jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2201082 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MATHURIN KANCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 octobre 2022, 3 octobre 2022, 18 décembre 2023, 19 janvier 2024 et 15 mars 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Caribbean Street Food, représentée par Me Mathurin Kancel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler ou, subsidiairement, de résilier la convention d'occupation domaniale conclue le 3 août 2022 entre la commune de Saint-François et la société à responsabilité limitée Maxo Location FWI pour l'exploitation du bar-restaurant et l'animation du club du golf international de Saint-François ;
2°) de condamner la commune de Saint-François à lui verser la somme de 54 780,32 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-François la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt pour agir dès lors qu'elle a participé à l'ensemble de la procédure d'attribution de la convention litigieuse et qu'elle était positionnée en première position avant la phase de négociation, qui n'était pas prévue par le règlement de consultation ;
- la procédure d'attribution du contrat litigieux est entachée d'un défaut d'impartialité dès lors qu'un des associés de la société Maxo Location FWI, attributaire du contrat, siège a minima depuis 2020 au sein du conseil d'exploitation du golf de Saint-François, dont les membres sont nommés par le conseil municipal ; la convention a été signée par Mme E B née C, gérante de la société depuis décembre 2018 alors qu'elle est l'épouse de M. D B et la mère de M. A B, qui sont les deux seuls associés de la société Maxo Location FWI ; M. D B, associé de la société Maxo Location FWI, dont il était le gérant jusqu'en novembre 2016, a été nommé comme membre du conseil d'exploitation de la régie autonome financière du golf international de Saint-François le 9 octobre 2020, soit deux mois et demi seulement avant le lancement de l'appel à projet ; le siège social de la société se situe chez M. D B ; une commission ad hoc, qui n'était pas mentionnée dans le règlement de la consultation s'est réunie pour examiner les dossiers des candidats ; au sein de cette commission ad hoc siégeait notamment un membre de la commission d'exploitation du golf, au sein de laquelle siège M. D B, qui est associé de la société Maxo Location FWI ;
- les critères d'attribution de la convention prévus dans le règlement de la consultation n'ont pas été respectés ; le sous-critère " capacités professionnelles, techniques et financières ", qui devait être noté sur 5 points, a été modifié, dès lors que seules ses capacités financières ont été analysées et qu'il a reçu la note de 11, ne correspondant nécessairement pas au barème annoncé ; le critère relatif au " pourcentage de redevance proposé par le candidat ", pour lequel le règlement de la consultation indiquait qu'il serait évalué sur 10 points, n'a finalement pas été évalué ; cette modification des critères lui a été préjudiciable dès lors qu'après application de ce critère, il s'est trouvé classé en deuxième position, alors qu'il était auparavant classé en première position ; ainsi, la commune de Saint-François n'a pas respecté le règlement de consultation ; elle a obtenu la note de 12,40 pour le critère " analyse du projet ", la classant en première position, tandis que la société Maxo Location a obtenu la note de 9,72 ; au total, il a obtenu la note de 37,4, le classant en deuxième position ;
- elle a été illégalement évincée de la procédure d'attribution de la convention d'occupation du domaine public litigieuse ;
- si le règlement de la consultation prévoyait une audition des deux meilleurs candidats en vue d'une négociation, un entretien improvisé mené par la commission ad hoc, présidée par le maire, s'est tenu pour chacun des candidats ; cet entretien a fait l'objet d'une notation sur 20 points, ce que le règlement de la consultation ne prévoyait pas ;
- les statuts de la société Maxo Location FWI ont été modifiés en février 2022, ajoutant la mention " services traiteur " à son objet ;
- la convention conclue le 3 août 2022 porte sur une surface plus importante que celle annoncée dans l'appel à projet ;
- le 30 septembre 2022, M. Acina, président de la société Caribbean Street Food a déposé une plainte pénale contre le maire de Saint-François pour prise illégale d'intérêt et favoritisme concernant l'attribution de cette convention ;
- elle a subi un préjudice financier d'un montant de 54 780,32 euros, correspondant à son manque à gagner.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2023, 21 février 2024 et 12 avril 2024, la commune de Saint-François, représentée par Me Peyrical, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Caribbean Street Food une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, la société requérante n'ayant pas intérêt pour agir dès lors que les manquements invoqués ne sont pas susceptibles de l'avoir lésée ; son offre aurait dû être écartée comme non conforme aux conditions fixées par le règlement de consultation, qui imposait des prérequis à la participation à la procédure, notamment que le candidat ait plus de 3 ans d'expérience significative dans le milieu de la restauration ou de l'animation évènementielle, ce qui n'est pas le cas de la société requérante, qui a été créée en 2020 et ne compte aucun membre pouvant justifier d'une telle expérience ; le 2 août 2021, il a été demandé à la société Caribbean Street Food de fournir des informations complémentaires concernant ses capacités financières, or la société a fourni ces informations après l'expiration du délai d'un mois qui lui était imparti ; si, à ce titre, la société requérante a demandé un délai supplémentaire pour produire ces éléments, celui-ci ne lui a pas été accordé ; la société requérante ne justifie pas des capacités financières suffisantes pour assurer l'exécution de la convention, dès lors qu'elle ne dispose que d'un capital de 500 euros et n'a pu justifier disposer en fonds propres que de 24 750 euros ; elle n'a pas justifié avoir réalisé de chiffre d'affaires sur les années précédentes, or les investissements prévus au titre de la convention sont importants et la société aurait dû embaucher du personnel dont elle ne disposait pas ; si la société requérante a fait état de l'obtention de différentes subventions, notamment l'aide " projet initiative jeune ", d'un montant de 7 320 euros, cette subvention lui a été attribuée le 28 juillet 2020, de sorte qu'elle faisait potentiellement partie des 24 750 euros de fonds propres déclarés ; elle ne disposait pas des capacités financières suffisantes pour assurer l'exécution de la convention, contrairement à la société attributaire, qui bénéficiait de fonds propres à hauteur d'environ 145 000 euros, d'une proposition de sa banque pour un emprunt de 300 000 euros et d'un important chiffre d'affaires sur les trois années précédentes ; ainsi, l'offre de la société requérante aurait dû être écartée, de sorte qu'elle ne justifie d'aucune lésion et est donc dépourvue d'intérêt pour agir ; à titre subsidiaire, pour les mêmes raisons, l'ensemble des moyens qu'elle invoque sont inopérants ;
- lors de la première réunion de la commission ad hoc en date du 22 février 2021, il a été décidé de mener une négociation avec les candidats afin de leur permettre d'améliorer leurs offres ; une réunion a ainsi eu lieu le 27 avril 2021 ; à l'issue de cette réunion du 27 avril 2021, il a été procédé à un nouveau classement des offres, au terme duquel l'offre de la société Maxo Location FWI a été classée en première position et celle de la société Caribbean Street Food en deuxième position ; la commission s'étant interrogée sur les capacités et garanties financières des candidats, il leur a été demandé de fournir, au plus tard le 3 septembre 2021 des informations complémentaires ; la société requérante n'a pas répondu dans le délai imparti, puisqu'elle n'a fourni les informations demandées que le 24 septembre 2021 ; le délai supplémentaire demandé par la société requérante pour produire ces documents ne lui a pas été accordé ;
- les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante sont irrecevables, dès lors qu'elle ne lui a adressé aucune demande indemnitaire préalable.
Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Maxo Location FWI, représentée par Me Deraine, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Caribbean Street Food une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société requérante ne remplissait pas les prérequis prévus dans le règlement de la consultation dès lors qu'elle a été immatriculée le 6 février 2020, soit moins d'un an avant le lancement de la procédure de consultation, de sorte qu'elle ne justifiait pas de trois ans d'expérience dans le milieu de la restauration ou de l'animation événementielle ;
- les investissements à réaliser pour l'exécution de la convention étant très importants, ils nécessitaient des capacités financières significatives, ce dont la société requérante n'a pas justifié ; contrairement à ce que soutient la société requérante, le cahier des charges valant règlement de consultation prévoyait un examen des capacités financières avec les deux candidats les mieux classés, de sorte qu'en lui demandant d'apporter des éléments pour justifier de ses capacités financières après l'entretien avec les candidats, la commune n'a pas créé une exigence nouvelle ;
- le règlement de consultation prévoyait une audition des deux meilleurs candidats en vue d'une négociation ; la procédure d'attribution de la convention litigieuse n'est pas irrégulière ;
- contrairement à ce que soutient la société requérante, la convention a bien été conclue entre la commune et la société Maxo Location FWI ; si la convention prévoit une faculté de constitution d'une filiale ad hoc, sous réserve qu'elle soit détenue à 100% par la société Maxo Location FWI sous peine de résiliation immédiate de la convention, il ne s'agit pas d'un nouvel attributaire mais d'une simple modalité d'exploitation du club house du golf pour isoler comptablement le chiffre d'affaires y afférent, afin de permettre de déterminer la part variable de la redevance d'occupation du domaine public due à la commune ;
- la nomination de M. D B en tant que membre du conseil d'exploitation du golf de Saint-François est sans incidence sur l'attribution de la convention à la société Maxo Location FWI, ledit conseil d'exploitation ne statuant qu'à la majorité de ses dix membres et n'ayant qu'un rôle consultatif, de sorte que M. B ne détient aucun pouvoir de décision ; M. B a été nommé comme membre de ce conseil d'exploitation car il est un golfeur invétéré et un utilisateur récurrent des installations du golf de Saint-François et non pour avantager la société Maxo Location FWI ; la convention a été signée par Mme E B, qui est la gérante de la société Maxo Location FWI depuis 2018 ;
- le dépôt d'une plainte pénale par le gérant de la société requérante n'a aucune incidence sur le présent litige.
La société Caribbean Street Food a produit une pièce le 10 mai 2024, qui n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,
- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public,
- et les observations de Me Mathurin-Kancel, représentant la société Caribbean Street Food et les observations de Me Guyon, substituant Me Peyrical, représentant la commune de Saint-François.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 décembre 2020, la commune de Saint-François a lancé un appel à projet en vue de l'attribution d'une convention d'occupation du domaine public pour l'exploitation d'une structure de restauration - bar et d'animation du club house du golf de Saint-François. La société Caribbean Street Food a soumissionné et par un courrier du 26 octobre 2021, la commune l'a informée du rejet de son offre. La convention d'occupation temporaire du domaine public a été conclue le 3 août 2022 entre la commune de Saint-François et la société Maxo Location FWI. Par la présente requête, la société Caribbean Street Food demande au tribunal d'annuler ou, à défaut, de résilier cette convention et de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la contestation de la validité de la convention :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité.
3. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Un concurrent évincé ne peut ainsi invoquer, outre les vices d'ordre public dont serait entaché le contrat, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.
4. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / () ". Aux termes de l'article L. 2122-1-1 du même code : " Sauf dispositions législatives contraires, lorsque le titre mentionné à l'article L. 2122-1 permet à son titulaire d'occuper ou d'utiliser le domaine public en vue d'une exploitation économique, l'autorité compétente organise librement une procédure de sélection préalable présentant toutes les garanties d'impartialité et de transparence, et comportant des mesures de publicité permettant aux candidats potentiels de se manifester. / () ".
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
5. Il résulte de l'instruction que la société Caribbean Street Food a soumissionné à la procédure de sélection préalable pour l'attribution de la convention d'occupation domaniale litigieuse. Ainsi, à supposer même que son offre aurait pu être rejetée comme non conforme aux conditions fixées dans le règlement de consultation par la commune de Saint-François, la société requérante, en sa qualité de concurrent évincé, a intérêt à former un recours en contestation de validité de cette convention. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
En ce qui concerne les critères de sélection :
6. Il résulte de l'instruction que le règlement de consultation valant cahier des charges prévoyait, en sa partie VII intitulée " Sélection des candidatures " deux critères d'attribution, à savoir un critère " Analyse du projet ", noté sur 20 points pondérés à 60% et un critère " pourcentage de redevance proposée par le candidat ", noté sur 10 points pondérés à 40%. Le critère " Analyse du projet " comprenait lui-même trois sous-critères, relatifs à la qualité de l'offre, sur 10 points, aux capacités professionnelles, techniques et financières, sur 5 points et au business plan sur trois ans, sur 5 points. Ce document prévoyait également que la commune se réservait la possibilité de mener une négociation avec les deux premiers candidats du classement et que le candidat ayant obtenu la meilleure note globale serait retenu. Toutefois, il résulte également de l'instruction que l'offre de la société Caribbean Street Food s'est vu attribuer les notes de 12,40 sur 20 concernant le critère " Analyse du projet ", une note de 14 sur 20 à la suite d'un entretien s'étant tenu en visio-conférence le 27 avril 2021, ainsi qu'une note de 11 concernant ses capacités financières, obtenant ainsi une note finale de 37,4, la classant en deuxième position. Ainsi, le critère " pourcentage de redevance proposés par les candidats " prévu dans le règlement de consultation n'a pas été appliqué par la commune pour apprécier les offres alors qu'il était annoncé dans le règlement de la consultation et les critères " entretien ", noté sur 20 points, et " capacité financière ", pour lequel la société requérante s'est vue attribuer une note de 11 points, ont servi à apprécier l'offre de la société requérante alors qu'ils ne figuraient pas en tant que tels dans le règlement de consultation. A ce titre, la commune n'est pas fondée à faire valoir qu'elle s'est bornée à mener la négociation prévue dans le règlement de consultation, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle négociation, qui pouvait être menée avec les deux premiers candidats du classement, aurait eu lieu avec les deux premiers candidats à l'issue du classement établi sur la base des critères prévus dans le règlement de consultation. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'offre de la société requérante s'est vue attribuer la note de 12,40 sur 20 concernant le critère " analyse du projet ", soit la note la plus élevée attribuée à l'ensemble des soumissionnaires, et qu'à l'issue des entretiens réalisés le 27 avril 2021, avec l'ensemble des soumissionnaires, elle était également classée en première position, avec une note de 26,40 points sur 40, contre 25,72 pour la société attributaire, la modification des critères de sélection des offres en cours de procédure de passation, sans en informer les soumissionnaires, qui porte atteinte aux principes de transparence et d'égalité des candidats, a en l'espèce été de nature à léser la société requérante. A cet égard, la commune n'est pas fondée à faire valoir que la société requérante ne pourrait utilement se prévaloir de ce vice car elle ne justifierait pas d'un intérêt lésé en rapport direct avec ledit vice dès lors que son offre aurait dû être rejetée comme " irrégulière ", en ce qu'elle ne justifiait pas d'au moins trois ans d'expérience dans les domaines de la restauration ou de l'animation évènementielle, comme l'exigeait le règlement de la consultation valant cahier des charges, dès lors que d'une part, la notion d'offre " irrégulière ", propre aux procédures de passation des contrats de la commande publique, est étrangère à la procédure de sélection préalable litigieuse et que, d'autre part, le règlement de consultation ne mentionnait pas que le non-respect de cette exigence entraînerait nécessairement le rejet de l'offre du soumissionnaire.
En ce qui concerne les autres vices invoqués :
7. En premier lieu, la société requérante soutient que la procédure d'attribution du contrat litigieux est entachée d'un défaut d'impartialité dès lors que l'un des associés de la société Maxo Location FWI, où est domiciliée cette société, siège depuis 2020 au sein du conseil d'exploitation du golf de Saint-François. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ce membre du conseil d'exploitation, nommé par le conseil le conseil municipal, aurait siégé au sein de la commission ad hoc mise en œuvre pour examiner ou apprécier les offres des soumissionnaires ou qu'il aurait d'une quelconque manière pris part au processus décisionnel ayant abouti au choix, par le maire de la commune de Saint-François, de la société Maxo Location FWI. En outre, la signature de la convention litigieuse par l'épouse de ce membre du conseil d'exploitation du golf, qui est la gérante de la société, ne saurait davantage caractériser une méconnaissance de l'obligation d'impartialité applicable à la procédure de sélection en cause. Enfin, la plainte pénale déposée par le gérant de la société requérante à l'encontre du maire de la commune de Saint-François pour favoritisme et prise illégale d'intérêt, qui n'a au jour du présent jugement pas abouti à une condamnation pénale, ne saurait caractériser un tel manque d'impartialité. Dès lors, ce moyen doit, en l'état du dossier soumis au tribunal, être écarté.
8. En deuxième lieu, la société requérante soutient que la procédure de sélection litigieuse est entachée d'un vice dès lors que la société Maxo Location FWI, attributaire de la convention, n'avait aucune expérience dans le milieu de la restauration ou de l'animation évènementielle, alors que le règlement de la consultation valant cahier des charges exigeait une expérience significative des candidats dans le milieu de la restauration ou dans celui de l'animation évènementielle. La société requérante soutient notamment que les statuts de la société attributaire ont été modifiés en février 2022, ajoutant la mention " services traiteur " à son objet. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société Maxo Location FWI exerce depuis juin 2011 une activité dans le secteur de l'animation évènementielle et plus précisément " toutes activités de soutien aux spectacles vivants pour la valorisation de l'environnement et du patrimoine culturel ". Dès lors, ce moyen doit être écarté.
9. En troisième lieu, si la requérante se prévaut d'une part d'une différence entre les surfaces d'exploitation figurant dans le règlement de la consultation et celles octroyées temporairement à la société attributaire de la convention, et d'autre part de ce que l'exploitant effectif du domaine public ne serait pas la société Maxo Location FWI mais par une de ses filiales, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les conséquences du vice retenu :
10. Lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, il appartient au juge du contrat d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés. Dans ce cadre, la circonstance que le marché en cause soit arrivé à son terme et que les travaux prévus soient achevés n'est pas de nature à priver d'objet une mesure d'annulation.
11. En premier lieu, eu égard à sa nature, le vice retenu au point 6 du présent jugement, n'est pas régularisable.
12. En deuxième lieu, l'illégalité précité n'affecte ni le consentement de la personne publique, ni le bien-fondé de la prestation, et en l'état de l'instruction, ne révèlent notamment pas une volonté de la personne publique de favoriser un candidat. Ces irrégularités ne justifient dès lors pas, en l'espèce, que soit prononcée l'annulation, même partielle, immédiate ou différée, du contrat.
13. En troisième lieu, la convention litigieuse a été conclue pour une durée de trois ans à compter du 3 août 2022, avec une possibilité de renouvellement pour une période maximale de cinq ans. Ainsi, elle n'a pas été entièrement exécutée. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que la résiliation de cette convention d'occupation domaniale porterait une atteinte excessive à l'intérêt général. Dès lors, il y a lieu d'en prononcer la résiliation avec effet immédiat.
Sur les conclusions indemnitaires :
14. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".
15. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
16. Ainsi que le soutient la commune de Saint-François, la société requérante n'établit pas lui avoir adressé de demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la procédure de sélection préalable à l'attribution de la convention litigieuse. Dès lors, en l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision de la commune de Saint-François rejetant une telle demande, les conclusions indemnitaires de la société Caribbean Street Food sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune doit être accueillie.
Sur les frais liés au litige :
17. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Caribbean Street Food, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de Saint-François et la société Maxo Location FWI demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
18. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-François une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Caribbean Street Food et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La convention d'occupation du domaine public signé le 3 août 2022 entre la commune de Saint-François et la société Maxo Location FWI pour l'exploitation du bar-restaurant et l'animation du club house du golf de Saint-François est résiliée sans délai.
Article 2 : La commune de Saint-François versera à la société Caribbean Street Food la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-François et par la société Maxo Location FWI au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Caribbean Street Food, à la commune de Saint-François et à la société à responsabilité limitée Maxo Location FWI.
Copie en sera adressée au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Nadège Mahé, présidente,
- Mme Hélène Bentolila, conseillère
- Mme Kenza Bakhta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
H. BENTOLILALa présidente,
Signé
N. MAHE
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
L'adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026