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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200666

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200666

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantABENAQUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 24 août 2023, M. A C, représenté par Me Abenaqui, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n° RF/2022/248 du 29 juin 2022 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire national sans délai de départ avec une interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de mettre en œuvre les diligences nécessaires pour son retour sur le territoire national ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur la situation en Haïti ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est entachée d'une erreur en raison de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et de sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme combinées aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2200667 du 15 juillet 2022 du Tribunal administratif de la Guadeloupe ;

- le code de justice administrative.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/000939 du 7 juin 2023.

Par une ordonnance du 25 août 2023, en vertu de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée le 14 septembre 2023.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gouès.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant de nationalité dominiquaise, né le 14 décembre 1988, est entré illégalement sur le territoire national en octobre 2017 selon ses dires. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire national le 23 janvier 2018. Le 29 juin 2022, il a fait l'objet d'un contrôle routier pour avoir conduit sans permis de conduire et sans assurance d'un véhicule terrestre à moteur. Le même jour, le préfet de la Guadeloupe a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai et une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ainsi qu'une décision de placement en centre de rétention administratif. Le 2 juillet 2022, le juge de la liberté et de la détention a ordonné la prolongation du maintien de la rétention administrative pour une durée maximale de vingt-huit jours. Le 7 juillet 2022, M. C a été éloigné du territoire national à destination de l'île de la Dominique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 18 novembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Guadeloupe a donné délégation à M. D B, pour signer toutes décisions relatives à l'entrée et au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions litigieuses énoncent, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles reposent. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, si M. C invoque que le préfet s'est fondé sur l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre sa décision, toutefois cet article est abrogé depuis le 1er mai 2021. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet ne s'est pas basé uniquement sur cet article pour prendre sa décision mais uniquement pour caractériser le trouble à l'ordre public que représente M. C. Dès lors, ce moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

Sur la légalité interne :

5. Aux termes des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". De plus, au terme des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. C est arrivé en Guadeloupe fin 2017, soit à l'âge de 29 ans, ayant donc vécu la majorité de sa vie dans son pays d'origine. Pour attester de sa présence sur le territoire il ne produit que ses avis d'impositions pour les années 2014, 2017 à 2020. Il ressort des pièces du dossier que M. C est en concubinage avec une ressortissante dominiquaise dont la situation régulière sur le territoire national n'est pas rapportée et avec qui il a deux enfants mineurs. Le premier est né le 15 septembre 2010 en Dominique et le second est né le 6 août 2014 en Guadeloupe. Les deux enfants ont la nationalité dominiquaise. Il n'est pas contesté que ses enfants sont sur le territoire national et sont scolarisés respectivement en classe de 6ème et en classe de Ce1 au jour de l'arrêté attaqué. En revanche, aucune pièce produite ne permet d'attester le caractère effectif et continu de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni d'attester une quelconque communauté de vie avec la mère de ceux-ci. Enfin, le requérant qui a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 janvier 2018 en dépit de laquelle il s'est maintenu sur le territoire, n'établit pas être inséré professionnellement à la société française. Par conséquent, le requérant ne démontre pas avoir des liens personnels et familiaux intenses, durables et stables sur le territoire national et d'une volonté d'intégration dans la société française. En outre, il ne démontre pas ne pas pouvoir mener une vie personnelle et familiale normal dans son pays d'origine où il résulte de ses déclarations que toute sa famille y vit et notamment son épouse. Dès lors, l'erreur manifeste d'appréciation et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes doivent écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". De plus l'article L. 612-8 du même code dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code, anciennement codifié au III de l'article L. 511-1 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. En l'espèce, M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé. Il entre ainsi dans les cas prévus à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre, par suite il n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant à deux ans l'interdiction de retour prononcée à son encontre, le préfet de la Guadeloupe a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché cette décision d'une erreur d'appréciation.

9. Par suite, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixe à deux ans la durée de cette interdiction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle aux conclusions du requérant dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience publique du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

M. Lubrani, conseiller,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le président rapporteur,

Signé

S. GOUÈS

L'assesseur le plus ancien,

Signé

A. LUBRANI

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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