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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200968

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200968

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Ile-de-France et d'Outre-Mer a rejeté la demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire qu'elle a formulée, par courrier du 8 mai 2022, avec effet rétroactif à compter du 1er mai 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au versement rétroactif, à compter du 1er mai 2020, des sommes dues au titre de la nouvelle bonification indiciaire attachée à ses fonctions.

Elle soutient que :

- elle est titulaire et affectée au Service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) de Guadeloupe au sein de l'Unité éducative en milieu ouvert (UEMO) à Pointe-à-Pitre depuis le 1er mai 2020 ;

- elle remplit les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire, conformément à l'annexe du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024 à 5 h 01, le garde des Sceaux, ministre de la Justice conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 26 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 avril 2024 à midi, en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la sante publique et aux assurances sociales ;

- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le décret n° 2014-1751 du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements d'outre-mer, à Saint-Martin et en Polynésie française ;

- l'arrêté interministériel du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- l'arrêté du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sabatier-Raffin, rapporteur,

- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative principale de 2ème classe titulaire, est affectée à l'Unité éducative en milieu ouvert (UEMO) à Pointe-à-Pitre au Service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) de Guadeloupe depuis le 1er mai 2020. Elle a sollicité l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire, avec effet rétroactif, à compter de sa prise de fonction par une demande du 8 mai 2022 adressée, par la voie hiérarchique, au directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Ile-de-France et d'Outre-Mer. Toutefois, celui-ci a gardé le silence, faisant naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au Tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre à l'administration de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire, avec effet rétroactif, à compter du 1er mai 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991, susvisée : "La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière dans des conditions fixées par décret". L'article 1er du décret du 26 mars 1993, susvisé, précise que "la nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit". Aux termes de l'article 1 du décret du 14 novembre 2001 susvisé : "Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret". L'annexe du décret, dans sa version applicable à compter du 1er janvier 2015, définit les fonctions concernées par l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire : "(). / Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. / Fonctions de délégué de l'Etat dans les quartiers, nommé par le préfet". Cette annexe énumère ainsi les fonctions qui ouvrent droit, pour les fonctionnaires qui les exercent, au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Il résulte de ces dispositions qu'un agent de la protection judiciaire de la justice, exerçant ses fonctions en milieu ouvert, peut prétendre à la nouvelle bonification indiciaire, notamment, soit s'il est en centre d'action éducative dans une zone urbaine sensible, soit s'il intervient dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité.

3. D'autre part, le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire instituée par les dispositions citées au point 2 ne constitue pas un avantage statutaire et n'est lié ni au corps, ni au grade, mais dépend seulement de l'exercice effectif des fonctions qui y ouvrent droit. En outre, la disposition du décret du 14 novembre 2001, selon laquelle la nouvelle bonification indiciaire "peut être versée mensuellement dans la limite des crédits disponibles", ne saurait avoir pour objet ni pour effet de dispenser l'administration du respect du principe d'égalité, lequel exige que les agents, qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulière, bénéficient de la même bonification. Toutefois, l'arrêté du 14 novembre 2001 fixe à 36 le nombre d'emplois d'adjoint administratif relevant de la protection judiciaire de la justice et bénéficiant de la nouvelle bonification indiciaire tandis que l'arrêté du 4 décembre 2001 précise, par département, les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice, en listant, pour la Guadeloupe, les quatre emplois de la catégorie C bénéficiaires de cette nouvelle bonification, sans mentionner les adjoints administratifs parmi cette liste.

4. Il résulte des termes mêmes de l'article 27 précité de la loi du 18 janvier 1991 que le bénéfice de la bonification indiciaire est lié aux seules caractéristiques des emplois occupés, au regard des responsabilités qu'ils impliquent ou de la technicité qu'ils requièrent. En outre, il résulte des dispositions précitées du décret du 14 décembre 2001 que les fonctionnaires du service de la protection de la jeunesse exerçant leurs fonctions dans une unité éducative en milieu ouvert (UEMO) ne peuvent bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire que s'ils travaillent dans un quartier prioritaire de la politique de la ville et s'ils y ont leur lieu d'affectation.

5. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des agents de la protection judiciaire de la jeunesse, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois. Pour bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 précipité, les fonctionnaires titulaires des catégories A, B et C du ministère de la justice, figurant en annexe à ce décret, et entendant se prévaloir de la condition prévue aux points 1, 2 et 3 de cette annexe, doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans les centres visés par ces points et dispositions, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation.

6. En l'espèce, pour s'opposer à la demande de Mme A tendant à obtenir le versement de la nouvelle bonification indiciaire, le ministre de la Justice fait valoir que la note de service de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse du 18 décembre 2012 a supprimé la nouvelle bonification indiciaire pour les adjoints administratifs à compter du 1er décembre 2012, que Mme A n'appartient pas à la catégorie des agents fondés à solliciter le bénéfice de cette nouvelle bonification et qu'elle ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'elle accomplit la majeure partie de ses activités dans un quartier prioritaire de la ville ou dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté de mutation du 18 février 2020 de Mme A et de ses bulletins de paie, et sans être contesté par le ministre de la Justice, que l'unité éducative en milieu ouvert Victor Hugo, assimilable aux centres d'action éducative, visés au 2 de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001, au sein de laquelle Mme A est affectée, depuis le 1er mai 2020, est située dans le centre-ville de Pointe-à-Pitre, faubourg Victor Hugo, dans le quartier prioritaire de la politique de la ville de cette commune (Chemin Neuf-Carénage-Darboussier), qui figure dans la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville annexée au décret n° 2014-1751 du 30 décembre 2014.

7. Il est constant que Mme A accomplit, à temps plein, ses fonctions d'adjointe administrative principale de 2ème classe, relevant de la catégorie C, au sein de l'Unité éducative en milieu ouvert du Service territorial éducatif en milieu ouvert, nouvelle dénomination des centres d'action éducative (CAE). L'Unité éducative, où est affectée Mme A, accueille des jeunes placés en résidence dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Dès lors, Mme A établit son affectation conformément aux dispositions précitées du décret du 14 novembre 2001, en remplissant les conditions pour disposer de la nouvelle bonification indiciaire, qui ouvre au bénéfice de vingt points.

8. Si le ministre de la Justice se prévaut, ainsi qu'il a été dit au point 6, de la note de service du 18 octobre 2012 de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, il ne peut utilement opposer à celle-ci l'existence de cette note, dont l'objet vise précisément à remettre en cause l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire aux adjoints administratifs. Cette note, qui n'a pas valeur ni d'arrêté, ni de décret, ne saurait supprimer les dispositions prévoyant la nouvelle bonification indiciaire pour les adjoints administratifs, dès lors qu'ils exercent des fonctions correspondant à la catégorie C de la protection judiciaire de la jeunesse. Le ministre de la Justice ne peut en conséquence sérieusement faire valoir que Mme A n'appartient pas à la catégorie des agents fondés à solliciter le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Par ailleurs, la circonstance que Mme A n'exercerait pas dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité est sans incidence sur le versement de la nouvelle bonification indiciaire, qui n'est pas conditionnée, en ce qui la concerne, à l'existence d'un tel contrat. Enfin, si, selon le ministre de la Justice, Mme A n'exerce pas la majeure partie de ses activités dans un ou plusieurs quartiers prioritaires de la politique de la ville, son affectation à temps complet au sein de l'unité éducative en milieu ouvert "Victor Hugo" à Pointe-à-Pitre justifie à elle-seule l'accomplissement total de ses missions dans une unité éducative. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions ouvrant droit au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire et que c'est à tort que le ministre de la Justice a rejeté sa demande.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Ile-de-France et d'Outre-Mer a rejeté la demande de Mme A d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique, compte tenu de la portée du motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au garde des Sceaux, ministre de la Justice d'attribuer à Mme A la nouvelle bonification indiciaire de vingt points à compter du 1er mai 2020, date à laquelle elle a été affectée dans une unité éducative en milieu ouvert au sein d'un service territorial éducatif en milieu ouvert, situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville de Pointe-à-Pitre, et sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, notamment d'occuper des fonctions éligibles. Il y a, dès lors, lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois pour y satisfaire, par un arrêté d'attribution individuel.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite, par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Ile-de-France et d'Outre-Mer a rejeté la demande de Mme A tendant à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er mai 2020, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au garde des Sceaux, ministre de la Justice d'accorder à Mme A, par un arrêté d'attribution individuel, la nouvelle bonification indiciaire de 20 (vingt) points, avec effet rétroactif, à compter du 1er mai 2020, sous réserve d'un changement de fait ou de droit dans la situation de la requérante, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Copie, pour information, en sera adressée au directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Ile-de-France et d'Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

M. Sabatier-Raffin, premier conseiller,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. SABATIER-RAFFINLe président

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

N. ISMAËL

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la Justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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