mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2201242 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HERREN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2217734 du 7 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de la Guadeloupe, la requête de Mme D, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 16 août 2022.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de la Guadeloupe sous le numéro 2201242, et un mémoire complémentaire, enregistré 13 mai 2024, Mme B D, représentée par Me Herren, demande au tribunal :
1°) de faire droit à sa demande de dépaysement ;
2°) d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle le ministre des armées a fixé la date de consolidation de son accident de service, déclaré le 30 septembre 2016, au 14 septembre 2020 et son taux de d'incapacité permanente partielle à 0% ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est entachée d'une incompétence matérielle, dès lors que le ministre des armées et des anciens combattants ne peut statuer sur les questions médicales ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, l'expertise ayant été réalisée par un médecin généraliste et non par un psychiatre ;
- elle est illégale dès lors que la date de consolidation et son taux d'incapacité partielle permanente ont été fixés sans avis médical ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 mars 2024 et 29 mai 2024, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen soulevé par la requérante n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2020-799 du 29 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,
- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, alors assistante de service social des administrations de l'Etat, aujourd'hui retraitée, exerçait ses fonctions au sein du centre d'action sociale Outre-Mer des Antilles (antenne Guadeloupe) depuis le 16 août 2010. À la suite d'une altercation verbale survenue le 30 septembre 2016 sur son lieu de travail, elle a été placée en arrêt de travail pour une durée de 15 jours. Le 27 octobre 2016, elle a sollicité la reconnaissance d'un accident de travail imputable au service. L'imputabilité au service de cet accident a été reconnue par décision en date du 11 septembre 2017. L'intéressée a fait l'objet de deux expertises médicales en date du 25 mai 2018 et du 25 octobre 2019, diligentées par le commandement supérieur des forces armées aux Antilles et assurées par le Dr E, psychiatre. Ces expertises ont conclu à une absence de consolidation de l'état de santé de Mme D et à la poursuite des arrêts de travail et des soins, respectivement pour une durée de 6 mois et 12 mois. Par un courrier du 9 mars 2020, le Dr E a informé l'administration de la fin de son suivi médical de l'intéressée. Par un courrier en date 30 mars 2021, l'administration a sollicité la reprise de ce suivi médical par le Dr C, médecin généraliste. Par décision du 22 juin 2022, le ministère des armées a fixé la date de consolidation de l'accident de service de la requérante au 14 septembre 2020 et son taux d'incapacité permanente partielle à 0 %. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler de cette décision.
Sur les conclusions à fin de dépaysement :
2. Aux termes de l'article R. 351-3 du code de justice administrative : " Lorsqu'une cour administrative d'appel ou un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence d'une juridiction administrative autre que le Conseil d'Etat, son président, ou le magistrat qu'il délègue, transmet sans délai le dossier à la juridiction qu'il estime compétente. ". Aux termes de l'article R. 312-12 du même code : " Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée Mme D était affectée au centre d'action sociale d'Outre-mer, situé sur la commune de Jarry, dans le département de la Guadeloupe. Dès lors, en application de l'article R. 312-12 du code de justice administrative précité, le présent litige relève de la compétence du tribunal administratif de la Guadeloupe. Par suite, il n'y a plus lieu de faire droit à la demande de dépaysement de la requérante.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 29 juin 2020 portant création d'un service à compétence nationale dénommé " service des pensions et des risques professionnels " : " Il est créé un service à compétence nationale dénommé " service des pensions et des risques professionnels ", rattaché au chef du service chargé des statuts et de la réglementation des ressources humaines au sein de la direction des ressources humaines du ministère de la défense ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " () II. - Le service des pensions et des risques professionnels est responsable de la gestion ministérielle des pensions accordées au titre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et des allocations ou pensions d'invalidité des agents relevant du ministère de la défense. A ce titre, il est notamment chargé de : () / 2° Statuer sur l'imputabilité au service des accidents de service et maladies professionnelles et proposer les bases de liquidation des allocations temporaires d'invalidité des fonctionnaires relevant du ministère de la défense ; () "
5. La décision attaquée a été prise le 2 juin 2022 pour le ministre des armées et par délégation par l'attaché d'administration de l'Etat adjointe au chef du bureau des invalidités civiles et militaire et des reversions. Le ministre était dès lors matériellement compétent pour prendre la décision litigieuse en application des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence matérielle du ministère des armées et des anciens combattants pour fixer la date de consolidation de l'accident de service dont a été victime de la requérante et son taux d'invalidité permanente partielle doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. () ".
7. Les décisions par lesquelles un employeur public fixe la date de consolidation de l'état de santé de l'un de ses agents et fixe un taux d'IPP n'entrent pas dans le champ des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'un défaut de motivation est dès lors inopérant et doit être écarté
8. En troisième lieu, aux termes de l'article de l'article 2 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Chaque administration doit s'attacher un ou plusieurs des médecins généralistes et spécialistes agréés inscrits sur la liste prévue à l'article 1er ci-dessus. ". Aux termes de l'article 4 du même texte : " Les médecins agréés appelés à examiner, au titre du présent décret, des fonctionnaires ou des candidats aux emplois publics dont ils sont les médecins traitants sont tenus de se récuser. ". Aux termes de l'article 47-10 du même texte : " Lorsqu'un fonctionnaire est en congé pour invalidité temporaire imputable au service, l'administration peut faire procéder à tout moment à sa contre-visite par un médecin agréé. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet de deux expertises médicales, diligentées par le commandement supérieur des forces armées aux Antilles et assurées par le Dr E, psychiatre, en date du 25 mai 2018 et du 25 octobre 2019. Par un courrier du 30 mars 2021, l'administration a sollicité la reprise de ce suivi médical par le Dr C. S'il n'est pas contesté que le Dr C est un médecin généraliste spécialisé en soins esthétiques, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de sa saisine, il était agréé auprès de la direction de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale et qu'il figure sur la liste des médecins agrées de la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy établie par l'agence régionale de santé et modifiée 19 octobre 2022. Si la requérante fait valoir que la qualité de médecin généraliste du Dr. C faisait obstacle à ce qu'il soit chargé de son expertise, il ne résulte d'aucune disposition légale et réglementaire que la contre-visite conduite par un médecin agréé doive être réalisée par un spécialiste. Au surplus, il ressort également des pièces du dossier que ce praticien est diplômé en réparation juridique et dommage corporel. Dès lors, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le Dr C était incompétent pour réaliser l'expertise du 30 août 2021 sur laquelle s'est fondée le ministre des armées pour prendre la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 47-10 du décret du 14 mars 1986 : " Lorsqu'un fonctionnaire est en congé pour invalidité temporaire imputable au service, l'administration peut faire procéder à tout moment à sa contre-visite par un médecin agréé. Elle fait en outre procéder obligatoirement à cet examen au moins une fois par an au-delà de six mois de prolongation du congé initialement accordé () ". Aux termes de l'article 47-18 du même texte : " Lorsqu'il est guéri ou que les lésions résultant de l'accident de service, de l'accident de trajet ou de la maladie professionnelle sont stabilisées, le fonctionnaire transmet à l'administration un certificat médical final de guérison ou de consolidation. () ".
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que la décision litigieuse a été prise en considération d'une expertise médicale d'un médecin agréé pour l'effectuer, en application des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence d'avis médical préalable doit être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, la requérante se prévaut de la circonstance qu'elle souffre encore de séquelles des suites de l'altercation du 30 septembre 2016 et continue de bénéficier à ce titre d'un suivi psychiatrique. Toutefois, l'intéressée ne verse au soutien de ses allégations qu'un certificat médical du Dr A, psychiatre, non nominatif, non daté, sans prescription particulière et faisant état d'hypothyroïdie et d'asthme, affections sans lien apparent avec l'accident de service du 30 septembre 2016. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le Dr C n'a pas constaté la guérison de Mme D à la date du 14 septembre 2020 mais seulement la consolidation de son état de santé, qui correspond au moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent, de sorte que la circonstance qu'elle bénéficiait encore d'un suivi médical à cette date ne saurait avoir pour conséquence d'entacher la décision litigieuse d'une erreur d'appréciation. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Laurent Santoni, président,
Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,
Mme Kenza Bakhta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
K. BAKHTA
Le président,
Signé
J-L. SANTONI
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Signé
M-L. Corneille0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026