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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201342

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201342

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPRADEL-ARTAXE VALERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 décembre 2022, le 31 décembre 2022 et le 29 août 2023, M. B A, représenté par Me Pradel-Artaxe, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait dû viser les dispositions de l'article L. 611-1-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non les dispositions de l'article L. 611-3 du même code, et il est insuffisamment motivé en fait, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant ;

- il a été pris en méconnaissance du droit du requérant à être entendu, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché de nombreuses erreurs de fait, qui ne sont pas contredites par le préfet en défense ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle aurait dû se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit au maintien sur le territoire français pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour dès lors que la décision par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait pas refuser d'enregistrer sa demande de titre de séjour pour incomplétude de son dossier et devait par conséquent enregistrer sa demande et lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il est protégé contre l'éloignement en tant de que parent d'enfant français, en application des dispositions des articles L. 611-3 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il est protégé contre l'éloignement en application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il réside de manière habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne fait pas l'objet d'une motivation distincte et spécifique ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors qu'elle a pour effet de le séparer durablement de son enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2201345 du 4 janvier 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée par M. A.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les observations de Me Pradel-Artaxe, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la Dominique né le 21 décembre 1985, déclare être entré en France le 15 novembre 2008. Le 7 novembre 2016, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il s'est vu délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " parent d'enfant français " le 18 septembre 2018, valable jusqu'au 17 septembre 2019. Le 30 novembre 2022, M. A a été interpellé par les forces de police nationale, notamment pour conduite d'un véhicule sans permis. M. A, qui n'était pas en possession d'un titre l'autorisant à séjourner en France, s'est vu notifier par le préfet de la Guadeloupe un arrêté du 1er décembre 2022 prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Si, en application d'une décision du préfet de la Guadeloupe du 1er décembre 2022, le requérant a initialement été placé dans un centre de rétention administrative, le juge des libertés et de la détention a ordonné la levée de cette mesure par une ordonnance du 3 décembre 2022. Par la présente requête M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Par une décision du 22 décembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. ".

5. En l'espèce, il est constant que M. A est père d'un enfant de nationalité française, né le 15 mai 2013. S'il est également constant que M. A ne réside pas avec son enfant, la mère de cet enfant atteste qu'il s'occupe régulièrement de son enfant depuis sa naissance, notamment en le gardant lorsqu'elle travaille et en l'emmenant à ses rendez-vous médicaux, ce qui ressort des nombreuses attestations établies par des professionnels de santé en ce sens entre 2013 et 2022. Il ressort également de l'attestation établie par la directrice de l'école élémentaire où est scolarisé son enfant, que M. A participe pleinement à la vie scolaire de son enfant, notamment par le biais de rencontres avec ses professeurs, et il ressort des pièces du dossier qu'il reçoit personnellement, à l'adresse où il est domicilié, les bulletins scolaires de ce dernier. Le requérant justifie d'autre part, par les nombreuses factures qu'il produit s'étalant entre 2016 et 2022, et concernant notamment des achats de fournitures scolaires, qu'il participe à l'entretien de son enfant. Dans ces conditions, à la date de la décision en litige, le requérant établit contribuer effectivement à son entretien et à son éducation dans les conditions fixées au point 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Guadeloupe ne pouvait obliger M. A à quitter le territoire français sans méconnaître les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les dispositions ci-dessus rappelées.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, sur laquelle elles se fondent, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 513-4, L. 551-1, L. 552-4, L. 561-1 et L. 561-2 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas () ".

8. D'une part, l'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes prononcées à l'encontre de M. A, implique nécessairement qu'une autorisation de séjour soit délivrée à Mme A et que le préfet de la Guadeloupe réexamine sa situation, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir. Toutefois, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande de délivrance d'un titre de séjour préalablement à l'adoption de l'arrêté attaqué.

9. D'autre part, l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à cet effacement dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Guadeloupe du 1er décembre 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder au réexamen du droit au séjour de M. A, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. LE ROUX

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

A. CÉTOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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