jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2300095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TETEIN-AYMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Tetein-Aymer, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe dans le délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour de dix ans en tant que parent d'enfant français.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à la signer ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est père d'une enfant française ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est protégé contre l'éloignement en tant que résidant depuis plus de vingt ans sur le territoire français et père d'une enfant française ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle pourrait entraîner sur sa vie personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il présenté son passeport en cours de validité suite à sa rétention administrative et qu'il est locataire d'un logement sur le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans son principe et sa durée ;
En ce qui concerne ses conclusions à fin d'injonction de lui délivrer un titre de séjour :
- il remplit les conditions justifiant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la circonstance qu'il soit privé de titre de séjour n'est pas de son fait, car il s'est trouvé dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Tetein-Aymer, représentant M. A.
Le préfet de la Guadeloupe n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de La Dominique né le 7 février 1981, déclare être entré en France en 1983, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 23 décembre 2022, il a été entendu et placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête de flagrance par les services de gendarmerie nationale. M. A, qui n'était pas en possession d'un titre l'autorisant à séjourner en France, s'est vu notifier par le préfet de la Guadeloupe un arrêté du 23 décembre 2022, prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Si le requérant a été initialement placé au centre de rétention administrative, le juge des libertés et de la détention a ordonné la levée de cette mesure par une ordonnance du 26 décembre 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2022.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. A, qui soutient être entré sur le territoire français en 1983 avec sa mère, alors qu'il était âgé de 2 ans, produit des certificats de scolarité attestant qu'il a été scolarisé en école maternelle à Marie-Galante du mois de septembre 1984 au mois de juin 1987, puis au collège pour l'année scolaire 1996-1997. Il ressort, de plus, des pièces du dossier qu'il a obtenu au moins neuf titres de séjour mention " vie privée et familiale " entre le 13 février 2002 et le 13 mars 2019, et que son dernier récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour a expiré le 10 juillet 2019. Il n'est également pas contesté que M. A est le père d'une enfant de nationalité française, née le 27 novembre 2001, et qui réside en Guadeloupe. Il justifie également entretenir de fortes relations avec sa propre mère, qui réside régulièrement sur le territoire français, et avec sa sœur, qui a la nationalité française. En outre, la seule circonstance qu'il ait fait l'objet d'un rappel à la loi le jour de l'adoption de la décision attaquée pour avoir volontairement commis des violences avec menace d'une arme, ne saurait suffire à caractériser son comportement de menace à l'ordre public, en l'absence, notamment, de réitération de ces faits. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de l'âge auquel il est entré sur le territoire français, de sa scolarisation et des liens familiaux dont il dispose sur le territoire, l'arrêté attaqué a porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guadeloupe a obligé M. A à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, les décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
8. En l'espèce, si M. A soutient qu'il n'a pas pu déposer de demande de titre de séjour avant l'adoption de la décision portant obligation de quitter le territoire français adoptée à son égard, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande d'obtention d'un rendez-vous en préfecture, ni qu'il ait signalé cette situation à la préfecture lorsqu'il a été informé de l'intention du préfet d'adopter à son encontre l'arrêté litigieux portant notamment obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le présent jugement, par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de la mesure d'éloignement prise à son encontre, n'implique pas que l'administration délivre un titre de séjour à ce dernier. Toutefois, il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt. Dans cette attente, le préfet lui délivrera sans délai une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Guadeloupe du 23 décembre 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder au réexamen du droit au séjour de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
J. LE ROUX
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. Cétol
N°2300095
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026