lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2300011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LE SCOLAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 janvier 2023, le 3 avril 2023, le 25 avril 2023 et le 3 mai 2023, M. A B, représenté par Me Le Scolan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui restituer son passeport en mains propres ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa compagne de nationalité française était enceinte de lui au moment de l'adoption de l'arrêté litigieux ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été adoptée en méconnaissance du droit du requérant à être entendu, garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; un tel vice l'a nécessairement privé d'une garantie et a nécessairement eu un impact sur la décision adoptée ;
- la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour et pour les mêmes moyens que ceux soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale et pour les mêmes moyens que ceux soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et pour les mêmes moyens que ceux soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2023.
Par ordonnance du 26 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Le Scolan, représentant M. B, présent à l'audience.
Le préfet n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien né le 19 mai 1993, déclare être entré en France au mois de mai 2019, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugié, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 novembre 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 février 2020. Le 13 décembre 2022, M. B a fait l'objet d'une interpellation dans le cadre d'une vérification de son droit au séjour, et a été placé en retenue administrative. M. B, qui n'était pas en possession d'un titre l'autorisant à séjourner en France, s'est vu notifier un arrêté du préfet de la Guadeloupe du 13 décembre 2022, lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet de la Guadeloupe aurait, d'office, décidé d'examiner sa demande de titre de séjour sur un tel fondement. Dès lors, le moyen tiré de la violation de cet article est inopérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de cette Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives () ". Si le moyen tiré de la violation de l'article 41 précité par un Etat membre de l'Union européenne est inopérant, dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
4. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition dressé le 13 décembre 2022 par les services de la police nationale des Abymes, lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas rapportée en l'espèce, que M. B, informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière, a été interrogé sur son souhait de bénéficier d'un délai pour préparer son départ, ainsi que sur ses conditions d'entrée et de séjour en France et sur sa situation personnelle. Si le requérant soutient que la qualité et l'impartialité de l'interprète présente lors de cette audition n'est pas attestée, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations. Il ressort, en outre, du procès-verbal de cette audition que le requérant a indiqué aux services de police ne pas vouloir quitter le territoire afin de rester auprès de sa compagne s'apprêtant à accoucher, étant ainsi mis à même de présenter spontanément des observations avant l'adoption de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'il est exprimé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
6. En l'espèce, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, relatif aux obligations de quitter le territoire français, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle la nationalité de M. B, ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, ainsi que sa situation personnelle et familiale, et expose les motifs précis au fondement de l'obligation de quitter le territoire français opposée au requérant. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, démontre que le préfet de la Guadeloupe a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. M. B se prévaut de la circonstance qu'il est père d'un enfant français né le 21 janvier 2023 de sa relation avec une ressortissante française, laquelle était enceinte de lui à la date de la décision attaquée. Toutefois, dès lors que la légalité d'une décision administrative s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, M. B ne peut pas invoquer, dans ces conditions, le bénéfice de sa qualité de père d'un enfant français. De plus, les attestations de résidence qu'il produit ont été établies par sa compagne postérieurement à l'adoption de la décision attaquée, et il ne produit aucun autre élément permettant de justifier de l'intensité de sa relation avec sa compagne à cette date. Ainsi, en l'absence de preuve de vie commune et d'enfant commun avec celle qu'il présente comme sa compagne à la date de la décision attaquée, M. B ne justifie pas qu'il avait établi le centre de ses intérêts familiaux en France à cette date. En outre, la seule circonstance qu'il possède deux tantes résidant de manière régulière en France ne suffit pas à considérer que le requérant possède des liens familiaux intenses sur le territoire français. D'autre part, s'il soutient être présent de manière réelle et continue sur le territoire français depuis le mois de mai 2019 et être parfaitement intégré au sein de la société française dès lors qu'il travaille en tant que coiffeur et a noué de nombreuses connaissances sur le territoire, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, qu'après s'être fait débouté de sa demande d'asile, il aurait sollicité la régularisation de son séjour par la délivrance d'un titre de séjour. Enfin, s'il soutient être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, il ressort de son procès-verbal d'audition du 13 décembre 2022 qu'il a déclaré que ses deux parents, ainsi que ses neuf frères et sœurs, résidaient en Haïti. Par suite, au regard de ces circonstances, le préfet de la Guadeloupe n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Si le requérant fait état de la nationalité française de son fils, il résulte de ce qui a été indiqué au point 5 que cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui doit être appréciée à la date de son édiction, et dès lors que la naissance de son enfant est intervenue postérieurement à son adoption. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être éloigné.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire, doit être écarté.
13. En deuxième lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
14. En l'espèce, la décision refusant un délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle cite les dispositions de ces articles, sur lesquelles elle se fonde. Il ressort, de plus, des termes de cette décision qu'elle a été adoptée aux motifs que le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière excluant le risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée et moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
15. En troisième et dernier lieu, si le requérant précise qu'il entend reprendre les mêmes moyens d'illégalité contre la décision portant refus de délai de départ volontaire que ceux développés au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant seront écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
17. En deuxième lieu, l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () " et l'article 3 de la même convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. En troisième et dernier lieu, M. B soutient qu'il entend reprendre les mêmes moyens d'illégalité contre la décision portant fixation du pays de destination, à savoir Haïti, que ceux développés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire. D'une part, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent été écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français. D'autre part, le requérant doit être regardé comme soutenant que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les dispositions des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, en l'espèce, M. B n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, si ce n'est des documents généraux relatifs à la situation en Haïti. Il est, en outre, constant que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Ainsi, le requérant n'établit pas qu'il serait effectivement et personnellement exposé à des peines ou traitements inhumains et dégradants, ni que son droit à la vie serait menacé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant Haïti comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office méconnaîtrait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
19. En premier lieu, l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
20. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet de la Guadeloupe a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français de M. B pour une durée d'un an, prise au visa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les motifs qu'il serait récemment entré sur le territoire et ne justifierait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
21. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent été écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
22. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
23. En l'espèce, M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans les cas prévus à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre, toutefois, compte tenu des éléments cités au point 5 relatifs à la situation familiale de M. B, et alors qu'il est constant que l'intéressé n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et qu'il n'est pas relevé par le préfet de la Guadeloupe que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public, le requérant est fondé à soutenir qu'en fixant à un an l'interdiction de retour prononcée à son encontre, le préfet de la Guadeloupe a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixe à un an la durée de cette interdiction.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Guadeloupe du 13 décembre 2022 en tant qu'il a fixé à une durée d'un an son interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
25. L'annulation de la décision fixant à un an la durée de l'interdiction de retour de M. B sur le territoire français n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni le réexamen de la situation du requérant, ni la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, ni la remise de son passeport, ni, enfin, l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentée par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Scolan, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à celui-ci de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guadeloupe du 13 décembre 2022 est annulé en tant qu'il fixe à une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français de M. B.
Article 2 : L'Etat versera à Me Le Scolan la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
J. LE ROUX
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
A. CÉTOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026