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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201330

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201330

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLANDOT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 17 avril 2024 Mme A B, représentée par Me Vojique, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le Président de la région Guadeloupe a implicitement rejeté sa demande de bénéficier d'un entretien professionnel au titre des années 2017, 2018, 2019 ;

2°) d'enjoindre au Président de la région Guadeloupe, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de réaliser les entretiens professionnels de Madame B au titre des années 2017, 2018, 2019, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) de condamner la région Guadeloupe à verser à Mme B la somme de 5 000 euros, au titre des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de la région Guadeloupe une somme de 2 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- la région de la Guadeloupe a méconnu l'article 2 du décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux qui impose la réalisation d'un entretien professionnel annuel ;

- L'absence de notation pour les années 2017 à 2019 lui a causé un préjudice moral et un préjudice de carrière qu'elle estime devoir être indemnisés à hauteur de 5 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mars et le 10 mai 2024, la région de la Guadeloupe, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée par Mme B est une décision confirmative ;

- la requête est irrecevable car le recours gracieux est tardif ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 30 janvier 2023, le tribunal a invité le requérant à régulariser, dans le délai d'un mois, sa requête par la production de la demande indemnitaire préalable adressée à l'administration, ainsi que d'un document justifiant de la date de dépôt de cette demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le décret n°87-1099 du 30 décembre 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ceccarelli, première conseillère,

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est agente titulaire de la région Guadeloupe depuis 2008. Constatant qu'elle n'avait pas été évaluée au titre des années 2017, 2018 et 2019, elle a formé un recours gracieux auprès de son employeur, par courrier daté du 12 août 2022 reçu le 19 août 2022, afin qu'il procède à ses entretiens professionnels. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet le 19 octobre 2022. En l'absence de réponse de sa part, Mme B a, par un courrier du 9 décembre 2022 reçu le 19 décembre 2022 également sollicité le versement d'une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de la décision portant rejet de sa demande d'évaluation. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'administration à son courrier du 12 août 2022 et l'indemnisation de son préjudice.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, la région de la Guadeloupe soutient que la décision contestée du 12 octobre 2022 serait une décision confirmative de la décision implicite de rejet née le 3 avril 2020 à la suite de la demande adressée par la requérante le 3 février 2020. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a effectivement pris attache avec sa direction des ressources humaines les 3 février, 8 juillet, 14 août 2020, et 2 août 2022 à propos de l'absence d'organisation de ses entretiens professionnels au cours des années 2017 à 2019. Toutefois, dès lors que ces échanges n'ont pas été versés au dossier, il ne peut en être déduit que leur objet est identique à celui de la demande adressée le 12 août 2022 par la requérante, à laquelle l'administration n'a pas répondu. Ainsi, cette décision ne peut être regardée comme confirmative de celle qui serait née le 3 avril 2020 et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

3. En deuxième lieu, la région de la Guadeloupe soutient que la demande de la requérante datée du 12 août 2022 constitue un recours gracieux tardif car il a été introduit à l'expiration du délai de recours contentieux qui aurait permis de contester la décision implicite de rejet née le 3 avril 2020. Toutefois, dès lors que la région ne rapporte pas la preuve que Mme B a formé antérieurement à son courrier du 12 août 2022 une première demande ayant le même objet, ce courrier bien qu'intitulé " recours gracieux " doit être regardé comme une première demande qui a fait naître une décision implicite de rejet, qui constitue la décision attaquée. Ainsi, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours gracieux doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " La valeur professionnelle des fonctionnaires fait l'objet d'une appréciation qui se fonde sur une évaluation individuelle donnant lieu à un compte rendu qui leur est communiqué. " Aux termes de l'article 2 du décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. La date de l'entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct en fonction, notamment, du calendrier de la commission administrative paritaire dont relève l'agent évalué. ". En outre, aux termes de l'article L. 512-1 du même code : " l'activité est la position du fonctionnaire qui, titulaire d'un grade, exerce effectivement les fonctions de l'un des emplois correspondants à ce grade. ". Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire territorial dispose d'un droit à bénéficier d'un entretien professionnel annuel, dont découle, pour la collectivité qui l'emploie, une obligation d'organiser cet entretien. L'application de ces dispositions est subordonnée à la présence effective du fonctionnaire au cours de l'année en cause pendant une durée suffisante, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées, pour permettre à son chef de service d'apprécier sa valeur professionnelle. En outre, les services accomplis en position d'activité sont des services effectifs même lorsqu'ils correspondent à des périodes de congé.

5. En l'espèce, il est constant, que Mme B n'a pas été évaluée par sa hiérarchie au titre des années 2017, 2018 et 2019. La région fait valoir qu'elle n'était pas en mesure d'évaluer la valeur professionnelle de la requérante pour les années en cause car elle a comptabilisé un nombre important d'absences qui ne lui ont pas permis d'exercer ses missions jusqu'à leurs termes. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'au cours des années 2017 et 2018 les absences Mme B ont toutes été justifiées par des arrêts maladie : 15 jours en 2017 (période du 7 août au 9 août et du 13 novembre au 24 novembre), puis 72 jours en 2018 (périodes du 15 janvier au 9 février, du 17 septembre au 21 septembre et du 8 novembre au 18 décembre). En outre, au titre de l'année 2019 elle a travaillé sept mois sur douze pour le compte de la région avant d'être placée en position de détachement. Dès lors compte tenu des motifs et de la durée réduite d'absence au cours de la période en litige, la région a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de procéder à l'évaluation de la requérante au motif qu'elle n'était pas en mesure d'apprécier sa valeur professionnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le Président de la région Guadeloupe a implicitement rejeté sa demande de bénéficier d'un entretien professionnel au titre des années 2017, 2018, 2019.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. L'illégalité d'une décision de l'administration constitue une faute de nature a engager la responsabilité de la puissance publique, dont le requérant est en droit d'obtenir réparation dès lors qu'il démontre l'existence d'un préjudice direct et certain qui a pu résulter de l'application de cette décision illégale.

8. Aux termes de l'article 77 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors en vigueur : " L'avancement des fonctionnaires comprend l'avancement d'échelon et l'avancement de grade () ". Aux termes de l'article 19 décret n°87-1099 du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux : " Peuvent être nommés au grade d'attaché principal après inscription sur un tableau d'avancement dans la limite fixée à l'alinéa suivant :1° Après un examen professionnel organisé par les centres de gestion, les attachés qui justifient au 1er janvier de l'année au titre de laquelle est dressé le tableau d'avancement d'une durée de trois ans de services effectifs dans un cadre d'emplois, corps ou emploi de catégorie A ou de même niveau et ont atteint le 5e échelon du grade d'attaché ; 2° Les attachés qui justifient, au plus tard le 31 décembre de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, d'au moins sept ans de services effectifs dans un cadre d'emplois, corps ou emploi de catégorie A ou de même niveau et ont atteint le 8e échelon du grade d'attaché. ".

9. En premier lieu, Mme B se prévaut d'un préjudice de carrière au motif que l'absence d'évaluation l'a privée de la possibilité de bénéficier d'un avancement de grade. Il résulte toutefois de l'instruction qu'avant le 26 novembre 2020, qu'elle ait bénéficié ou non d'un entretien professionnel, la requérante ne pouvait pas légalement obtenir un avancement de grade dès lorsqu'elle n'a réussi son examen professionnel qu'à cette date et qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un avancement au choix faute d'avoir atteint le 8ème échelon du grade. Ce moyen doit, par conséquent, être écarté.

10. En second lieu, l'absence d'évaluation professionnelle entre 2017 et 2019 a nécessairement causé à Mme B un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en mettant à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'administration de procéder aux entretiens professionnels de Madame B au titre des années 2017, 2018, 2019, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la région Guadeloupe la somme 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 octobre 2022 par laquelle le président de la région Guadeloupe a implicitement rejeté sa demande de bénéficier d'un entretien professionnel au titre des années 2017, 2018, 2019 est annulée.

Article 2 : La région Guadeloupe est condamnée à verser à Mme B la somme de 1000 euros en réparation de son préjudice moral.

Article 3 : Il est enjoint à la région Guadeloupe de procéder aux entretiens professionnels de Madame B au titre des années 2017, 2018, 2019, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 4 : La région Guadeloupe versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la région Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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