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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200450

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200450

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHICOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 3 mai, 26 août et 19 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Mathurin Kancel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2022/31 du 21 février 2022 par lequel le maire de la commune de Trois-Rivières a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste ;

3°) d'annuler les mises en demeure de rejoindre son poste en date des 17 janvier et 8 février 2022 ;

4°) d'enjoindre à la commune de Trois-Rivières de régulariser sa situation administrative et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

5°) d'enjoindre à la commune de Trois-Rivières de procéder à sa mutation dans une autre collectivité territoriale ;

6°) de condamner la commune de Trois-Rivières à lui verser une indemnité correspondant à douze mois minimum de traitement en réparation du préjudice moral subi, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de la commune de Trois-Rivières la somme de 1 000 euros à verser à Me Mathurin Kancel en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- en raison d'un mouvement de grève des services postaux, elle n'a reçu les mises en demeure de reprendre son poste lui ayant été adressés les 17 janvier et 8 février 2022 que le 20 mai 2022, soit postérieurement à l'arrêté de radiation des cadres pour abandon de poste ;

- les délais impartis par ces mises en demeure étaient en tout état de cause trop courts ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le conseil de discipline n'a pas été saisi ;

- si sa présence sur son poste n'a pas été constante, elle n'a en revanche jamais abandonné son poste ;

- elle n'a fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire préalablement à sa radiation des cadres ;

- elle est victime de harcèlement moral ;

- la décision attaquée la place dans une situation psychologique et financière particulièrement difficiles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2022, la commune de Trois-Rivières, représentée par Me Chicot, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 9 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 10 mars 2023 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2022.

Par un courrier du 10 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des mises en demeure des 17 janvier et 8 février 2022 dès lors qu'elles constituent des mesures préparatoires à l'arrêté de radiation des cadres pour abandon de poste en date du 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Manthurin Kancel, représentant Mme B, la commune de Trois-Rivières n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, adjoint territorial du patrimoine, exerce les fonctions d'assistante de prévention des risques professionnels au sein de la commune de Trois-Rivières depuis 2011. Par un arrêté n° 2022/31 du 21 février 2022, le maire de cette commune a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 27 octobre 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les mises en demeure des 17 janvier et 8 février 2022 :

3. Si la légalité de la décision de radiation des cadres pour abandon de poste dépend notamment de la régularité de la mise en demeure adressée à l'agent de rejoindre son poste, sous peine d'être radié des cadres, cette mise en demeure, qui constitue une mesure préparatoire, est insusceptible de recours contentieux. Dès lors, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation des mises en demeure en date des 17 janvier 2022 et 8 février 2022 doivent être rejetées comme étant irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté portant radiation des cadres pour abandon de poste en date du 21 février 2022 :

4. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que préalablement à l'édiction de l'arrêté prononçant sa radiation des cadres pour abandon de poste, la commune de Trois-Rivières a adressé à Mme B deux mises en demeure de rejoindre son poste. La première de ces mises en demeure, en date du 17 janvier 2022, a été adressée par courrier au domicile de l'intéressée, par lettre recommandée avec accusé de réception portant le numéro 1A16824964688, et l'invitait à regagner son poste au plus tard le 1er février 2022. Par la seconde mise en demeure, en date du 8 février 2022, adressée à l'intéressée par lettre recommandée avec accusé de réception portant numéro 1A18852466073, la commune de Trois-Rivières a mis en demeure Mme B de rejoindre son poste avant le 18 février 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en raison d'un mouvement de grève des services de La Poste dans le Nord Grande-Terre, les deux mises en demeure précitées n'ont été distribuées à l'intéressée que le 20 mai 2022, soit postérieurement à l'arrêté attaqué portant radiation des cadres pour abandon de poste. Dans ces conditions, en l'absence de mise en demeure régulièrement notifiée à l'intéressée, la décision portant radiation des cadres pour abandon de poste est irrégulière et doit, pour ce motif, être annulée.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le maire de la commune de Trois-Rivières a prononcé la radiation des cadres de Mme B pour abandon de poste à compter du 21 février 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Dans son mémoire enregistré le 26 août 2022, Mme B demande à ce que la commune de Trois-Rivières soit condamnée à lui verser une somme équivalent au minimum à douze mois de rémunération en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi. Toutefois, dès lors que ces conclusions ne sont assorties d'aucun moyen, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation de l'arrêté portant radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 21 février 2022 implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Trois-Rivières de procéder à la réintégration de Mme B. Il y a lieu d'enjoindre à la commune d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. En revanche, l'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint à la commune de Trois-Rivières ou à une autre collectivité de prendre un arrêté de mutation la concernant.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mathurin Kancel, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mathurin Kancel de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme B à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 21 février 2022 par lequel le maire de la commune de Trois-Rivières a radié Mme B des cadres pour abandon de poste est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Trois-Rivières de procéder à la réintégration de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Trois-Rivières versera à Me Mathurin Kancel, avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mathurin Kancel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Mathurin Kancel et à la commune de Trois-Rivières.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Guiserix, président,

- M. Antoine Lubrani, conseiller,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALe président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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