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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200628

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200628

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARMAND LIONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Lionel Armand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 décembre 2021 par laquelle l'autorité militaire de premier niveau lui a infligé une sanction de dix jours d'arrêt, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'administration de supprimer les jours d'arrêt ferme qui lui ont été imputés ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le secret médical dès lors qu'elle se fonde sur un certificat d'inaptitude médical qui était couvert par ce secret et n'aurait pas dû être communiqué à ses supérieurs hiérarchiques ;

- la sanction infligée est disproportionnée ;

- elle fait l'objet d'un harcèlement moral et professionnel et subit acharnement, dès lors qu'elle a été détachée à un poste de subalterne (mise au placard) ; elle a acquis l'immunité contre la Covid-19 ce qui justifiait son refus de se vacciner ; elle a été fragilisée (arrêts maladie).

Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 janvier 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, maréchal des logis-chef affectée à la maison de protection de la famille du commandement de la gendarmerie de Guadeloupe depuis le 17 juillet 2017, a fait l'objet, le 31 décembre 2021, d'une sanction de dix jours d'arrêt en raison de son refus de se soumettre aux vaccinations règlementaires dans les armées. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette sanction ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2. En premier lieu, la décision du 31 décembre 2021 portant sanction disciplinaire a été signée par le colonel C D, commandant de la gendarmerie de Guadeloupe, en fonction depuis le 1er août 2021. En sa qualité d'autorité militaire de premier niveau, M. D était fondé, conformément aux dispositions de l'article R. 4137-25 du code de la défense à infliger la sanction du premier groupe pour une durée d'arrêt n'excédant pas 20 jours. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires de ces actes, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 4137-16 du code de la défense : " Lorsqu'un militaire a commis une faute ou un manquement, il fait l'objet d'une demande de sanction motivée qui est adressée à l'autorité militaire de premier niveau dont il relève, même si elle émane d'une autorité extérieure à la formation. / L'autorité militaire de premier niveau entend l'intéressé, vérifie l'exactitude des faits, et, si elle décide d'infliger une sanction disciplinaire du premier groupe, arrête le motif correspondant à la faute ou au manquement et prononce la sanction dans les limites de son pouvoir disciplinaire. "

4. En l'espèce, la requérante soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne vise pas le texte imposant l'obligation vaccinale au regard de laquelle elle a été sanctionnée ni n'indique la date à compter de laquelle la sanction prend effet. Toutefois, d'une part, la décision attaquée vise le code de la défense et indique le motif pour lequel l'intéressée a été sanctionnée, à savoir le refus de se soumettre aux vaccinations règlementaires dans les armées le 5 octobre 2021. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure Mme B de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. D'autre part, aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit qu'une sanction disciplinaire doive mentionner expressément sa date de prise d'effet en dehors de l'hypothèse où celle-ci est immédiate. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté en toutes ses branches.

5. En troisième lieu, Mme B doit être regardée comme soutenant que la sanction méconnaît le secret médical dès lors qu'elle se fonde sur le certificat médico-administratif d'aptitude du 12 octobre 2021 couvert par un tel secret. Toutefois, il ressort de ce certificat, versé aux débats, que Mme B est inapte à un poste permanent hors métropole et apte à servir avec restrictions d'emploi. Dès lors qu'il ne révèle rien de l'état de santé de l'intéressée, ce certificat ne méconnait pas le secret médical. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, selon les dispositions combinées des articles L. 4137-1 et L. 4137-2 du code de la défense, les fautes ou manquements à la discipline commis par les militaires les exposent à des sanctions disciplinaires réparties en trois groupes, comportant, pour le premier : l'avertissement, la consigne, la réprimande, le blâme, les arrêts et le blâme du ministre. Aux termes de l'article D. 4122-16 du code de la défense : " Les obligations en matière de vaccinations applicables aux militaires sont fixées par instruction du ministre de la défense ". Et, aux termes de l'article 3 de l'instruction n° 514510/ARM/DCSSA/SD du 7 décembre 2021 relative à la vaccination contre la covid-19 dans les armées : " Outre les obligations vaccinales définies par la loi, la vaccination contre la covid-19 est obligatoire pour tout militaire : () servant ou projeté pour raison de service hors du territoire métropolitain, quelles que soient la durée ou la nature de la mission ; () ".

7. En l'espèce, le refus de Mme B de se soumettre à l'obligation vaccinale qui lui était faite, constitutif d'un refus d'obéissance hiérarchique, alors qu'en outre le non-respect de cette obligation est susceptible d'obérer la capacité opérationnelle de la requérante qui ne pouvait plus être au contact du public, qui est matériellement établi, est de nature à justifier une sanction disciplinaire. En prononçant la sanction de dix jours d'arrêts, sanction du premier groupe qui n'est pas la plus élevée de sa catégorie, le commandant de la gendarmerie de Guadeloupe n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, pris une sanction disproportionnée.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 4123-10-2 du code de la défense dans sa version alors en vigueur : " Aucun militaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment () la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un militaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral mentionnés au premier alinéa () ".

9. En l'espèce, si la requérante doit être regardée comme soutenant que la sanction contestée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées, les éléments qu'elle soumet au tribunal, à savoir l'annuaire de la gendarmerie, montrant que l'intéressée est détachée à la section d'appui judiciaire tandis que trois autres de ses collègues sont affectés en brigade territoriale autonome, deux avis d'arrêt de travail, dont l'un est postérieur à la décision attaquée, et l'allégation selon laquelle elle n'était pas soumise à l'obligation vaccinale ayant acquis une immunité contre le virus de la covid-19, ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dont elle estime avoir été victime. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 décembre 2021 présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈS La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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