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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201142

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201142

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 18 octobre 2022 et le 23 octobre 2023, Mme C A, épouse D, et M. B D, représentés par Me Hircau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) avant dire droit, de solliciter l'accord des parties et d'ordonner une médiation sur le fondement de l'article L. 213-7 du code de justice administrative ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision refusant la transaction sollicitée sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales ;

3°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques de Guadeloupe de conclure une transaction sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales, pour l'atténuation des majorations de 40 % et 100 % prévues aux articles 1728, 1729 et 1732 du code général des impôts auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017 ;

4°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015.

Dans le dernier état de leurs écritures, ils soutiennent que :

- la méthode de calcul utilisée pour la reconstitution de ses bénéfices non commerciaux au titre des années 2013, 2014 et 2015 est excessivement sommaire ;

- le montant de ses bénéfices non commerciaux au titre des années 2013, 2014 et 2015, évalués d'office par l'administration, est erroné ;

- ils ont droit à la conclusion d'une transaction atténuant les majorations fiscales mises à leur charge, sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par les époux D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 novembre 2023 à 12:00.

Par courrier du 4 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions injonctives en annulation relatives au refus de transaction sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales en l'absence de toute décision de refus de transaction prise par l'administration fiscale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouès,

- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public.

Le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, épouse D, qui exerce la profession d'infirmière libérale, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 10 juin 2016 au 27 juillet 2016, aux termes de laquelle son foyer fiscal a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2013, 2014 et 2015 ainsi qu'à des majorations de 40 % et 100 % pour les années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017, lesquelles ont été mises en recouvrement les 30 septembre 2017, 31 janvier 2018 et 31 janvier 2019. Par courriers du 19 décembre 2017 et du 5 août 2021, les époux D ont déposé deux réclamations contre la mise à sa charge de ces cotisations supplémentaires et pénalités, lesquelles ont été implicitement rejetées par l'administration fiscale. Par la présente requête, ils demandent la décharge de ces cotisations supplémentaires et de ces pénalités.

Sur la demande de médiation :

2. Aux termes de l'article L. 213-1 du code de justice administrative : " La médiation () s'entend de tout processus structuré, quelle qu'en soit la dénomination, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l'aide d'un tiers, le médiateur, choisi par elles ou désigné, avec leur accord, par la juridiction. ". Aux termes de l'article L. 213-7 de ce code : " Lorsqu'un tribunal administratif ou une cour administrative d'appel est saisi d'un litige, le président de la formation de jugement peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci ".

3. Par courrier du 20 octobre 2022, les parties à l'instance ont été invitées par le tribunal à recourir à une médiation. Par une lettre du 24 novembre 2022, enregistrée le 15 mars 2023, les requérants ont donné leur accord pour la médiation proposée, à laquelle le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe n'a toutefois pas donné suite dans ses écritures du 23 mars 2023. En l'absence de son accord, la médiation sollicitée ne peut être ordonnée. Dès lors irrecevables, les conclusions aux fins de médiation des époux D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : () 3° Par voie de transaction, une atténuation d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent ne sont pas définitives () ".

5. La demande d'un contribuable tendant à obtenir le bénéfice d'une transaction en sa faveur sur le fondement des dispositions précitées relève de la juridiction gracieuse et peut être soumise à la juridiction administrative sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision du directeur rejetant une demande de transaction. Néanmoins, il n'appartient pas au juge de l'impôt d'intervenir auprès de l'administration pour que la remise gracieuse sollicitée soit accordée. Or, faute d'une telle décision, ces conclusions à fin d'annulation sont irrecevables.

6. En l'espèce, les requérants doivent être regardés comme demandant à ce qu'il soit fait application des dispositions susvisées s'agissant des majorations de 40 % et de 100 % auxquelles leur foyer fiscal a été assujetti en application des articles 1728, 1729 et 1732 du code général des impôts. Si, dans la réclamation du 5 août 2021, les requérants sollicitaient auprès de l'administration fiscale une mesure de bienveillance pour l'obtention d'une remise gracieuse de ces pénalités, ils n'ont pas expressément demandé l'organisation d'une transaction. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant la demande de transaction des époux D sont dirigées contre une décision inexistante et ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence. Par suite, les conclusions des requérants tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration fiscale de conclure une transaction sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin de décharge :

7. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. / () ". Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable, à qui incombe la charge de prouver l'exagération de l'évaluation administrative, peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, soit, de soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la direction régionale des finances publiques a procédé à une vérification de comptabilité des comptes de Mme A pour les années 2013, 2014 et 2015. Or, faute de pouvoir rencontrer la contribuable malgré l'envoi de plusieurs avis de vérification, de lettres de mise en garde, d'appels téléphoniques et de visites, elle a procédé à une évaluation d'office des bases d'imposition sur le fondement de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, dont la régularité n'est d'ailleurs pas contestée par les requérants. D'une part, pour contester la méthode d'évaluation de ses bénéfices non commerciaux utilisée par l'administration fiscale, les requérants soutiennent qu'elle est excessivement sommaire. Toutefois, pour évaluer d'office les bénéfices non commerciaux de Mme A au titre de son activité d'infirmière libérale, l'administration fiscale s'est fondée sur les recettes répertoriées dans les relevés SNIR de la requérante pour les années 2013, 2014 et 2015 desquelles elle a déduit un taux forfaitaire de charge déterminé selon le taux moyen appliqué par des confrères exerçant dans la même région et le respect, par la requérante, de ses obligations tenant au paiement de ses cotisations sociales. Par suite, les requérants ne peuvent soutenir que la reconstitution de ses bénéfices non commerciaux a été opérée au moyen d'une méthode excessivement sommaire. D'autre part, s'ils soutiennent que les déclarations au titre des années 2013, 2014 et 2015, déposées le 19 décembre 2017, ont été établies par des professionnels de l'expertise comptable, ils ne versent au dossier qu'un tableau récapitulatif des relevés bancaires de Mme A dépourvu de toute valeur probante. En tout état de cause, le contribuable ne peut se borner à produire une comptabilité reconstituée à une date postérieure aux opérations de contrôle pour démontrer l'exagération des évaluations effectuées par l'administration. Par suite, les époux D ne définissent pas une méthode d'évaluation présentant une plus grande précision que celle primitivement utilisée par l'administration fiscale.

9. Il résulte de ce qui précède que les époux D ne sont pas fondés à demander des décharges d'impôt sur le revenu auquel leur foyer fiscal a été assujetti au titre des années 2013, 2014 et 2015 à la suite des mises en recouvrement des 30 septembre 2017, 31 janvier 2018 et 31 janvier 2019. Par suite, leur requête ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des époux D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, épouse D, à M. B D et au directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

S. GOUÈS

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. SABATIER

La greffière,

Signé

N. ISMAËLLa République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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