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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201176

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201176

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARMAND LIONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2022 et le 22 janvier 2024, la Société compagnie agricole du comté de Lohéac (CACL) " , représentée par la SCP Didier, Pinet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision née le 22 septembre 2022, par laquelle le maire de la commune de Sainte-Rose a implicitement rejeté sa tendant à ce que soit dressé un procès-verbal constatant la réalisation, sur la parcelle lui appartenant cadastrée section AB n°1000 située à Sainte-Rose, de travaux de constructions édifiés en infraction aux règles d'urbanisme par l'occupant sans titre de ce terrain°;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Rose de dresser ce procès-verbal dans un délai de quinze jours, sous une astreinte d'un montant de 300 euros par jour de retard';

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2'500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme dès lors que le maire était tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a eu connaissance de l'existence d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme dès lors que les travaux de construction et d'amélioration entrepris par M. C et ses héritiers sur la parcelle AB 1000 n'ont été précédés d'aucune autorisation d'urbanisme ni de demande d'autorisation.

Une mise en demeure a été adressée le 31 janvier 2024 à la commune de Sainte-Rose qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouès, président,

- et les conclusions de M. Sabatier-Raffin , rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre, reçue le 22 juillet 2022, la Société Compagnie Agricole du Comté de Lohéac (CACL) a demandé au maire de la commune de Sainte-Rose de dresser un procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme à l'encontre des M. B C et de M. A C, héritiers de M. D C en raison des constructions édifiées sans autorisation préalable sur la parcelle cadastrée section AB n° 1000, située à Sainte-Rose. En l'absence de réponse, la société Compagnie Agricole du Comté de Lohéac demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 22 septembre 2022.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, la commune de Sainte-Rose n'a produit aucun mémoire en défense. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête de Société compagnie agricole du comté de Lohéac (CACL). Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la société requérante. En outre, l'acquiescement aux faits est sans conséquence sur leur qualification juridique au regard des textes qui fondent la décision en litige et sur le contrôle, par le juge, de l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration.

4. Un procès-verbal d'infraction ou le refus de dresser un procès-verbal d'infraction constitue une décision prise au nom de l'Etat. Le maire de la commune de Sainte-Rose n'ayant pas produit de mémoire en défense à la suite de la mise en demeure qui lui a été adressée le 31 janvier 2022, elle est donc réputée avoir acquiescé aux faits exposés par la société requérante.

Sur l'existence de l'infraction :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 480-2 du même code : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () / Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux () ". Aux termes de l'article L. 480-4 de ce code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées.

7.Il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement du 28 avril 2023 que le tribunal judiciaire de Pointe à Pitre statuant en matière de baux ruraux saisi par la société CACL le 24 décembre 2021, a constaté que la société et M. D C étaient liés depuis le 1er octobre 1986 par un contrat de colonat paritaire converti de plein droit par la loi de modernisation agricole du 27 juillet 2010 en bail à ferme à la date du 28 janvier 2011. Ce contrat concerne la parcelle AB n°1000 d'une superficie de 1 ha, 00 a, 00 ca créée après plusieurs divisions cadastrales à partir de la parcelle AB 871. La construction et les travaux d'amélioration (ajout d'une terrasse, installation d'un toit en tôle sur une dalle de béton, travaux de peinture) entrepris par les consorts C après le décès de M. D C le 12 décembre 2020, d'une maison d'habitation au nord-est de la parcelle aux abords de la voie routière, sans autorisation du propriétaire constituent un abus de jouissance en ce qu'il est détourné de son usage le droit de jouissance qui était conféré au preneur. Le tribunal a en conséquence résilié le bail et ordonné l'expulsion de l'occupant.

8. En l'absence d'éléments contraires versés au dossier susceptibles d'établir que les travaux constatés auraient été réalisés à la suite d'une autorisation du propriétaire et d'une autorisation d'urbanisme la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Sainte-Rose était tenu en conséquence de dresser un procès-verbal d'infraction concernant la construction d'une habitation sans droit ni titre. Il s'ensuit que la société requérante est fondée à soutenir que la décision implicite du maire de Sainte-Rose refusant d'établir un procès-verbal d'infraction, en application des articles L. 480-1 du code de l'urbanisme, est entachée d'une erreur de droit.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Conformément à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, l'exécution du présent jugement implique d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Rose, agissant au nom de l'Etat, ou en cas de carence de ce dernier, au préfet de la Guadeloupe, de faire dresser un procès-verbal des infractions liées à la construction d'une construction d'habitation et de transmettre ledit procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Basse-Terre dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sainte-Rose la somme de 1 200 euros à verser à la société Compagnie agricole du Comté de Lohéac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du maire de la commune de Sainte-Rose en date du 22 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Sainte-Rose, ou en cas de carence de ce dernier au préfet de la Guadeloupe, de faire dresser un procès-verbal des infractions liées à la construction d'une maison d'habitation et de transmettre ledit procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Basse-Terre dans un délai de deux mois à compter la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Société Compagnie agricole du Comté de Lohéac et à la commune de Sainte-Rose.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 , à laquelle siégeaient :

M. Gouès , président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. BIODORE

Le président,

signé

S. GOUÈS

La greffière,

signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE LA GUADELOUPE

__________

SARL Compagnie agricole du Comté de Lohéac

___________

Ordonnance du 20 décembre 2024

___________

Rectification d'erreur matérielle

___________

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le président du tribunal,

Vu la procédure suivante :

Par une lettre, enregistrée le 4 octobre 2024, la SARL Compagnie agricole du Comté de Lohéac, représentée par Me Pinet, demande au tribunal de procéder à la rectification de deux erreurs matérielles figurant dans le jugement n° 2201176, rendu le 30 septembre 2024.

Vu le jugement n° 2201176 du 30 septembre 2024.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 741-11 du code de justice administrative : " () Lorsqu'une partie signale au président du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel l'existence d'une erreur ou d'une omission matérielle entachant une décision, et lui demande d'user des pouvoirs définis au premier alinéa, cette demande est, sauf dans le cas mentionné au deuxième alinéa, sans influence sur le cours du délai d'appel ou de recours en cassation ouvert contre cette décision. ".

2. Le jugement susvisé est entaché d'une erreur matérielle en ce qu'il a omis de préciser dans son dispositif que la somme de 1 200 euros était mise à la charge de la commune de Sainte-Rose conformément à ce qu'il est écrit en son paragraphe 11. Il y a lieu, par suite, de rectifier cette erreur matérielle en complétant le dispositif de ce jugement par un article 2 bis ainsi rédigé : " La commune de Sainte-Rose versera la somme de 1 200 euros à la Sarl Compagnie agricole du Comté de Lohéac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. "

3. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, c'est bien à la commune de Sainte-Rose qu'il revient de lui verser ladite somme, comme le jugement tend à le démontrer compte tenu de la décision attaquée. Par suite, c'est sans commettre d'erreur matérielle sur ce point que le jugement a été rendu.

O R D O N N E :

Article 1er : Le dispositif du jugement n° 2201176 du 30 septembre 2024 est complété comme suit par l'article 2 bis suivant :

" Article 2 bis : La commune de Sainte-Rose versera la somme de 1 200 euros à la Sarl Compagnie agricole du Comté de Lohéac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. "

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la Sarl Compagnie agricole du Comté de Lohéac et la commune de Sainte-Rose.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Guadeloupe.

Fait à Basse-Terre, le 20 décembre 2024.

Le président,

Signé :

S. GOUÈS

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

Signé :

M-L Corneille

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