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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201172

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201172

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 16 novembre 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2022 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales (CNRACL) a rejeté le recours gracieux formé par courriel le 10 octobre 2022 et a confirmé la somme due de 408,75 euros, prélevée pour un montant de 305,13 euros au mois de septembre 2022, et pour un solde de 103,62 euros au mois d'octobre au titre de cotisations non perçues au cours de la période du 1er janvier au 31 décembre 1982 ;

2°) d'enjoindre à la CNRACL de lui reverser la somme de 408.75 euros, correspondant au montant des retenues rétroactives de pension.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- La procédure de prélèvement est entachée d'un vice car les retenues sur sa pension ont été effectuées sans préavis ;

- Les sommes prélevées sur sa pension doivent lui être restituées car cette retenue est justifiée par une absence de cotisation qui n'est pas de son fait ;

- Elle dispose de peu de moyens pour payer la somme réclamée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations (CNRACL) conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal que la requête est irrecevable dès lors que, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, elle ne contient pas l'énoncé des conclusions et moyens soumis au tribunal ;

- à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à remettre en cause le bien-fondé de la créance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère.

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par le conseil général de la Guadeloupe en qualité d'auxiliaire de bureau à compter du 23 août 1977. Elle a été titularisée par un arrêté du conseil général de la Guadeloupe en date du 4 janvier 1983 à effet rétroactif à compter du 1er janvier 1982, puis a exercé son droit à la retraite à compter du 1er mars 2020. Alors qu'à partir de cette date elle était tenue d'être affiliée à la CNRACL, elle a continué à cotiser auprès du régime général de la sécurité sociale jusqu'au 1er janvier 1983. A la suite de la révision de sa pension en raison de l'absence de cette année de cotisation, la CNRACL a procédé à des retenues rétroactives d'un montant de 305,13 euros sur l'échéance de septembre 2022, et d'un solde de 103,62 euros sur celle d'octobre. Mme B a présenté un recours gracieux contre cette décision par courriel du 10 octobre 2022, que la CNRACL a rejeté par lettre du 18 octobre 2022. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ".

3. Mme B demande au tribunal que lui soit reversé l'intégralité des retenues rétroactives qui ont été prélevées sur sa pension. Elle peut être regardée, eu égard aux termes de sa requête, comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle la Caisse nationale de retraite a refusé de revenir sur les régularisations opérées rétroactivement par des prélèvements effectués pendant deux mois sur sa pension, ainsi que comme demandant qu'il soit enjoint à la caisse de lui reverser ces sommes.

4. Mme B explique dans sa requête " c'est en consultant le montant de ma retraite que je constate à mon grand étonnement et sans aucun préavis qu'il figure une diminution 305,13 euros et un reste de 103,62 euros à prélever ". Elle demande ensuite l'indulgence du tribunal sur les erreurs de cotisations qui ont pu avoir lieu au cours de l'année 1982 en expliquant que " l'anomalie n'émane point " d'elle et qu'elle ne " bénéficie pas d'une retraite excessive " alors qu'elle doit faire face à diverses charges. Elle peut donc également être regardée comme soulevant le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure faute d'avoir été informée des retenues à venir, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de faute commise de sa part et celui relatif aux difficultés financières auxquelles ces retenues l'exposent.

5. Par suite, le défendeur n'est pas fondé à soutenir que la requête de Mme B est irrecevable au visa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 355-4 du code de la sécurité sociale : " () Les caisses débitrices peuvent opérer d'office et sans formalité les retenues sur les arrérages des pensions, rentes et avantages accessoires pour le recouvrement des sommes payées indûment aux titulaires () ".

7. Mme B fait valoir que les sommes prélevées sur sa pension l'ont été sans aucun préavis. Cette affirmation est contestée par la CNRACL qui indique, sans en apporter la preuve, avoir transmis le 28 mai 2020 à la requérante un courrier l'informant de la révision de sa pension, ainsi qu'une facture précisant qu'elle était redevable de la somme de 408.75 euros. Toutefois en se bornant à soutenir que la somme lui a été prélevée sans préavis, sans invoquer au demeurant le fondement légal ou réglementaire de son argumentation, elle n'assorti pas ce moyen des précisions nécessaires pour en mesurer le bienfondé. Par suite le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er sont tenus de supporter une retenue déterminée dans les conditions prévues à l'article 3 du décret du 7 février 2007 susmentionné ". Aux termes de l'article 4 de ce même décret : " I. - Toute perception d'un traitement d'activité, au titre d'un emploi ou grade conduisant à pension du présent décret, soit

en qualité de titulaire, quelle que soit la position statutaire du fonctionnaire, soit en qualité de stagiaire, donne lieu à la retenue prévue à l'article précédent, y compris lorsque les services ainsi rémunérés ne sont pas de nature à être pris en compte pour la constitution du droit ou pour la liquidation d'une pension./ II. - Aucune pension ne peut être concédée si le versement de la retenue exigible n'a pas été effectué. ". Aux termes de l'article R. 355-4 du code de la sécurité sociale : " Les sommes retenues ne peuvent excéder la fraction saisissable, telle qu'elle résulte de l'application de l'article L. 355-2. ".

9. La CNRACL fait valoir qu'elle a été saisie le 13 décembre 2019 d'une demande de liquidation de pension au nom de Madame B. Lors de l'instruction du dossier, elle a constaté que du 1er janvier au 31 décembre 1982 les cotisations de la requérante n'ont pas été versées au régime spécial mais ont, à tort, été perçues par le régime général de la sécurité sociale (RGSS). Il ressort des pièces du dossier que la CNRACL a procédé à la régularisation de cette période auprès du RGSS mais qu'en raison d'un montant de cotisation plus élevé pratiqué par ce régime spécifique, Madame B restait redevable de la somme de 408.75 euros. Les moyens soulevés par la requérante relatifs à l'erreur manifeste d'appréciation et à sa situation financière sont inopérants dès lors que les retenues effectuées, qui sont légalement justifiées et que le montant prélevé mensuellement n'a pas excédé la fraction saisissable de sa pension.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision rendue le 18 octobre 2022 par la CNRACL.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la Caisse des dépôts et consignations en sa qualité de gestionnaire de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au Ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

N°220117

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