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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201094

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201094

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Vincent Horeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 10 août 2022 rejetant sa demande indemnitaire préalable et sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) de condamner le ministre de l'intérieur et des outre-mer à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices ainsi que la somme de 10 000 euros au titre de son indemnité de mobilité ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui octroyer la protection fonctionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité : son traitement du mois de septembre 2020 ne lui a pas été versé, ce qui a eu pour conséquence de le mettre dans une situation financière difficile ; il a perçu le supplément familial de traitement et l'indemnité de changement de résidence avec plusieurs mois de retard ; l'indemnité temporaire de mobilité ne lui a pas été versée alors qu'il avait droit d'en bénéficier ;

- l'administration a manqué à son devoir de protection en ne sanctionnant pas le gendarme auteur de menaces et insultes à son égard ;

- il a subi des préjudices qu'il évalue à 20 000 euros.

Une mise en demeure a été adressée le 9 mai 2023 au ministre de l'intérieur.

Par ordonnance du 4 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2024.

Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n°89-271 du 12 avril 1989 ;

- le décret du 17 avril 2008 portant créant d'une indemnité temporaire de mobilité ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biodore,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique principal en poste de la préfecture de Police affecté à Paris, a sollicité son détachement pour convenances personnelles le 19 mai 2020. Il a émis trois choix à savoir : Papeete, Argenteuil et la Guyane. L'intéressé a finalement accepté la proposition qui lui a été faite d'être détaché au sein du commandement de gendarmerie de la Guadeloupe sur l'emploi de mécanicien automobile de l'annexe du centre de soutien automobile de Saint-Martin. Par courrier du 8 juin 2022, M. B a formé une demande préalable auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il a subis au sein de son service d'affectation. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur cette demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet et de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité de ses décisions et du manquement à son obligation de protection.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite qui rejette la demande préalable de M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande tendant à l'indemnisation des préjudices que ce dernier estimait avoir subis à raison de ses conditions de travail. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité :

S'agissant des griefs pour les erreurs commises dans sa rémunération :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires désormais codifié à l'article L.712-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération comprenant : 1° Le traitement / 2° L'indemnité de résidence ;/ 3° Le supplément familial de traitement ; /4° Les primes et indemnités instituées par une disposition législative ou réglementaire ".

4. En premier lieu et en l'espèce, M. B soutient que son premier traitement lui a été versé tardivement, ce qui l'a laissé dans une situation financière compliquée. S'il n'est pas contesté que le requérant n'a pas été payé à la fin du mois septembre 2020 et qu'il a perçu un acompte à compter du 10 octobre 2020, il résulte toutefois de l'instruction que, dès l'instant où l'intéressé a alerté sa hiérarchie, celle-ci l'a dirigée vers l'assistante sociale afin qu'un secours financier lui soit attribué rapidement. Par ailleurs, si le requérant invoque un nouveau retard de versement de son traitement de septembre 2021, aussi dommageable soit-il, sa situation a, là aussi, été traitée rapidement par l'administration puisque dans son courriel du 28 octobre 2021, adressé à son chef, il indique " vous êtes intervenu pour un versement d'un acompte sur mon salaire de septembre 2021 et sans cette intervention, le SATPN avait prévu de me verser cet acompte le 27 octobre 2021 ". Ainsi, en réagissant promptement pour permettre à M. B d'obtenir son traitement, l'administration n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'absence de paiement du supplément familial de traitement pendant cinq mois à compter du mois de septembre 2021 est dû à un changement dans la situation administrative de l'intéressé qui a été intégré au sein de la gendarmerie de Guadeloupe à compter du 1er septembre 2021. Le requérant, qui a interrogé la direction régionale des finances publiques de la Martinique au sujet du retard pris dans le versement de son traitement, a été informé que son " compte avait été clôturé le 31 août 2021 pour fin de détachement ". Si M. B impute cette erreur à son service gestionnaire, à savoir le service administratif et technique de la police nationale, les échanges électroniques qu'il produits ne permettent pas d'établir que tel est le cas. Ainsi, dans une réponse du 15 février 2022, il est indiqué que " la prise en charge a bien été faite par le gestionnaire et elle est rejetée pour la troisième fois ". La responsabilité de l'administration ne peut donc être engagée de ce fait, eu égard aux diligences accomplies.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 du décret n°89-271 du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de changements de résidence des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre : " L'agent a droit à la prise en charge de ses frais de changement de résidence dans les cas ci-après : 1. Lorsque le changement de résidence est rendu nécessaire : () d) Par une nomination : (..) -soit à un emploi conduisant à pension d'une administration de l'Etat qui est normalement pourvu par voie de détachement prévu à l'article 14 (1°) du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat et à certaines modalités de cessation définitive de fonctions, lorsque le détachement est le principal mode de recrutement de cet emploi ". L'article 23 dispose : " La prise en charge des frais de changement de résidence décrits aux articles 19-I, 20, 21 et 22 ci-dessus comporte : 1° La prise en charge des frais de transport des personnes dans les conditions prévues au titre IV du présent décret ; / 2° L'attribution d'une indemnité forfaitaire de transport de bagages ou de changement de résidence dans les conditions prévues aux articles 26 et 27 ci-dessous. / La prise en charge des frais de changement de résidence est limitée au parcours compris entre l'ancienne et la nouvelle résidence, la distance orthodromique de ce parcours étant fixée par arrêté conjoint du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique ".

7. Si M. B fait grief à l'administration de lui avoir versé sa prime de changement de résidence avec un retard de six mois, il n'apporte aucune pièce de nature à établir ses allégations. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de son administration pour ce prétendu retard.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 1 du décret du 17 avril 2008 portant créant d'une indemnité temporaire de mobilité : " Dans les administrations de l'Etat () une indemnité temporaire de mobilité peut être accordée, dans le cadre d'une mobilité fonctionnelle ou géographique, aux fonctionnaires et aux agents non titulaires de droit public recrutés pour une durée indéterminée et régis par le décret du 17 janvier 1986 susvisé. " ; que l'article 2 du même décret dispose que : " L'indemnité est attribuée à la double condition de l'exercice réel d'une mobilité décidée à la demande de l'administration et de l'existence d'une difficulté particulière à pourvoir un emploi. Le ou les emplois susceptibles de donner lieu à l'attribution d'une indemnité temporaire de mobilité sont déterminés par arrêté du ministre intéressé. Cet arrêté fixe également la période de référence pour le versement de l'indemnité dans la limite de six années, sans que cette période puisse être inférieure à trois ans ".

9. En l'espèce, le requérant soutient que si l'administration lui a proposé l'emploi de mécanicien automobile au sein de l'annexe du centre de soutien automobile de Saint-Martin alors qu'il ne l'avait pas demandé dans ses vœux, " c'est parce qu'il existait une difficulté particulière à le pourvoir et qu'il était donc ouvert au versement de l'indemnité temporaire de mobilité ". Toutefois, ses allégations ne sont corroborées par aucun élément du dossier notamment note de service, circulaire permettant d'établir si son poste ouvrait droit à l'indemnité temporaire de mobilité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui versant pas cette indemnité temporaire.

S'agissant du manquement de l'administration à son obligation de protection :

10. Aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article 23 de la même loi : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ".

11. Les dispositions précitées établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Si la protection résultant de ces dispositions n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

12. En l'espèce, M. B fait valoir qu'il a fait l'objet de menaces et insultes de la part d'un collègue qui s'en serait également pris à ses enfants. Toutefois, le requérant qui indique avoir été reçu par sa hiérarchie le 14 décembre 2021 afin d'évoquer ces faits, n'établit pas avoir formulé une demande de protection fonctionnelle auprès de son administration préalablement à sa demande indemnitaire préalable du 8 juin 2022. Il résulte de l'instruction que les faits relatés traduisent des relations de travail conflictuelles entre M. B et son collègue mis en cause. Toutefois, s'ils mettent en exergue leurs mauvaises relations de travail, ils ne présentent pas un degré de gravité suffisant pour justifier l'octroi de la protection fonctionnelle. Par suite, il ne produit pas d'éléments de faits suffisants permettant de démontrer l'existence d'une faute commise par l'administration en s'abstenant de prendre des mesures destinées à sa protection.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration n'ayant commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'État, les conclusions à fin d'indemnisation de M. B, et celles tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui accorder la protection fonctionnelle doivent être rejetées.

Sur les frais relatifs au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

V. BIODORE

Le président,

Signé

S. GOUÈS La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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