vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2201224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 novembre 2022 et 18 mai 2023, la société civile immobilière (SCI) Saint-Yves 2, représentée par Me Cordoliani, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de la décharger, à titre principal, de l'impôt sur les sociétés pour un montant de 312 534 euros, en droits et en pénalités confondus, au titre de l'exercice clos de 2017 ;
2°) de prononcer la déduction du montant de 27 135 euros en matière de TVA et de prononcer l'imputation de ces droits à déduction sur le montant des rappels de TVA mis en recouvrement à raison de 46 402 euros et de la décharger de cette somme de 27 135 euros ;
3°) de prononcer, à titre subsidiaire, les décharges, qui s'imposent au vu des factures et justificatifs présentés, à hauteur de montant de 404 312 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur le régime imposable, elle aurait dû bénéficier du régime d'exemption de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés prévue par l'article 239 ter du code général des impôts ;
- sur la mise en œuvre de la procédure de taxation d'office, celle-ci est irrégulière dès lors que l'administration fiscale ne l'a pas mise en demeure de déposer sa déclaration ;
- elle a été privée de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- le bénéfice déterminé par le service fiscal est exagéré car les charges, pour lesquelles des justificatifs ont été présentés, n'ont pas été retenues sur la détermination du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés de l'exercice 2017 ;
- le rappel de la TVA ne tient pas compte de la TVA déductible mentionnée sur les factures qu'elle a présentées ;
- le bénéfice déclaré tardivement ne peut être considéré comme distribué au nom de M. A B, gérant, dans la mesure où il se trouve inscrit au passif du bilan.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe conclut à ce qu'il ne soit pas statué à concurrence des dégrèvements prononcés et au rejet du surplus de la requête de la SCI Saint-Yves 2.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sabatier-Raffin,
- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public,
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Du 21 janvier au 6 mai 2021, la SCI Saint-Yves 2, située à Baie-Mahault, qui exerce une activité d'administration et de gestion de biens mobiliers et immobiliers, dont la location de logements, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, qui a porté sur l'exercice 2017. Par une proposition de rectification n° 3924 du 25 mai 2021, la SCI Saint-Yves 2 a été informée des modifications envisagées et, par un courrier du 28 juin 2021, elle a formulé des observations auxquelles le service a répondu par lettre du 19 juillet 2021, avec avis de réception du 22 juillet suivant. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement par un avis du 30 septembre 2021 (AR du 8/10/2021) pour un montant total de 312 534 euros (241 624 € en droits et pénalités au titre de l'impôt sur les sociétés + 54 383 € en droits et pénalités pour la TVA + 16 527 € au titre de l'ensemble des pénalités). Par courrier du 23 mai 2022, la SCI Saint-Yves 2 a contesté la cotisation supplémentaire à l'impôt sur les sociétés et le rappel de TVA mis à sa charge. Par une décision du 3 octobre 2022, Ia direction régionale des finances publiques de la Guadeloupe a rejeté la demande de Ia société Saint-Yves 2. Celle-ci, par la présente requête, demande au Tribunal de la décharger, à titre principal, de l'impôt sur les sociétés pour un montant de 312 534 euros, en droits et en pénalités confondus, au titre de l'exercice clos de 2017, de prononcer la déduction du montant de 27 135 euros en matière de TVA et l'imputation de ces droits à déduction sur le montant des rappels de TVA mis en recouvrement à raison de 46 402 euros ainsi que de la décharger de cette somme de 27 135 euros et, enfin, à titre subsidiaire, de prononcer les décharges, qui s'imposent au vu des factures et justificatifs présentés, à hauteur du montant de 404 312 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que le litige porte sur la somme totale de 296 007 euros, soit, d'une part, 241 624 euros en droits (165 269 €) et pénalités (76 355 €) au titre de l'impôt sur les sociétés et, d'autre part, 54 383 euros en droits (46 402 €) et pénalités (7 981 €) au titre de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Toutefois, au titre de l'exercice 2017, l'administration fiscale fait valoir, dans son mémoire en défense, qu'elle a prononcé des dégrèvements en matière d'impôt sur les sociétés et de TVA. Par un courrier du 4 mai 2023 à la SCI Saint-Yves 2, postérieurement à l'introduction de la requête, enregistrée au greffe du Tribunal, le 7 novembre 2022, le Pôle Gestion Fiscale a fait droit partiellement à la demande de la société requérante, en prononçant un dégrèvement total de 81 932 euros, soit 54 535 euros en droits et pénalités pour l'impôt sur les sociétés et 27 397 euros en droits et pénalités au titre de la TVA. En conséquence, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de la SCI Saint-Yves 2 à hauteur des dégrèvements ainsi prononcés. Par suite, le litige sur les sommes laissées à la charge de la société contribuable porte sur le montant total de 214 074 euros (296 006 € - 81 932 €), réparti à 187 088 euros pour l'impôt sur les sociétés (127 967 € en droits + 59 121 € en pénalités) et à 26 986 euros au titre de la TVA (23 025 € en droits + 3 961 € en pénalités) pour l'année 2017. Les conclusions de la SCI Saint-Yves 2 aux fins de décharge de ces impositions sont désormais dépourvues d'objet à due concurrence. Il n'y a donc pas lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé.
Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge de l'impôt sur les sociétés :
En ce qui concerne le principe de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés :
3. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts, relatif aux sociétés et collectivités imposables : "(). / 2. Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt, même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au 1, si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 [du CGI]. / ().". Aux termes de l'article 34 du même code : "Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. / ().". Aux termes de l'article 35 dudit code : "I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / 1o Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles, des fonds de commerce, des actions ou parts de sociétés immobilières ou qui, habituellement, souscrivent, en vue de les revendre, des actions ou parts créées ou émises par les mêmes sociétés; / 1o bis Personnes qui, à titre habituel, achètent des biens immeubles, en vue d'édifier un ou plusieurs bâtiments et de les vendre en bloc ou par locaux ; 2o Personnes se livrant à des opérations d'intermédiaire pour l'achat, la souscription ou la vente des biens visés au 1o; / 3o Personnes qui procèdent à la cession d'un terrain divisé en lots destinés à être construits lorsque le terrain a été acquis à cet effet; / () ; / 4o Personnes bénéficiaires d'une promesse unilatérale de vente portant sur un immeuble qui est vendu par fractions ou par lots à la diligence de ces personnes; / 5o Personnes qui donnent en location un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation, que la location comprenne, ou non, tout ou partie des éléments incorporels du fonds de commerce ou d'industrie; / 5o bis Personnes qui donnent en location directe ou indirecte des locaux d'habitation meublés; / ().". Et aux termes de l'article 239 ter du code général des impôts, relatif au régime fiscal des sociétés civiles ayant pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente : "I. - Les dispositions du 2 de l'article 206 ne sont pas applicables aux sociétés civiles créées après l'entrée en vigueur de la loi no 64-1278 du 23 décembre 1964 et qui ont pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente, à la condition que ces sociétés ne soient pas constituées sous la forme de sociétés par actions ou à responsabilité limitée et que leurs statuts prévoient la responsabilité indéfinie des associés en ce qui concerne le passif social. / Les sociétés civiles visées au premier alinéa sont soumises au même régime que les sociétés en nom collectif effectuant les mêmes opérations ; leurs associés sont imposés dans les mêmes conditions que les membres de ces dernières sociétés. / II. - Les dispositions du I sont également applicables : / 1o Aux sociétés civiles ayant pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente, qui ont été créées avant la date de publication de la loi no 64-1278 du 23 décembre 1964 mais n'ont procédé, avant cette date, à aucune vente d'immeuble ou de fraction d'immeuble ; / 2o Aux sociétés civiles ayant pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente qui sont issues de la transformation de sociétés en nom collectif ayant le même objet, ou de sociétés visées à l'article 1655 ter sous réserve qu'elles soient en mesure de justifier que, jusqu'à la date de la transformation inclusivement, elles n'ont consenti aucune vente d'immeuble ou de fraction d'immeuble et qu'aucune de leurs parts ou actions n'a été cédée à titre onéreux à une personne autre qu'un associé initial. / ().". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une société civile exerçant, notamment, l'une des activités visées à l'article 35 du code général des impôts est en principe assujettie à l'impôt sur les sociétés, sauf à ce que, sous les conditions prévues à l'article 239 ter de ce code, elle ait pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente. Ce régime dérogatoire s'applique aux sociétés civiles qui, tout en remplissant les conditions exigées par ces dispositions, ne se livrent pas effectivement, en plus des opérations de construction-vente et réserve faite, le cas échéant, des opérations accessoires à cette activité, à d'autres opérations qui, si elles étaient effectuées isolément, auraient pour conséquence la soumission de ces sociétés à l'impôt sur les sociétés en application des dispositions combinées des articles 206 et 35 du code général des impôts. Ainsi, les dispositions précitées du I de l'article 239 ter du code général des impôts limitent l'exemption d'impôt sur les sociétés qu'elles instituent au profit des sociétés civiles qui ont pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente et qui réalisent de telles opérations.
4. En l'espèce, la SCI Saint-Yves 2 se prévaut du régime d'exemption de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés institué par l'article 239 ter du code général des impôts pour contester son imposition sur les sociétés, en soutenant, d'une part, qu'elle aurait dû être soumise au même régime que les sociétés en nom collectif, dont les associés sont soumis à l'impôt sur le revenu et, d'autre part, que la motivation de l'administration était insuffisante pour justifier qu'elle relevait de l'impôt sur les sociétés. Toutefois, pour se prévaloir du dispositif dérogatoire institué par l'article 239 ter du code précité, les sociétés civiles doivent satisfaire deux conditions, l'une formelle consistant à mentionner l'activité de construction en vue de la vente, l'autre de fond tenant à la nature concrète des activités auxquelles se livre la société. Il résulte de l'instruction que la SCI Saint-Yves 2 a pour objet social la location de logements, qualifiée par l'administration "d'acquisition, de gestion et d'administration de biens immobiliers, et plus généralement la réalisation de toute opérations se rattachant directement ou indirectement à l'objet social, pourvu que ces opérations n'affectent pas le caractère civil de la société". Par ailleurs, l'opération en cause ne concernait aucunement un immeuble qu'aurait construit et vendu la société civile immobilière, mais seulement la vente d'un terrain à bâtir, conformément à l'extrait d'acte de vente et à la déclaration de plus-value sur les cessions de terrains à bâtir. Enfin, la société n'est pas fondée à soutenir que la circonstance que son objet social soit, de façon générale, " civil " fasse obstacle au régime de l'impôt sur les sociétés. En tout état de cause, dans sa proposition de rectification, l'administration fiscale fait valoir que, compte tenu de son activité, la SCI Saint-Yves 2 a déjà été reconnue passible de l'impôt sur les sociétés par un jugement précédent n° 1601240 du 10 juillet 2018. En conséquence, la SCI Saint-Yves 2 pouvait être assujettie à l'impôt sur les sociétés.
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : "Sont taxés d'office : / () ; / 2o à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / ().". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : "La procédure de taxation d'office prévue aux 2o et 5o de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / ().".
6. Une copie d'écran d'un tableau de suivi fournie, à la demande de l'administration fiscale, par les services postaux à partir de leur application informatique interne de suivi du courrier, constitue un élément de preuve admissible pour établir que le requérant a été régulièrement avisé de la possibilité de retirer le pli contenant le jugement auprès du bureau de poste distributeur dans le délai de quinze jours prévus par la réglementation postale.
7. Par la proposition de rectification du 25 mai 2021, la SCI Saint-Yves 2 a été informée des modifications envisagées. Toutefois, la société requérante conteste la cotisation supplémentaire à l'impôt sur les sociétés au motif que la procédure de taxation d'office n'est pas fondée, le service ne l'ayant pas mise en demeure de déposer sa déclaration. L'administration fait valoir que, par une lettre recommandée du 1er décembre 2020, avec avis de réception du 3 décembre 2020, la SCI Saint-Yves 2 a été mise en demeure de déposer la déclaration n° 2065 des résultats taxes à l'impôt sur les sociétés pour l'année 2017. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis de réception postal produit par l'administration, que la SCI Saint-Yves 2 a été régulièrement mise en demeure, selon la preuve de distribution par La Poste le 3 décembre 2020, de produire sa déclaration. Dans ces conditions, le pli n° 2C 119 459 1645 5, contenant la mise en demeure du 1er décembre 2020, doit être regardée, selon les informations indiquées dans la copie d'écran du tableau de suivi, délivrée par La Poste, comme ayant été effectivement distribué à son destinataire. C'est à bon droit que l'administration a procédé à l'imposition d'office des bénéfices de la SCI Saint-Yves 2 à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice 2017. Par suite, la SCI Saint-Yves 2 n'est pas fondée à soutenir que l'imposition litigieuse mise à sa charge est intervenue au terme d'une procédure irrégulière.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 56 du livre des procédures fiscales : "La procédure de rectification contradictoire n'est pas applicable : / () ; / 4o Dans les cas de taxation ou évaluation d'office des bases d'imposition ; / ().". Aux termes de l'article L. 66 du même livre : "Sont taxés d'office : / () ; / 2o à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / ().". Et aux termes de l'article L. 68 dudit livre : "La procédure de taxation d'office prévue aux articles 2o, 5o et 6o de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure.".
9. En l'espèce, si la SCI Saint-Yves 2 soutient que l'administration n'a pas donné suite à sa demande de saisine de la commission départementale des impôts, un contribuable taxé d'office sur le fondement de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales n'a pas droit à la saisine de cette commission. La SCI Saint-Yves 2 n'est dès lors pas fondée à revendiquer la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. En outre, la société intéressée étant en situation de taxation d'office pour défaut de déclaration, le moyen est inopérant.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition sur les sociétés :
10. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : "Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition.". Et aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : "Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré.". Il résulte de ces dispositions que, lorsque les impositions contestées sont établies d'office, l'administration n'a pas à établir le bien-fondé de ces impositions, puisque c'est le contribuable qui supporte la charge de la preuve, mais elle reste tenue de justifier que la procédure employée était bien applicable et que celle-ci a été régulièrement mise en œuvre.
11. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : "1. (), le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / (). / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. / ().". Et aux termes de l'article 39 du code général des impôts : "1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, (), notamment : / 1o Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / ().".
12. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le montant de la vente du terrain à bâtir à la société Bamy Automobiles par la SCI Saint-Yves 2 s'est élevé à 592 307 euros, dont 46 402 euros de TVA, tandis que l'acquisition du terrain par la SCI lui avait coûté 25 205 euros, dont 1 975 euros de TVA. En l'absence de comptabilité ou de déclarations fiscales, l'administration fiscale a dû reconstituer le bénéfice imposable sur l'année litigieuse, en se fondant sur les dispositions précitées du code général des impôts et, sur la base des informations dont elle a disposé, calculer le bénéfice net en soustrayant, à la plus-value de cession réalisée par la société requérante, une seule charge, correspondant au coût d'acquisition initial (23 230 €) du terrain, ensuite revendu (545 905 €), soit un résultat taxable ou bénéfice de 522 675 euros (545 905 € - 23 230 €) et un produit collecté au titre de la TVA de 46 402 euros (545 905 € x 8,50 %), pour aboutir à un rehaussement de l'impôt sur les sociétés à hauteur de 569 077 euros (522 675 € + 46 402 €).
13. Ainsi qu'il a été dit au point 2, en cours d'instance, l'administration a accepté de de déduire du bénéfice certaines charges, dont s'est prévalue la société requérante, en prononçant un dégrèvement total de 54 535 euros en droits et pénalités au titre de l'impôt sur les sociétés et à hauteur des charges acceptées (135 137 €). Le résultat taxable ou bénéfice s'est élevé de fait à 410 768 € et le rehaussement de l'impôt sur les sociétés à 456 170 euros (410 768 € + 46 402 €) au lieu de 522 675 euros.
14. Toutefois, pour justifier de la preuve de l'exagération de la base imposable reconstituée et mise à sa charge par l'administration fiscale contestée, la SCI Saint-Yves 2 soutient que le service vérificateur n'a pas pris en compte les éléments de la comptabilité qu'elle a présentés, dès lors que son résultat fiscal imposable s'établit à 118 362,68 euros au lieu de 522 675 euros comme notifié initialement par le service fiscal. Elle présente ainsi des pièces justificatives de charges, dont, notamment, des factures nos GG/BAT/011/2017 du 27 janvier 2017, GG/BAT/021/2017 du 15 février 2017 et GG/BAT/210/2017 du 3 mars 2017 pour des montants de 114 614 euros, 121 880 euros et 29 954 euros établis par l'EURL BAT et GSE BAT, concernant des travaux de réalisation de terrassement et de mur de soutènement pour l'aménagement du terrain. La société requérante considère que ces factures, en tant que charges déductibles (266 448 € = 114 614 € + 121 880 € + 29 594 €), auraient dû être prises en compte au titre du résultat taxable et conduire à une décharge correspondante du bénéfice. En revanche, l'administration fait valoir que ces travaux, qui auraient dû être immobilisés et faire l'objet d'une comptabilisation par le débit d'un compte d'actif (compte "212 - Agencements et aménagements de terrain"), ne peuvent être admis en tant que tels dans les charges de l'exercice en litige. Ces dépenses, qui se traduisent par l'augmentation de la valeur d'un élément à l'actif du bilan, en l'espèce un terrain, doivent être immobilisées. C'est en conséquence à bon droit que l'administration n'a pas admis ces factures comme charges et a, compte tenu du dégrèvement accordé, établi le résultat imposable à 410 768 euros, sans qu'il puisse caractériser une reconstitution excessive ou exagérée de l'impôt sur les sociétés de l'exercice 2017 mis à la charge de la SCI Saint-Yves 2.
Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge de la taxe sur la valeur ajoutée :
15. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : "I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / (). / II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon les cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / ().".
16. A la suite de sa taxation d'office, la société intéressée a été également taxée d'office à la TVA pour l'exercice 2017. Le rappel de TVA correspondant a été mis en recouvrement le 30 septembre 2021 pour un montant de 54 383 euros. La SCI Saint-Yves 2 soutient que les pièces, qu'elle produit à l'appui de sa demande de décharge, sont suffisantes pour démontrer le caractère exagéré du rappel de TVA mis à sa charge et que la taxe, dont elle est recevable, s'établit à 19 266 euros au lieu de 46 402 euros comme notifié par le service.
17. Toutefois, il résulte de l'instruction que certaines factures présentées par la SCI Saint-Yves 2 ne font pas figurer le montant exact de la TVA, alors même qu'il s'agit d'une condition nécessaire à la déductibilité de ladite taxe. Conformément aux dispositions précitées du a du 1. du II de l'article 271 du code général des impôts, l'administration a pu refuser de déduire la TVA liée à des opérations soumises à la TVA dont les factures correspondantes ne mentionnent ni le taux ni le montant de la TVA. En revanche, s'agissant de la commission de l'agence immobilière Molinard, portée dans l'acte de vente pour un montant de 31 465 euros TTC, il y a lieu d'admettre la déduction de la TVA, s'attachant à la facture du 27 mars 2017 correspondante, pour un montant de 2 465 euros. Dès lors que la société requérante justifie de la déductibilité de la TVA ayant grevé la facture relative à la commission de l'agence immobilière, il convient de la décharger des rappels de TVA mises à sa charge.
18. Il résulte de ce qui précède que la SCI Saint-Yves 2 est fondée à demander la décharge de la somme de 2 465 euros au titre de la TVA.
Sur les revenus distribués au gérant de la SCI Saint-Yves 2 :
19. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : "1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1o Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2o Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en Conseil d'État.".
20. La SCI Saint-Yves 2 critique le bien-fondé des revenus distribués au nom de M. A B, gérant-associé de la SCI, considéré comme maître de l'affaire, et qui est présumé, en conséquence, avoir appréhendé les bénéfices reconstitués. La société requérante soutient que, bien qu'elle ait déclaré, certes, tardivement ces bénéfices à son bilan, ils ne pouvaient toutefois pas être considérés comme des revenus distribués en application de l'article 109.1 du code général des impôts. Elle remet en cause également le montant des sommes réputées distribuées et se prévaut, dans ses dernières écritures, de l'inconstitutionnalité de l'application d'un coefficient multiplicateur de 1,25 calculé sur les revenus réputés distribués à M. B.
21. La décision prise par l'administration concernant l'impôt sur les sociétés est, par elle-même, sans influence sur l'imposition du dirigeant ou de l'associé de cette société à l'impôt sur le revenu, alors même qu'il s'agirait d'un excédent de distribution révélé par un redressement des bases de l'impôt sur les sociétés que l'administration entend imposer à l'impôt sur le revenu entre les mains du bénéficiaire. Eu égard au principe d'indépendance des procédures, la SCI Saint-Yves 2 ne peut utilement contester les rehaussements relatifs aux revenus distribués à son associé et imposés entre les mains de ce dernier, l'imposition personnelle de celui-ci étant une procédure distincte concernant un autre contribuable qu'elle-même. Il suit de là que les moyens susvisés au point précédent sont inopérants.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est seulement fondée à solliciter la décharge du montant de 2 465 euros au titre de la TVA pour l'exercice 2017.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, dans le présent litige, soit condamné à verser à la SCI Saint-Yves 2 une quelconque somme au titre du remboursement des frais irrépétibles qu'elle a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par la SCI Saint-Yves 2 aux fins de décharge de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée à hauteur des dégrèvements prononcés par l'administration fiscale, postérieurement à l'introduction de la requête, et à concurrence de la somme totale de 81 932 euros.
Article 2 : Il y a lieu de décharger la société requérante en droits des rappels de TVA à hauteur de 2 465 euros au titre de l'exercice 2017.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCI Saint-Yves 2 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Saint-Yves 2 et au directeur régional des finances publiques de Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
M. Sabatier-Raffin, premier conseiller,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
P. SABATIER-RAFFINLe Président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
N. ISMAËL
La République mande et ordonne au ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026