jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2201139 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 octobre 2022, le 14 et le 21 juin 2024, la société ERIVAM ENR, représentée par Me Gerbet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de cotisations sociales auxquelles elle a été assujettie et la diminution du déficit reportable au titre de l'exercice clos en 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière ;
' d'une part, le service vérificateur était territorialement incompétent dès lors qu'elle n'exerce plus d'activité en Guadeloupe depuis juin 2016 et l'assujettissement à la CFE, ni l'existence d'un pli portant la mention " pli avisé et non réclamé ", ni les mentions du service des impôts de Guadeloupe sur les liasses fiscales ne sauraient attester du contraire ;
elle n'a pas pu assister à la réunion de synthèse ce qui l'a privée d'une garantie ;
la vérification de comptabilité a duré 10 mois, ce qui méconnaît l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
il n'est pas établi que le service vérificateur l'a mise en demeure de déposer les déclarations CA3 de TVA pour la période allant du 1er janvier au 31 juillet 2019 ;
la motivation de la proposition de rectification est insuffisante ;
- à titre subsidiaire, sur le bienfondé des impositions litigieuses :
en ce qui concerne le rehaussement d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2017, la charge de C3S, d'un montant de 41 379 euros, n'aurait pas dû être réintégrée dès lors qu'elle avait déjà été réintégrée fiscalement l'année de sa dotation ; sa dette à l'égard de la société Glory Sky Entreprise holdings Limited, résultant d'un contrat international, n'était pas soumise à la prescription quinquennale du droit français ;
la provision pour créances impayées, d'un montant de 12 551 515 euros, n'aurait pas dû être réintégrée dès lors qu'elle restait probable ;
' en ce qui concerne le rehaussement des contributions sociales au titre de l'année 2017, elle le conteste par voie de conséquence de la contestation du rehaussement d'impôt sur les sociétés au titre de cette même année ;
- en conséquence de la contestation des rehaussements opérés en matière d'impôt sur les sociétés, le déficit reportable doit être augmenté ;
- elle conteste l'application des intérêts de retard.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 janvier 2023, le 18 juin et le 9 juillet 2024, l'administratrice générale des finances publiques et directrice de la direction du contrôle fiscale sud-est outre-mer conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle soutient que :
- la société a fait l'objet d'un dégrèvement de 58 407 euros au titre de la contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 à laquelle elle n'avait pas à être assujettie ;
- le service vérificateur était territorialement compétent dès lors que la société requérante avait une adresse en Guadeloupe à la date de l'envoi de l'avis de vérification, qu'elle est assujettie à la cotisation foncière des entreprises pour l'établissement exploité en Guadeloupe, qu'elle n'avait pas informé l'administration du changement du lieu principal d'exploitation et que l'établissement sis en Guadeloupe figure au répertoire SIRENE ; en tout état de cause, l'erreur du contribuable dans le lieu de souscription d'une déclaration emporte la compétence du service recevant cette déclaration ;
- la circonstance qu'aucune réunion de synthèse n'ait eu lieu n'entache pas la procédure d'irrégularité dès lors que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire a été offerte au représentant de la société requérante ;
- le délai de la vérification de comptabilité était suspendu jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables ;
- la procédure de taxation d'office a été régulièrement mise en œuvre s'agissant des rappels de TVA dès lors que le défaut de dépôt des déclarations CA3 sur la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2019 était rappelé dans le courrier de proposition de rectification ; à titre subsidiaire, aucune imposition supplémentaire n'était réclamée à ce tire, le service ayant simplement constaté que la société requérante était déchue de son droit à remboursement des sommes de 11 478 et 2 874 euros ;
- la proposition de rectification est suffisamment motivée ; en tout état de cause, le moyen est inopérant ;
- la dette de la charge de la C3S de l'année 2010 était prescrite et devait être extournée par la constatation d'un produit ; le passif était injustifié au 1er janvier 2017 ;
- la société requérante ne produit pas le contrat conclu avec la société GLORY ; elle était répertoriée au répertoire SIRENE et disposait d'un numéro de TVA en France ; elle a été dissoute le 12 juin 2015 ce qui est de nature à faire présumer un abandon de sa créance et la société requérante n'a produit aucun document permettant de renverser cette présomption ; les dettes n'étaient pas justifiées et ne pouvaient être maintenues au passif de l'exercice clos en 2017 ;
- les créances clients au titre de l'exercice 2017 étaient prescrites en application de l'article L. 110-4 du code de commerce et étaient ainsi irrécouvrables ; le rehaussement de la provision pour ces créances a été compensée par la déduction de la perte à hauteur du même montant ;
- il résulte de tout ce qui précède que le bénéfice imposable s'établit à 2 432 717 euros ;
- le déficit restant à reporter au 31 décembre 2016 s'élevait à 14 031 503 euros ;
- les rehaussements étant bien fondés, les intérêts de retard doivent être maintenus.
Par ordonnance du 25 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société ERIVAM ENR, qui exerce principalement une activité de commercialisation et d'installation de panneaux solaires, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au 31 juillet 2019, aux termes de laquelle elle a été assujettie, selon la procédure contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et aux pénalités correspondantes pour un montant, en droits et pénalités, de 2 578 680 euros, et à des cotisations supplémentaires de contribution sociale de cet impôt pour un montant, en droits et pénalités, de 58 407 euros, au titre de l'exercice clos 2017. Par une réclamation du 28 janvier 2022, elle a contesté les rehaussements mis à sa charge qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 17 août 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision en date du 12 janvier 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur de la direction générale des finances publiques sud-est outre-mer a prononcé le dégrèvement total, en droits et pénalités, de la contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017, pour un montant de 58 407 euros. Par suite, les conclusions de la requête de la société requérante sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition
3. En premier lieu, aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts (CGI) : " I. Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des impôts appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. / () II. Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer les attributions que ces dispositions leur confèrent à l'égard des personnes physiques ou morales () qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial du service déconcentré ou du service à compétence nationale dans lequel ils sont affectés une déclaration, un acte ou tout autre document (). " Aux termes de l'article 218 A du CGI : " 1. L'impôt sur les sociétés est établi au lieu du principal établissement de la personne morale. / Toutefois, l'administration peut désigner comme lieu d'imposition : / soit celui où est assurée la direction effective de la société ; / soit celui de son siège social. () " Aux termes du a. l'article 32 de l'annexe IV à ce code : " Sous réserve des dispositions propres aux entreprises étrangères qui n'ont pas d'établissement en France et des dérogations prévues à l'article 33, les déclarations prescrites par l'article 286 et le 1 de l'article 287 du code général des impôts doivent être souscrites par les redevables de la taxe sur la valeur ajoutée pour l'ensemble des opérations qu'ils réalisent autres que les importations et les opérations visées au 2° du 3 du I de l'article 257 du code général des impôts auprès du service des impôts auquel doit parvenir leur déclaration de bénéfice ou de revenu. " Il résulte de ces dispositions que la compétence territoriale des agents chargés de la vérification comptable d'une entreprise industrielle et commerciale est déterminée par le lieu du siège de l'entreprise ou le lieu de sa direction effective. Aucune des deux localisations n'étant prioritaire par rapport à l'autre, une entreprise dont le siège est distinct de sa direction effective est régulièrement vérifiée par les agents dans le ressort desquels se trouve ledit établissement.
4. La société requérante conteste la régularité de la procédure d'imposition au motif que la brigade régionale de vérification des Abymes n'était pas territorialement compétente pour contrôler les exercices clos en 2016 et 2017 dès lors que son siège social se situe 218, rue du général Leclerc à Rosny-sous-Bois (93110) depuis le 6 juillet 2016. Toutefois, tout d'abord, en se bornant à soutenir que ce changement de siège social apparaît sur le site internet infogreffe.fr, elle ne verse aucune pièce de nature à établir que la société aurait établi sa direction effective dans ce local. En outre, il résulte des liasses fiscales de la société relatives aux exercices clos en 2016 et en 2017 que celles-ci ont été déposées à Baie-Mahault le 18 décembre 2018. Enfin, il n'est pas contesté que la société n'a pas informé l'administration fiscale du changement de son siège social, ni le service vérificateur à la réception de l'avis de vérification de comptabilité. Dans ces conditions, et malgré l'emplacement à Rosny-sous-Bois du siège social de la société, c'est à bon droit que l'administration a considéré que la direction effective de la société se situait, au titre des années en litige, à Baie-Mahault et que la société devait déposer au service des impôts de la commune ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée. Il en résulte que le vérificateur, inspecteur des finances publiques de la brigade régionale de vérification des Abymes, qui dépendait de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer, était territorialement compétent pour procéder à la vérification de comptabilité de la société requérante et lui notifier les redressements correspondants.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. " Le contribuable faisant l'objet d'une vérification de comptabilité ne doit pas, sous peine d'irrégularité de la procédure, être privé de la possibilité d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur. La vérification de comptabilité consiste à procéder au contrôle sur place de la sincérité des déclarations fiscales souscrites par une entreprise par comparaison avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont le vérificateur prend alors connaissance et dont, le cas échéant, il peut remettre en cause l'exactitude. Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat soit avec les mandataires sociaux, soit avec leurs conseils, préposés ou mandataires de droit ou de fait.
6. En l'espèce, il est constant que la société requérante a donné mandat de suivi des opérations de contrôle à M. A, expert-comptable, et que l'ensemble des opérations de vérification se sont déroulées du 23 décembre 2019 au 26 octobre 2020 au cabinet d'expertise-comptable du mandataire à Baie-Mahault, où se trouvaient les documents comptables de la société. Si la société requérante soutient qu'elle a dénoncé ledit mandat le 5 octobre 2020 et sollicité l'organisation d'une réunion de synthèse en hexagone sans succès, il est constant que le service vérificateur a proposé un rendez-vous téléphonique puis plusieurs dates pour l'organisation d'une réunion de synthèse en Guadeloupe. Si la société requérante soutient que les dates proposées lui laissaient moins de sept jours pour organiser sa venue en Guadeloupe en pleine pandémie de la covid-19 et qu'elle n'a ainsi pu être présente à cette réunion mais n'a à aucun moment manifesté le souhait de renoncer à cette réunion, elle ne démontre pas, eu égard à ce qui a été dit, que le vérificateur se serait refusé à tout échange de vues avec elle. Par suite, le moyen tiré de l'absence de débat oral et contradictoire avec le vérificateur doit être écarté.
7. En troisième lieu, le premier alinéa du I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales prévoit que : " Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. " Selon l'article L. 52 de ce livre, dans sa version applicable au litige : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ; () Les dispositions des trois premiers alinéas sont valables dans les cas où un même vérificateur contrôle à la fois l'assiette de plusieurs catégories différentes d'impôts ou de taxes. () / III. - En cas de mise en œuvre du I de l'article L. 47 A, le délai de trois mois prévu au I du présent article est suspendu jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables à l'administration ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la vérification sur place des livres et documents mentionnée à l'article L. 52 débute à la date à laquelle le vérificateur commence à contrôler sur place la sincérité des déclarations fiscales et se trouve suspendue, dans le cas de remise incomplète des écritures comptables, jusqu'au jour de la remise complète des documents comptables informatisés de l'entreprise vérifiée.
8. En l'espèce, il est constant que la vérification de comptabilité dont la société requérante a fait l'objet concernait la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au 31 juillet 2019. Par ailleurs, il est constant que, la comptabilité de la requérante étant informatisée, le délai de trois mois, prévu par les dispositions précitées de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, était suspendu jusqu'à la remise complète des fichiers des écritures comptables à l'administration. Il résulte de l'instruction que le 6 février 2020, le service vérificateur a accusé réception des fichiers des écritures comptables (FEC) relatifs aux exercices clos en 2016, 2017 et 2018, mais n'a pas reçu le fichier de l'exercice clos en 2019. Ainsi, le délai de trois mois, prévu par les dispositions précitées est resté suspendu en l'absence de réception de la totalité des FEC de la période contrôlée et n'était, par conséquent, pas expiré à la date de la dernière intervention sur place le 26 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la vérification de comptabilité a excédé le délai de trois mois, prévu par l'article L. 52 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ".
10. En l'espèce, la société requérante ne peut utilement soutenir que la procédure de taxation d'office au terme de laquelle le service lui a notifié des rappels de TVA pour la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2019 est irrégulière en ce qu'elle n'a pas reçu de mise en demeure de déposer ses déclarations CA3, dès lors que l'administration fiscale, après avoir constaté le défaut de dépôt de ces déclarations dans le délai légal, n'était pas tenue de lui adresser une telle mise en demeure avant d'engager à son encontre la procédure de taxation d'office, en application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales.
11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. " Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. " Il résulte des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales qu'une proposition de rectification, pour être régulière, doit comporter la désignation de l'impôt et, le cas échéant, de la catégorie de revenus concernés, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs de fait et de droit sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. Elle doit également comporter le mode de calcul des rectifications qui reposent sur la reconstitution de données exogènes au contribuable. En revanche, la régularité de la proposition de rectification ne dépend pas du bien-fondé des motifs énoncés.
12. En l'espèce, à supposer que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 4 novembre 2020 soit soulevé, il résulte de l'instruction que ladite proposition de rectification indique la nature de l'impôt concerné, les années d'imposition en cause, le montant des rectifications envisagées ainsi que les textes applicables. Elle énonce les éléments de droit et de fait sur lesquels l'administration s'est fondée pour considérer qu'en l'absence de justificatifs, le revenu imposable était revu à la hausse pour l'année 2017. La circonstance que le service vérificateur n'apporte pas la preuve que la société requérante a été mise en demeure de déposer des déclarations CA3 de TVA, alors au demeurant qu'il résulte de ce qui a été dit au point 10 qu'il n'en avait pas l'obligation, est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de la proposition de rectification. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions litigieuses
13. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ". La société ERIVAM ENR n'ayant pas présenté d'observations dans le délai de trente jours suivant la proposition de rectification relative à son impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017, celle-ci supporte, en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'exagération des impositions qu'elle conteste.
14. En premier lieu, si la société requérante soutient que la charge résultant de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), d'un montant de 41 379 euros, n'aurait pas dû être comptabilisée comme un produit dès lors qu'elle avait déjà été réintégrée fiscalement l'année de sa dotation, en 2010, elle ne verse aucune pièce au dossier permettant d'établir la réalité de cette allégation. En tout état de cause, il n'est pas contesté que la dette relative à cette charge était prescrite et ne pouvait plus figurer au passif du bilan de la requérante. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré une dette fournisseur d'un montant de 13 913 616 euros dans le revenu imposable de la société requérante. Cette dernière, à qui la charge de la preuve incombe, conteste cette rectification en soutenant que ladite dette découlait d'un contrat soumis au droit international et n'était pas prescrite. Toutefois, elle ne produit aucun autre élément permettant d'apprécier la réalité et le montant de cette dette et ne justifie ainsi pas du bien-fondé de l'inscription de celle-ci au passif de son bilan au cours de l'exercice clos en 2017.
16. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () " Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent, en outre, comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'enfin, elles se rattachent par un lien direct aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.
17. En l'espèce, il est constant que le service vérificateur a réintégré une provision pour créances douteuses constituée sur des créances client, d'un montant de 12 551 515 euros, dans le revenu imposable de la société requérante dès lors que le non-paiement de ces créances était devenu certain et que la perte des sommes correspondantes aurait dû être définitivement constatée depuis 2011. Si cette dernière conteste cette rectification en soutenant que le non-paiement de ces créances restait probable, elle ne produit aucun élément permettant d'apprécier la probabilité du risque de perte de ces créances à la clôture de l'exercice 2017 et ne justifie ainsi pas du bien-fondé de l'inscription de la provision en cause au passif de son bilan.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à contester la diminution du déficit reportable opérée par le service vérificateur.
En ce qui concerne les pénalités
19. Il résulte de ce qui précède que la procédure d'imposition dont la société ERIVAM ENR a fait l'objet est régulière et que les impositions supplémentaires mises à sa charge sont bien fondées. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les intérêts de retard mis à sa charge en raison de ces impositions devraient être déchargées par voie de conséquence.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société ERIVAM ENR tendant à la décharge de la contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 pour un montant de 58 407 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société ERIVAM ENR est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société ERIVAM ENR et à l'administratrice générale des finances publiques et directrice de la direction du contrôle fiscale sud-est outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Biodore, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIER
Le président,
Signé
S. GOUÈS La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Chef,
Signé
M-L CORNEILLE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026