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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200810

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200810

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200810
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMATHURIN KANCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 2 et 4 août 2022, M. B C, représenté A Me Mathurin Kancel, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension sans délai de l'arrêté du 27 juillet 2022 A lequel le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de réexaminer sa situation ;

4°) en tout état de cause, de fixer le pays de retour à Sint-Marteen ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'imminence de son éloignement ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à une vie privée et familiale normale, dès lors notamment qu'il est arrivé à Saint-Martin en 2004, où réside son enfant mineur né en 2009 dont il s'occupe ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il est également porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur des enfants garanti A les articles 3-1 et 3-2 de la convention internationale des droits de l'enfant.

A un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin conclut au rejet de la requête.

Il fait notamment valoir que M. C ne justifie pas résider habituellement sur le territoire, qu'il ne justifie d'aucune intégration particulière et qu'il ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant résidant sur le territoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cétol, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu les observations de Me Mathurin Kancel, ainsi que celles de M. C, le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin n'étant ni présent, ni représenté.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée au 5 août 2022, à 11 heures.

Des pièces complémentaires présentées pour M. C ont été enregistrées le 5 août 2022, antérieurement à la clôture de l'instruction, et communiquées.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 5 août 2022 antérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée A l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. C, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur le surplus de la requête :

3. A la suite d'une vérification de son droit au séjour, M. C a fait l'objet d'un arrêté du 27 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui faisant interdiction de retour pendant une durée d'un an. Au moment de l'introduction de sa requête, l'intéressé est retenu au CRA et son départ vers la Jamaïque est imminent.

4. M. C, né le 24 janvier 1977, de nationalité jamaïcaine, déclare être entré à Saint-Martin en 2004. S'il se prévaut, à l'audience, d'une résidence stable sur la partie française de l'île, où il déclare loger avec la mère de son enfant, en situation régulière, qui atteste héberger le requérant, ces allégations sont en contradiction avec les déclarations faites lors de son audition A la police aux frontières le 27 juillet 2022, à l'occasion de laquelle il a affirmé avoir résidé sur la partie hollandaise jusqu'en 2008, puis à compter de l'année 2012, indiquant alors avoir uniquement résidé sur la partie française de l'île entre ces deux dates. A suite, eu égard aux contradictions importantes émaillant le discours de l'intéressé et à l'absence de pièces attestant de la continuité de son séjour sur le territoire français depuis son arrivée, M. C ne peut être regardé comme résidant habituellement sur le territoire français, où il n'a d'ailleurs jamais cherché à régulariser sa situation. Si le requérant fait également valoir qu'il s'occupe de son fils âgé de 12 ans, né sur le territoire et scolarisé sur la partie française de l'île, les pièces qu'il verse au dossier ne suffisent pas à le regarder comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En tout état de cause, aucune circonstance ne fait obstacle, en l'état de l'instruction, à ce que la cellule familiale qu'il déclare composer avec la mère de son enfant et ce dernier, tous deux ressortissants jamaïquains, se reconstitue dans ce pays dont ils possèdent la nationalité, et où le requérant a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, l'intéressé ne justifie pas, A les pièces qu'il produit, d'une intégration particulière dans la société française. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 27 juillet 2022 susmentionné porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de nature à constituer, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une violation grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale ou à une autre liberté fondamentale.

5. Aucun des autres moyens invoqués ne permettant de caractériser une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées A l'intéressé, il y lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées A le requérant, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Décision rendue publique A mise à disposition au greffe, le 5 août 2022.

Le juge des référés,

Signé

A. D

La greffière,

Signé

A. Cétol

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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