jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2200578 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ARMAND LIONEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Lionel Armand, demande au tribunal :
1°) d'annuler le tableau d'avancement du 1er décembre 2021 pour l'année 2022 du personnel sous-officier de gendarmerie du cadre général du commandement de la gendarmerie outre-mer - " branche personnel servant outre-mer, au sein des formations prévôtales ou en assistance militaire technique ", ainsi que la décision du 26 avril 2022 de la commission des recours des militaires ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tableau d'avancement du 1er décembre 2021 a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne vise pas le décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et qu'elle ne précise aucune des considérations de faits sur lesquelles elle se fonde ;
- il méconnaît le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplissait les conditions d'avancement, que le refus de l'inscrire au tableau d'avancement est motivé par son refus de vaccination et son certificat d'inaptitude médical du 5 octobre 2021 alors qu'elle est un agent exemplaire et qu'aucune mention ou appréciation de non-proposition à l'avancement ne lui avait été opposée au préalable ;
- la non-proposition à l'avancement constitue une sanction déguisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision du 26 avril 2022 est un acte préparatoire ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, maréchal des logis-chef affectée à la maison de protection de la famille du commandement de la gendarmerie de Guadeloupe depuis le 17 juillet 2017, a constaté que son nom n'avait pas été inscrit sur le tableau d'avancement du 1er décembre 2021 pour l'année 2022 du personnel sous-officier de gendarmerie du cadre général du commandement de la gendarmerie outre-mer - " branche personnel servant outre-mer, au sein des formations prévôtales ou en assistance militaire technique ". Le 7 février 2022, l'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours militaires à l'encontre cet arrêté. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal, d'annuler le tableau d'avancement du 1er décembre 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 7 février 2022, Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours militaires à l'encontre de l'arrêté du 1er décembre 2021 portant tableau d'avancement pour l'année 2022 du personnel sous-officier de gendarmerie du cadre général du commandement de la gendarmerie outre-mer - " branche personnel servant outre-mer, au sein des formations prévôtales ou en assistance militaire technique ". Par un courrier du 26 avril 2022, versé à l'instance par la requérante, la commission a informé l'intéressée que celle-ci disposait d'un délai de quinze jours pour répondre aux observations de son service gestionnaire. Puis, par une décision du 20 juin 2022, postérieure à l'introduction du présent recours, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme B. Par suite, si la requérante demande formellement l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2021 et du courrier du 26 avril 2022, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 3 du présent jugement qu'elle doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision expresse de rejet de son recours administratif préalable en date du 20 juin 2022 qui, arrêtant la position finale de l'administration, s'est substituée à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, en l'espèce, d'écarter les moyens, inopérants, tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 1er décembre 2021 et de son insuffisance de motivation.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 4136-1 du code de la défense : " () L'avancement de grade a lieu soit au choix, soit au choix et à l'ancienneté, soit à l'ancienneté. Sauf action d'éclat ou services exceptionnels, les promotions ont lieu de façon continue de grade à grade et nul ne peut être promu à un grade s'il ne compte dans le grade inférieur un minimum de durée de service, fixé par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 4136-3 de ce code : " Nul ne peut être promu au choix à un grade autre que ceux d'officiers généraux s'il n'est inscrit sur un tableau d'avancement établi, au moins une fois par an, par corps. / Une commission dont les membres, d'un grade supérieur à celui des intéressés, sont désignés par le ministre de la défense, présente à ce dernier tous les éléments d'appréciation nécessaires, notamment l'ordre de préférence et les notations données aux candidats par leurs supérieurs hiérarchiques. / Pour les militaires de la gendarmerie nationale, le ministre compétent est le ministre de l'intérieur. / Sous réserve des nécessités du service, les promotions ont lieu dans l'ordre du tableau d'avancement. / Si le tableau n'a pas été épuisé, les militaires qui y figurent sont reportés en tête du tableau suivant ". Aux termes de l'article 23 du décret du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie, dans sa version en vigueur du 1er janvier 2010 au 1er janvier 2024 : " Les promotions au grade supérieur ont lieu exclusivement au choix ". Aux termes de l'article 24 de ce décret : " () II. - Peuvent être promus au grade d'adjudant les maréchaux des logis-chefs comptant au moins deux ans d'ancienneté à ce grade. " Lorsqu'il est saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription à un tableau d'avancement, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, qui ne saurait se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, d'analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade.
7. En l'espèce, la requérante fait valoir qu'elle occupe le poste de commandant adjoint de la maison de protection de la famille C depuis 2019, qu'elle n'a fait l'objet d'aucune appréciation contraire à son avancement au support de sa notation annuelle de 2021, qu'elle est un agent exemplaire qui fait l'objet d'éloges et que le refus de l'inscrire au tableau d'avancement n'est motivé que par son refus de vaccination. Toutefois, d'une part, les éloges et appréciations dont se prévaut la requérante ne lui confèrent aucun droit à un avancement de grade, compte tenu des pouvoirs d'appréciation reconnus au ministre. D'autre part, dans ses écritures, la requérante ne fait état que de ses propres mérites sans apporter aucun élément de nature à permettre une comparaison entre ses mérites professionnels et ceux de ses collègues promus. Elle n'établit pas que des militaires moins méritants auraient ainsi bénéficié d'une inscription à ce grade. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 31 décembre 2021, l'autorité militaire de premier niveau a prononcé à son encontre une sanction de dix jours d'arrêt en raison de son refus, le 5 octobre 2021, de se soumettre aux vaccinations réglementaires dans les armées, ce dont l'administration pouvait tenir compte pour apprécier la manière de servir de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En quatrième et dernier lieu, une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que Mme B, dont il n'est pas justifié, par la seule production d'une demande de mutation d'office du 10 décembre 2021, que sa situation professionnelle aurait connu une dégradation statutaire ou pécuniaire à raison de sa non-inscription au tableau d'avancement, n'établit pas qu'elle aurait dû, après une appréciation comparée et approfondie des maréchaux des logis-chefs promouvables, être inscrite au tableau d'avancement en cause, une telle inscription ne constituant pas un droit. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que sa non-inscription à ce tableau constitue une sanction déguisée constitutive d'un détournement de pouvoir.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIER
Le président,
Signé
S. GOUÈS La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026