibliothèque et développement durable, sous l'autorité immédiate du chef de pôle " services à la population ", puis celles de responsable du service de développement durable et local et enfin celles de responsable du service de développement local, correspondant aux missions confiées aux attachés territoriaux, en adossant sa rémunération sur les indices bruts et majorés applicables aux attachés territoriaux et en lui proposant, par l'avenant de juin 2020, une augmentation indiciaire équivalente à celle d'un avancement du 4ème au 5ème échelon du grade d'attaché territorial, conformément aux dispositions précitées de l'article 1-2 du décret du 15 février 1988, la commune de Deshaies n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et donc de faute de nature à engager sa responsabilité.
6. Par ailleurs, si le requérant soutient s'être senti méprisé par la commune de Deshaies compte tenu de son niveau de rémunération, il résulte de ce qui précède que la commune n'a pas commis de faute à ce titre.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune de Deshaies en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis. Pour les mêmes motifs, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions en injonction présentées par le requérant doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, la présente instance n'ayant généré aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions du requérant tendant à la condamnation de la commune de Deshaies aux entiers dépens doivent être rejetées.
9. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Deshaies, qui n'est pas dans la présence instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Deshaies au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Deshaies sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Deshaies.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Nadège Mahé, présidente,
- Mme Hélène Bentolila, conseillère,
- Mme Kenza Bakhta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
H. BENTOLILALa présidente,
Signé
N. MAHE
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
L'adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026