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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300097

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300097

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2023 et des mémoires enregistrés le 8 mars 2023 et le 31 mai 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la Communauté d'Agglomération du Nord Grande-Terre (la CANGT) à lui verser la somme de 3 328,04 euros correspondant au paiement de ses heures d'astreinte sur la période de septembre à décembre 2020 ;

2°) de condamner la CANGT à lui verser la somme de 3 510,32 euros correspondant au paiement de ses heures d'astreinte sur la période de janvier à août 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la CANGT la somme de 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le paiement de ses heures d'astreinte est dû conformément à l'arrêté du 9 mars 2017 et la délibération n°COM 2016-12-09/101 du 27 décembre 2016 de la CANGT, laquelle n'a ni été abrogée, ni annulée. En outre, l'arrêté du 9 mars 2017 lui attribuant l'indemnité d'astreinte à compter du 1er février 2017 n'a pas été retiré et la décision implicite de rejet a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute d'avoir respectée le parallélisme des formes.

Par des mémoires en défense enregistrés le 23 mars 2023, le 19 avril 2024 et le 16 décembre 2024, la CANGT conclut au non-lieu partiel à statuer, au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires relatives au paiement des heures d'astreinte entre le mois de septembre et décembre 2020 dès lors que les sommes dues au titre des astreintes d'exploitation ont été versées au requérant en octobre 2020 et en mars 2023 ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

En réponse à la demande transmises aux parties par le tribunal sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, seule la CANGT a produit des pièces le 6 décembre 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-624 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le décret n° 2005-542 du 19 mai 2005 ;

- le décret n° 2015-415 du 14 avril 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement informées de la date de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ceccarelli, première conseillère,

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique,

- les observations de M B, non représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un agent territorial de la filière technique de catégorie C employé au service de la " collecte et traitement des déchets ménagers et assimilés " par la Communauté d'Agglomération du Nord Grande-Terre (la CANGT). Dans le cadre de ses missions, il effectue des astreintes. Par courrier daté du 22 septembre 2022, reçu le 23 septembre 2022, M. B doit être regardé comme ayant sollicité de la part du CANGT le paiement d'heures d'astreintes qu'il déclare avoir réalisé de septembre 2020 à août 2021, ainsi que le paiement des interventions de septembre 2020. Du silence gardé par l'administration, une décision implicite de rejet est née le 23 novembre 2022. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal le paiement de ses heures d'astreinte effectuées du mois de septembre 2020 au mois d'août 2021.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 714-4 du code général de la fonction publique : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires de leurs agents, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat ". Aux termes de l'article 5 du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement détermine, après avis du comité technique paritaire compétent, les cas dans lesquels il est possible de recourir à des astreintes, les modalités de leur organisation et la liste des emplois concernés. / Les modalités de la rémunération ou de la compensation des astreintes sont précisées par décret, par référence aux modalités et taux applicables aux services de l'Etat. ". Aux termes de l'article 2 du décret du 19 mai 2005 relatif aux modalités de la rémunération ou de la compensation des astreintes et des permanences dans la fonction publique territoriale: " Une période d'astreinte s'entend comme une période pendant laquelle l'agent, sans être à la disposition permanente et immédiate de son employeur, a l'obligation de demeurer à son domicile ou à proximité afin d'être en mesure d'intervenir pour effectuer un travail au service de l'administration, la durée de cette intervention étant considérée comme un temps de travail effectif ainsi que, le cas échéant, le déplacement aller et retour sur le lieu de travail. () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 19 mai 2005 : " () la rémunération et la compensation des obligations décrites à l'article 1er ci-dessus des agents relevant d'un cadre d'emplois des fonctions techniques, telle que définie à l'annexe du décret du 6 septembre 1991 susvisé, sont déterminées suivant les règles et dans les conditions prévues par les décrets du 15 avril 2003 et du 18 juin 2003 susvisés. () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 14 avril 2015 relatif à l'indemnisation des astreintes et à la compensation ou à la rémunération des interventions aux ministères chargés du développement durable et du logement : " Un arrêté conjoint des ministres chargés du développement durable, du budget et de la fonction publique fixe les montants de l'indemnité d'astreinte et précise les activités y ouvrant droit pour chaque catégorie suivante : () 1° L'indemnité d'astreinte d'exploitation qui peut être allouée aux agents titulaires ou stagiaires mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1er relevant des corps des personnels d'exploitation des travaux publics de l'Etat, des personnels d'exploitation de voies navigables de France, des techniciens supérieurs du développement durable, des syndics des gens de mer, des officiers de port et officiers de port adjoints, ainsi que les agents nommés sur les emplois de chef d'équipe d'exploitation divisionnaire des travaux publics de l'Etat ou de chef d'équipe d'exploitation divisionnaire de voies navigables de France, ainsi qu'aux ouvriers des parcs et ateliers des ponts et chaussées. () ". L'article 2 de l'arrêté du 14 avril 2015 fixant les montants de l'indemnité d'astreinte et la rémunération horaire des interventions aux ministères chargés du développement durable et du logement a déterminé les montants de l'indemnité d'exploitation comme suit : " Semaine complète 159,20 €, Nuit 10,75 € Le taux est de 8,60 € dans le cas d'une astreinte fractionnée inférieure à 10 heures, Samedi ou journée de récupération 37,40 €, Dimanche ou jour férié 46,55 €, Week-end, du vendredi soir au lundi matin 116,20 €. "

3. Selon ces dispositions, et dans les limites imposées par le principe d'équivalence et par les dispositions réglementaires spécifiques à chaque prime ou indemnité, une délibération doit fixer, notamment, la nature des éléments indemnitaires, leurs conditions d'attribution, leur taux moyen et les crédits ouverts. Il appartient, ensuite, sur la base de la délibération, à l'autorité territoriale de déterminer par arrêté le montant individuel attribué à chaque agent. En cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures d'astreintes accomplies, il appartient à l'agent d'étayer sa demande par la production d'éléments suffisamment précis quant à l'existence de cette obligation et aux heures qu'il estime avoir réalisées. Sur la base de ces éléments, l'employeur doit répondre en fournissant les informations dont il dispose de nature à justifier les heures effectivement réalisées par le salarié. Au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles.

4. En l'espèce, il est constant que la CANGT a institué un dispositif d'astreintes par une délibération du 27 décembre 2016. Elle fixe en son article 4 les conditions pour pouvoir bénéficier de l'astreinte dont la notification d'un planning des astreintes établi par le supérieur hiérarchique de l'agent au moins trimestriellement et la comptabilisation des astreintes et heures d'intervention sur la base d'un état mensuel émis par le supérieur hiérarchique de l'agent.

5. D'une part, M. B fait valoir que son employeur lui est redevable de la somme de 3 328,04 euros car les astreintes qu'il a effectuées au mois de septembre 2020 ne lui ont pas été versées et celles effectuées entre le mois d'octobre 2020 et le mois de décembre 2020 ne lui ont pas été intégralement payées.

6. En ce qui concerne le mois de septembre 2020, le requérant verse au dossier des fiches d'intervention et une fiche récapitulative, signées par son supérieur hiérarchique, qui attestent de la réalisation de 15 heures d'astreintes effectuées au cours de trois dimanches et de 8 heures d'astreintes effectuées de nuit en semaine entre le 1er septembre et le 20 septembre 2020. Or, il ressort de son bulletin de paie du mois d'octobre 2020 que ces astreintes ont bien été payées par son employeur. Par suite le moyen doit être écarté.

7. En ce qui concerne la période d'octobre à décembre 2020, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, par une décision du 20 mars 2023, la CANGT a versé au requérant la somme de 611,70 euros sur sa paie d'avril 2023 correspondant au paiement de ces astreintes. Si M. B conteste les modalités de calcul et soutient que la somme due pour cette période s'élève à 1838,44 euros, il n'assortit sa contestation d'aucune précision suffisante dès lors qu'en dépit d'une demande du tribunal en ce sens il ne produit aucun document attestant des heures d'astreinte effectuées au cours de cette période, à la différence des justificatifs versés pour le mois de septembre 2020. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à remettre en cause le montant versé par son employeur. Par suite le moyen doit être écarté.

8. D'autre part, M. B fait valoir que son employeur lui est redevable de la somme de 3 510,32 euros correspondant au paiement de ses heures d'astreinte sur la période de janvier à août 2021. La CANGT fait toutefois valoir qu'à compter de janvier 2021 les missions d'astreintes ont été suspendues pour l'ensemble des agents car la commune n'avait plus besoin de contrôler l'exercice des missions de son prestataire. Si M. B allègue qu'il a effectué des astreintes durant cette période, il ne le démontre d'aucune manière. Dès lors que le requérant n'assorti pas sa demande de précisions suffisantes de nature à remettre en doute les affirmations de son employeur, le moyen ne pourra qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée du non-lieu partiel à statuer, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la Communauté d'Agglomération du Nord Grande-Terre qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant le versement à la Communauté d'Agglomération du Nord Grande-Terre d'une somme de 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la Communauté d'Agglomération du Nord Grande-Terre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Communauté d'Agglomération du Nord Grande-Terre.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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