mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2201161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique |
| Avocat requérant | MATHURIN KANCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 octobre 2022, 27 juillet et 28 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Mathurin-Kancel, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022, par laquelle le président du conseil départemental de la Guadeloupe a rejeté sa demande tendant à une remise gracieuse, ensemble la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales a suspendu son revenu de solidarité active ;
2°) de lui accorder la remise totale de sa dette constituée par un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 6 910,35 euros mis à sa charge au titre de la période du 1er juin 2019 au 31 janvier 2021 ;
3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation et de statuer sur sa remise gracieuse.
Elle soutient que :
- sur la recevabilité de la remise gracieuse, la caisse d'allocations familiales lui a demandé le 18 janvier 2021 de lui transmettre la copie de notification d'attribution de sa pension de retraite pour l'année 2017, qui a été transmis le 28 janvier 2021 via son espace personnel ; elle a cru à un retard de versement de son allocation et a constaté la suspension du versement de son revenu de solidarité active ; ce n'est qu'au cours d'un rendez-vous le 26 avril 2021 qu'elle a été informée de l'existence de sa dette ; elle a formulé, par un courrier du 4 mai 2021, soit dans le délai contentieux, une demande de remise ; par une réponse du 8 juillet 2022, sans pour autant démontrer lui avoir notifié une quelconque décision de suspension de droits ou de couvrement d'indu, pas plus qu'elle aurait été en mesure de connaître les voies et délais de recours ouverts contre les décisions contestées, le conseil départemental ne lui donnait pas une suite favorable ; dès lors, il convient d'accueillir sa demande faite dans le délai de recours contentieux ;
- elle a perçu le revenu de solidarité active ainsi que le versement de sa pension de retraite équivalente au montant de ce revenu ;
- cette omission est une simple erreur de sa part et non une volonté de tromper l'administration, car la tierce personne, qui effectue les démarches pour elle, a oublié la pension de réversion de 486,49 euros qu'elle perçoit et la prime de revenu de solidarité active pour le mois de décembre 2020 ;
- elle n'a pas été avertie qu'un tel cumul n'était pas possible et surtout que l'anomalie constatée par la caisse d'allocations familiales ne lui ait pas été signalée le plus rapidement possible pour ne pas laisser l'indu augmenté excessivement ;
- elle est dans l'impossibilité de rembourser la somme qui lui est demandée car elle ne dispose que la pension de réversion de son défunt époux, avec laquelle elle doit vivre, subvenir à ses besoins et payer ses factures ;
- sur l'erreur de droit, dans son mémoire en défense, le conseil départemental indique ne pouvoir faire droit à la demande de la requérante en raison du caractère frauduleux de la déclaration de revenus de la requérante ; cependant le rejet de ce recours gracieux ayant abouti au présent contentieux résulte d'un moyen unique opposé par le conseil départemental dans son courrier du 8 août 2022, et fondé sur l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, le conseil départemental ne saurait relever utilement, devant la juridiction de céans, un moyen tiré du caractère frauduleux de sa déclaration de revenus, pour rejeter sa demande de la requérante ;
- sur l'erreur manifeste d'appréciation, et si la juridiction venait à accueillir le moyen tiré du caractère frauduleux de la déclaration de revenus, il appert qu'elle souffre d'illettrisme numérique et qu'elle n'effectue pas ses déclarations de revenus, seule ;
- au regard de l'illégalité des décisions de la Caisse et du conseil départemental, il est demandé d'enjoindre à l'administration de se prononcer sur sa remise gracieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le conseil départemental de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 910,35 euros pour la période de juin 2019 à janvier 2021 résulte de l'omission déclarative de Mme B, laquelle perçoit une pension de réversion équivalente au montant de ce revenu de solidarité ; la prise en compte de sa situation réelle ne lui permettait pas de bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active pour la période considérée ;
- Mme B ne peut se prévaloir de son recours à une tierce personne en raison de sa situation d'illettrisme et de son manque de connaissance pour effectuer des démarches en ligne concernant son obligation de déclarer sa pension de réversion dans la mesure où le formulaire de déclaration trimestrielle fait mention expressément d'indiquer toutes les ressources ;
- sur l'indu d'un montant de 2 867,85 euros pour la période de septembre 2018 à mai 2019, Mme B a indiqué avoir transmis les informations à son statut de retraité les 18 janvier 2021 et 30 mars 2022 ; cet indu résulte de la prise en considération de la pension de retraite depuis le 27 juin 2017 ;
- sur l'indu d'un montant de 497,50 euros pour les mois de février à mars 2022, la requérante doit en justifier les causes.
La requête a été communiquée, le 31 octobre 2022, à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin, qui n'a pas produit de mémoire.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Sabatier-Raffin, par une décision du 6 septembre 2022, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sabatier-Raffin,
- les observations de Me Mathurin-Kancel représentant Mme B ;
- et les observations des représentants du conseil départemental de Guadeloupe et de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 12 heures, soit à l'issue de l'audience publique, en application de l'article R. 777-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active, a été informée au mois d'avril 2021, lors d'un rendez-vous avec un conseiller de la caisse d'allocations familiales, qu'elle était redevable envers la Caisse de la somme de 7 935,72 euros, au motif de n'avoir pas déclaré toutes ses ressources. Le 4 mai 2021, elle a sollicité la remise gracieuse de cette somme. Par ailleurs, par un courrier du 29 mars 2022, la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe l'a informée qu'elle ne pouvait plus recevoir l'allocation de revenu de solidarité active. Le 21 avril 2022, elle a formé un recours administratif préalable obligatoire devant le président du conseil départemental. Le 8 juillet 2022, celui-ci lui a indiqué qu'elle était redevable d'un indu d'un montant de 6 910,35 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période de juin 2019 à janvier 2021 généré par la mise à jour administrative de son dossier à la suite de la prise en compte de l'allocation veuvage qu'elle a perçu. Par cette même décision ainsi que celles identiques des 8 août et 5 septembre 2022, en réponse à son recours administratif, le président du conseil départemental de la Guadeloupe a rejeté ses demandes de remise gracieuse. Par la présente requête, Mme B sollicite la remise totale de sa dette d'un montant de 6 910,35 euros et d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation en statuant sur sa demande de remise gracieuse.
2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : "Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ().". Le deuxième alinéa de l'article L. 262-3 de ce code dispose que : "L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat ().". L'article R. 262-6 du même code précise que : "Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant dans ce chapitre du code, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.". L'article R. 262-37 dudit code prévoit que : "Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments.". Enfin, aux termes de l'article L. 262-46 de ce même code, dans sa rédaction applicable au litige : "Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (). / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration.". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
4. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige trouve son origine dans l'absence de déclaration par Mme B, veuve depuis le 31 janvier 2017, de l'allocation veuvage ou de sa pension de réversion, qu'elle perçoit, dans ses déclarations trimestrielles de ressources au titre de la période courant du 1er juin 2019 au 31 janvier 2021. C'est à la suite de pièces produites par Mme B et de la mise à jour administrative de son dossier qu'a été relevé et révélé le montant de 486,49 euros relatif à sa pension de réversion. Pour expliquer cette omission, la requérante se borner à alléguer qu'elle ignorait que sa pension de réversion devait être déclarée, en se déchargeant sur une tierce personne pour sa déclaration trimestrielle, compte tenu de sa situation d'illettrisme et de son absence de maîtrise de démarches électroniques. Toutefois, ce moyen est inopérant. La circonstance qu'elle souffre également d'illettrisme numérique est tout aussi inopérant.
5. Cette omission déclarative s'est, par ailleurs, reproduite sur la période précitée alors que le formulaire de déclaration de ressources trimestrielles fait mention expressément, ainsi que le fait valoir le conseil départemental, de ces revenus à déclarer dans la rubrique dédiée du formulaire. Dans ces conditions, eu égard à la nature des ressources non déclarées et au caractère public d'attribution de la prestation en cause, Mme B ne peut être regardée comme ayant pu raisonnablement ignorer qu'elle était tenue de déclarer le montant de son allocation veuvage ou de sa pension de réversion. La réitération des omissions délibérément commises par la requérante dans l'exercice de ses obligations déclaratives constitue ainsi, en l'espèce, une fausse déclaration. Cette seule circonstance fait obstacle à ce qu'une remise de sa dette lui soit accordée, quelle que soit la précarité de sa situation financière.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que Mme B n'est pas fondée à demander la remise de sa dette d'un montant de 6 910,35 euros, résultant d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2019 au 31 janvier 2021, sous réserve, toutefois, des sommes déjà retenues ou versées.
D E C I D E
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au conseil départemental de la Guadeloupe.
Copie, pour information, en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023
Le magistrat désigné,
Signé
P. Sabatier-RaffinLa greffière,
Signé
N. Ismaël
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et à la ministre des Solidarités et des Familles, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. Cetol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026