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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201096

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201096

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique
Avocat requérantMATHURIN KANCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 5 octobre, 7 novembre 2022, 4 mai, 16 octobre, 28 décembre 2023, 30 avril, 1er et 2 mai 2024, M. B C, représenté par Me Mathurin-Kancel, doit être regardé comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Guadeloupe a rejeté son recours de contestation du bien-fondé relatif à l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 785 euros mis à sa charge pour la période des mois de septembre 2019 à mai 2020 ;

2°) subsidiairement, de lui accorder la remise gracieuse de dette de 1 785 euros, correspondant au trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période précitée et de le décharger du paiement de la somme de 1 785 euros ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Guadeloupe la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation de Me Marthurin-Kancel au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- à la suite d'un courrier du 18 août 2021 de la caisse d'allocations familiales, l'avisant d'anomalies sur sa situation, il a précisé, par lettre du 18 octobre 2021, qu'il a déclaré, en sa qualité d'auto-entrepreneur, un chiffre d'affaires et non des revenus, en produisant les documents fiscaux ; un chiffre d'affaires n'est pas un revenu puisqu'il faut déduire les achats de matériaux, les frais de déplacements et autres dépenses ; son revenu fiscal de référence est de 1 377 euros pour 2019, soit 114,75 euros par mois tandis que son chiffre d'affaires brut annuel s'élève à 4 750 euros ;

- il a reçu un courrier le 3 juin 2022 de la caisse d'allocations familiales lui indiquant qu'il était en suspicion de fraude, courrier auquel il a répondu par lettre recommandée du 18 juillet 2022 pour contester cette décision ;

- le conseil départemental lui a répondu le 2 août 2022 que la dette de 1 785 euros est relative à la mise à jour de ses ressources liées à son activité de travailleur indépendant ;

- cette situation l'affecte particulièrement car il n'a en aucun cas fraudé et ses frais fixes mensuels s'élèvent à 619 euros (loyer, assurance, téléphone), auxquels s'ajoutent les autres dépenses, dont celles alimentaires, de déplacements notamment ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a jamais demandé à bénéficier d'une remise de dette et ne reconnaît pas celle-ci ; il a effectué ses déclarations trimestrielles de revenus conformément aux demandes de l'organisme social, notamment par dépôt dans la boîte aux lettres de la caisse d'allocations familiales ; s'étant aperçu d'une dette sur son espace personnel, il a contesté le bien-fondé de cette dette ne disposant pas de revenus incompatibles au versement du revenu de solidarité active et ayant effectué ses déclarations trimestrielles de ressources ; la Caisse ne conteste pas avoir régulièrement reçu les déclarations et ne peut valablement faire valoir une suspicion de fraude dans la mesure où le recours effectué par le requérant ne constituait pas une demande de remise de dette mais bien une contestation du bien-fondé de la dette ;

- la décision litigieuse est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'il a, d'une part, effectué ses déclarations trimestrielles de ressources sur la période concernée et, d'autre part, produit des justificatifs, notamment fiscaux, à la Caisse, qui ne peut dire ne pas avoir eu connaissance des revenus de M. C ; au surplus, il était loisible à la Caisse de demander communication des revenus de l'intéressé auprès des services fiscaux ; au regard des déclarations de M. C, le trop-perçu n'est en conséquence pas fondé ;

- si le caractère frauduleux était admis, s'opposant à la remise gracieuse, il appert que ses revenus ne lui permettent pas de rembourser la somme qui lui est réclamée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le conseil départemental de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le 13 août 2021, la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe a notifié à M. C un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 785 euros pour la période des mois de septembre 2019 à mai 2020 ; l'intéressé a sollicité la remise gracieuse de cette dette, qui a fait l'objet d'un rejet ;

- l'indu, mis à la charge du requérant, trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part dans le cadre d'un contrôle en ne déclarant pas l'intégralité des revenus non-salariés (ou revenu d'auto-entrepreneur) dans ses déclarations trimestrielles pour l'année 2019 ; s'il se borne à préciser le calcul appliqué par l'administration fiscale pour le montant de ses revenus, il ne produit aucune explication quant à l'absence de déclaration de ses revenus ; ceci explique que la caisse d'allocations familiales, qui a été induite en erreur pour le calcul de l'allocation à verser à M. C, a retenu une fraude à l'allocation ;

- le requérant, qui doit être débouté de ses demandes, doit se rapprocher de la Caisse pour convenir d'un échéancier adapté à sa capacité de remboursement.

La requête a été communiquée, le 31 octobre 2022, à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin, qui a produit, les 22 et 23 avril 2024, sans mémoire, des pièces complémentaires.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des impôts ;

- le décret n° 2018-324 du 3 mai 2018 portant revalorisation du montant forfaitaire du revenu de solidarité active ;

- le décret n° 2019-400 du 2 mai 2019 portant revalorisation du montant forfaitaire du revenu de solidarité active ;

- le décret n° 2020-490 du 29 avril 2020 portant revalorisation du montant forfaitaire du revenu de solidarité active ;

- le code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision n° 2023/001070 du bureau d'aide juridictionnelle du 27 novembre 2023.

Le président du Tribunal a désigné M. Sabatier-Raffin, par une décision du 6 septembre 2022, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sabatier-Raffin,

- les observations orales de Me Mathurin-Kancel, conseil de M. C, et celles de ce dernier ;

- et les observations orales de Mme A, représentant le conseil départemental de Guadeloupe, et les observations de Mme D, représentant la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, auto-entrepreneur et actuellement à la retraite depuis le mois de décembre 2022, a formé un recours par courrier du 18 octobre 2021 et complété par celui du 18 juillet 2022, afin de contester l'indu mis à sa charge ainsi que bénéficier d'une remise de dette. Par une décision du 2 août 2022, le président du conseil départemental de la Guadeloupe a rejeté sa contestation du bien-fondé de l'indu mis à sa charge au titre du revenu de solidarité active d'un montant de 1 785 euros pour la période de septembre 2019 à mai 2020. Par la présente requête, M. C demande au Tribunal l'annulation de cette décision et, subsidiairement, de lui accorder la remise gracieuse de la dette de 1 785 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

2. En application de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : "Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ().". Cette allocation a pour objet de porter les ressources du foyer au niveau de ce montant. Le deuxième alinéa de l'article L. 262-3 de ce code dispose que : "L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / ().". L'article R. 262-6 du même code précise que : "Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant dans ce chapitre du code, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.". Il ressort des décrets du 3 mai 2018, du 2 mai 2019 que le montant forfaitaire mensuel du revenu de solidarité active pour un allocataire a été porté à 550,93 euros à compter du mois d'avril 2018, à 559,74 euros à compter du mois d'avril 2019 et à 564,78 euros à compter du mois d'avril 2020.

3. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : "Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (). / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration.". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : "Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments.". Et aux termes du I de l'article R. 262-7 dudit code : "Le montant dû au foyer bénéficiaire du revenu de solidarité active est égal à la moyenne des montants intermédiaires calculés pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit.". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

4. Selon l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : "Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels. / Par dérogation à l'alinéa précédent, pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale et pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 382-1 du même code bénéficiant du régime prévu à l'article 102 ter du code général des impôts, le calcul prévu à l'article R. 262-7 du présent code prend en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision en lui appliquant, selon les activités exercées, les taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. / Le calcul prévu à l'alinéa précédent est également applicable aux travailleurs indépendants qui en font la demande, dès lors que le chiffre d'affaires des douze derniers mois n'excède pas, selon la nature de l'activité exercée, les montants fixés aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts, et sous réserve d'un accord du président du conseil départemental. / Cette demande peut être faite à tout moment et est valable pour les trimestres de l'année civile en cours dont le chiffre d'affaires trimestriel déclaré n'excède pas, selon la nature de l'activité exercée, le quart des montants fixés aux mêmes articles. Elle est tacitement reconduite sauf demande contraire du bénéficiaire. / ().". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 262-23 du même code dispose que : "Selon les modalités prévues aux articles R. 262-18 à R. 262-22, le président du conseil départemental arrête l'évaluation des revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. A cet effet, il tient compte, soit à son initiative, soit à la demande de l'intéressé, des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé.". Aux termes de l'article R. 262-24 dudit code : "En l'absence de déclaration ou d'imposition d'une ou plusieurs activités non salariées, le président du conseil départemental évalue le revenu au vu de l'ensemble des éléments d'appréciation fournis par le demandeur.". Et aux termes de l'article 50-0 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'espèce : "1. Sont soumises au régime défini au présent article pour l'imposition de leurs bénéfices les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation au cours de l'année de référence, n'excède pas, l'année civile précédente ou la pénultième année : / 1° 170 000 € s'il s'agit d'entreprises dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place ou de fournir le logement, à l'exclusion de la location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés, autres que ceux mentionnés aux 2° et 3° du III de l'article 1407 ; / 2° 70 000 € s'il s'agit d'autres entreprises. / Lorsque l'activité d'une entreprise se rattache aux deux catégories définies aux 1° et 2°, le régime défini au présent article n'est applicable que si le chiffre d'affaires hors taxes global de l'entreprise respecte la limite mentionnée au 1° et si le chiffre d'affaires hors taxes afférent aux activités de la catégorie mentionnée au 2° respecte la limite mentionnée au même 2°. / Le résultat imposable, avant prise en compte des plus ou moins-values provenant de la cession des biens affectés à l'exploitation, est égal au montant du chiffre d'affaires hors taxes diminué d'un abattement de 71 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la catégorie mentionnée au 1° et d'un abattement de 50 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la catégorie mentionnée au 2°. Ces abattements ne peuvent être inférieurs à 305 €. / Les plus ou moins-values mentionnées au cinquième alinéa sont déterminées et imposées dans les conditions prévues aux articles 39 duodecies à 39 quindecies, sous réserve des dispositions de l'article 151 septies. Pour l'application de la phrase précédente, les abattements mentionnés au cinquième alinéa sont réputés tenir compte des amortissements pratiqués selon le mode linéaire. / Les seuils mentionnés aux 1° et 2° sont actualisés tous les trois ans dans la même proportion que l'évolution triennale de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu et arrondis à la centaine d'euros la plus proche. / ().".

5. Il résulte des dispositions mentionnées précédemment que, pour les travailleurs indépendants prétendant à l'allocation du revenu de solidarité active, sont prises en compte toutes les ressources ayant le caractère de revenus professionnels tirés d'une activité salariée ou non salariée ou qui en tiennent lieu, de quelque nature qu'elles soient. La détermination des ressources ayant le caractère de revenus professionnels et les modalités d'évaluation de ces ressources ont été fixées par voie réglementaire. En ce qui concerne l'évaluation des revenus professionnels des travailleurs indépendants, celle-ci est réalisée au vu du dernier chiffre d'affaires annuel connu qui ne doit pas excéder les articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. C'est sur la base de ce chiffre d'affaires et des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé que le président du conseil départemental doit arrêter l'évaluation des revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. Ainsi, pour arrêter les revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active, lorsqu'il s'agit de bénéfices industriels et commerciaux ou non commerciaux, le président du conseil départemental doit, en cas de déclaration ou d'imposition, se référer aux bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, auxquels s'ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels, et sans tenir compte des déficits catégoriels et des moins-values subis au cours de l'année de référence ainsi que des déficits constatés au cours des années antérieures. Il peut également tenir compte de tout autre élément relatif aux revenus professionnels de l'intéressé, dans le but notamment de mieux appréhender la grande variété des situations des travailleurs indépendants et de procéder à une meilleure approximation des revenus perçus par ceux-ci à la date à laquelle ils bénéficient du revenu de solidarité active. Il en va de même pour le demandeur qui, compte tenu du montant de son chiffre d'affaires, a opté pour le régime d'auto-entrepreneur.

6. Par ailleurs, il résulte de l'application des dispositions précédentes que l'intégralité des ressources de la personne bénéficiaire du revenu de solidarité active doit être prise en compte pour la détermination de ses droits. S'agissant d'un auto-entrepreneur, comme en l'espèce, les ressources professionnelles se voient appliquer le même régime d'abattement fiscale et, en cas de perception de revenus industriels et commerciaux, une réfaction forfaitaire de 71 % ou de 50 % selon la catégorie d'entreprises est appliquée à ces revenus. Ainsi, l'auto-entrepreneur, entrant dans le champ d'application du dispositif du revenu de solidarité active, doit mentionner le chiffre d'affaires ainsi calculé dans la rubrique de la déclaration trimestrielle de ressources adressée à la caisse d'allocations familiales compétente consacrée aux revenus non-salariés auquel est appliquée l'une des réfactions forfaitaires précitées lorsqu'il s'agit de bénéfices industriels et commerciaux.

7. Enfin, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

8. Il résulte de l'instruction que M. C, bénéficiaire du revenu de solidarité active, et exerçant en qualité d'auto-entrepreneur, soutient avoir déclaré son chiffre d'affaires et non des revenus. Les déclarations de ressources trimestrielles de M. C pour les mois de mars à décembre 2019 et de janvier à février 2020, produites par la caisse d'allocations familiales, établissent que l'intéressé n'a perçu, au titre des revenus non-salariés (chiffre d'affaires brut), que 850 euros en avril 2019, 450 euros en juillet 2019 et 380 euros en janvier 2020, sans disposer d'aucune autre ressource. Ainsi, sur le plan fiscal, en 2019, pour sa déclaration de revenus au titre des professions non-salariées, il a mentionné le montant de 4 750 euros, soit, après l'application de l'abattement de 71 %, un revenu fiscal de référence de 1 377 euros, qui, pour l'intéressé, correspond à la déduction des achats de matériaux, des frais de déplacements et autres dépenses. Selon le courrier en date du 18 août 2021 de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe, l'indu de 1 785 euros en litige trouve son origine dans la circonstance que M. C n'aurait pas déclaré l'intégralité de ses revenus non-salariés (ou revenu d'auto-entrepreneur) dans ses déclarations trimestrielles pour la période de janvier à décembre 2019, bien que la Caisse d'allocations familiales ait produit finalement les déclarations de ressources trimestrielles de l'intéressé, ainsi qu'il a été dit. Pour la Caisse, la différence apparaît entre le montant des revenus non-salariés annuels de M. C et les revenus non-salariés indiqués dans ses déclarations trimestrielles pour l'année 2019. Par son recours du 18 octobre 2021, M. C a confirmé avoir déclaré son chiffre d'affaires en contestant ainsi le bien-fondé de l'indu mis à sa charge et sollicité la remise de sa dette. Dans ses conclusions, à l'appui de sa requête et de ses mémoires complémentaires, le requérant a également contesté le bien-fondé de l'indu et formulé la remise de dette. La Caisse l'a informé, par lettre du 3 juin 2022, qu'il était en suspicion de fraude et que son recours administratif était transmis au conseil départemental de la Guadeloupe. Le 18 juillet 2022, M. C a complété, par lettre, ses observations au Conseil départemental, qui les a rejetées au motif que "la dette est la mise à jour de vos ressources trimestrielles liées à votre activité de travailleur indépendant.". Dans ses écritures, le département de la Guadeloupe fait valoir que, M. C n'ayant pas déclaré l'ensemble de ses revenus, la caisse d'allocations familiales a été induite en erreur pour le calcul de l'allocation de revenu de solidarité active à lui verser. Or, afin de démontrer la différence relevée, ni la Caisse, ni le Conseil départemental ne produisent le montant des revenus non-salariés annuels de M. C et les revenus non-salariés indiqués dans ses déclarations trimestrielles pour l'année 2019 pour invoquer leurs allégations de fraude, ne permettant pas ainsi au juge d'apprécier cette différence de montant. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter le caractère frauduleux relevé par l'administration, et non établi, à l'encontre de M. C pour l'année 2019.

9. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites dans le cadre de l'instance, que l'activité de M. C a généré un revenu imposable de 1 377 euros en 2019, soit 114,75 euros par mois, dont le montant ouvrait droit pour l'intéressé au revenu de solidarité active dès lors qu'il apparaît que ses ressources ne dépassaient pas le plafond mensuel forfaitaire fixé par les décrets susvisés pour la période concernée. Pour expliquer l'omission de déclaration de l'intégralité de ses ressources, que lui reproche l'administration, et bien que la déclaration de ressources trimestrielles des mois de mars à mai 2020 ne soit pas produite, alors que le requérant a précisé, lors des débats à l'audience, avoir toujours déposé ses déclarations, celui-ci a déclaré ses ressources, notamment son chiffre d'affaires, tandis que l'administration fait valoir que la situation de M. C fait apparaître un indu de dette de 1 785 euros sans justifier ce montant, notamment les revenus retenus pour l'établissement de cet indu, le mode de calcul et la base juridique. Par suite, le moyen tiré de l'absence de bien-fondé de l'indu soulevé par le requérant doit être retenu.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours et confirmé l'indu de 1 785 euros mis à sa charge au titre du revenu de solidarité active.

En ce qui concerne la remise de dette :

11. Alors qu'il est constant, en l'espèce, ainsi qu'il vient d'être dit précédemment, qu'aucune manœuvre frauduleuse ne soit caractérisée de la part du requérant, ni que le bien-fondé de l'indu mis à sa charge soit établi, il résulte de l'instruction que M. C justifie entre environ 557 euros et 619 euros de dépenses pour son loyer et son assurance voiture, auxquels s'ajoutent d'autres frais, non évalués, mais, liés, notamment, à son alimentation, à son téléphone. Il est actuellement à la retraite et perçoit, pour l'ensemble de ses pensions du régime général et complémentaire, un montant total de 754,52 euros à la date du mois de janvier 2024, dont 468,93 euros au titre de sa retraite personnelle. Dans ces conditions, la situation financière du requérant et sa bonne foi, qui ne sont pas contestées, justifient que lui soit accordée la remise totale de sa dette de 1 785 euros et qu'il soit, en conséquence, déchargé de payer cette somme.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C doit être déchargé de l'obligation de payer la somme de 1 785 euros. Il est enjoint, par voie de conséquence, à l'administration de rembourser cette somme au requérant dans le cas où elle l'aurait déjà prélevée ou récupérée, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Il résulte des dispositions combinées des articles 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante le versement d'une somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait pas bénéficié de cette aide, à charge pour l'avocat, qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme, qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mathurin-Kancel, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de la Guadeloupe le versement à cet avocat de la somme de 1 300 euros en application desdites dispositions.

D E C I D E

Article 1er : La décision du 2 août 2022, par laquelle le président du conseil départemental a rejeté le recours du 18 octobre 2021 de M. C contestant le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active de 1 785,00 euros mis à sa charge pour la période des mois de septembre 2019 à mai 2020, est annulée.

Article 2 : La remise totale de la dette de 1 785,00 euros est accordée à M. C, qui est déchargé de l'obligation de payer cette somme.

Article 3 : Il y a lieu d'enjoindre au conseil départemental de rembourser la somme de 1 785,00 euros à M. C dans le cas où elle aurait déjà été prélevée ou récupérée, et ce dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le conseil départemental de la Guadeloupe versera à Me Mathurin-Kancel une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mathurin-Kancel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au conseil départemental de la Guadeloupe.

Copie, pour information, en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. Sabatier-RaffinLa greffière,

Signé

N. Ismaël

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités et à la ministre déléguée chargée de l'Enfance, de la Jeunesse et des Familles, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cetol

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