mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2300134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoire complémentaires, enregistrés les 1er février, 29 novembre 2023 et 15 mars 2024, Mme G F, représentée par Me Gomar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune du Gosier à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices moral et financier consécutifs au harcèlement moral et sexuel dont elle a été victime ;
2°) d'enjoindre à la commune du Gosier de lui communiquer, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir le rapport d'expertise psychologique de M. C, le rapport d'expertise médicale du Dr D en date du 23 août 2023, le rapport d'expertise médicale du Dr B, le rapport d'expertise psychiatrique du Dr H, le compte-rendu de l'entretien qui s'est déroulé le 8 février 2022 et les rapports d'évaluation annuelle de M. E de 2021 et 2022 ;
3°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir, nonobstant appel et sans caution ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Gosier une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral et sexuel de la part d'un agent communal :
- ces agissements ont profondément dégradé ses conditions de travail et son état de santé ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de son préjudice moral, ainsi que de son préjudice financier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, la commune du Gosier, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requérante n'établit pas les agissements de harcèlement sexuel et que la demande indemnitaire n'est pas fondée, dès lors que la commune, qui a été informée tardivement des agissements dont la requérante soutient avoir été victime, a pris les mesures nécessaires pour la protéger et n'a, par suite, pas commis de faute ;
- les éléments produits ne sont pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral ;
- la requérante n'établit pas la réalité de son préjudice financier, ni le lien de causalité ;
- la somme de 50 000 euros est excessive au regard des troubles évoqués ;
- les conclusions à fin d'injonction, tendant à la communication du rapport d'expertise psychologique de M. C, du rapport d'expertise médicale du Dr D en date du 23 août 2023, du rapport d'expertise médicale du Dr B, du rapport d'expertise psychiatrique du Dr H, sont présentées à titre principal et sont, par suite, irrecevables.
La Défenseure des droits, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au défenseur des droits, a présenté des observations, enregistrées le 15 mars 2024.
Par un courrier en date du 7 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction, tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune du Gosier de lui communiquer le compte-rendu de l'entretien qui s'est déroulé le 8 février 2022 et les rapports d'évaluation annuelle de M. E de 2021 et 2022, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser à l'administration des injonctions à titre principal, en dehors des cas prévus par les articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,
- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique.
- les observations de Mme F.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G F est adjointe administrative titulaire, responsable du cimetière communal de la commune du Gosier. Le 9 juillet 2021, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle en faisant valoir qu'elle était victime d'agissements de harcèlement sexuel, de propos et comportements à connotation sexuelle imposés de façon répétée par M. E dont elle était la supérieure hiérarchique. Par courrier en date du 26 octobre 2022, elle a demandé à la commune de l'indemniser du préjudice résultant des harcèlements moral et sexuel dont elle estime avoir été victime, demande implicitement rejetée. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal de condamner la commune du Gosier à l'indemniser des préjudices résultant de ces agissements.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune du Gossier :
2. Aux termes de l'article L. 133-1 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les faits : 1° De harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ; () ". Aux termes de l'article L. 133-2 du même code " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
3. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou sexuel, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. S'agissant du harcèlement moral, Mme F soutient que M. E a pris l'habitude de commettre des actes de malveillance professionnelle à son égard, en la mettant notamment en porte à faux devant les usagers. Elle produit plusieurs mails adressés à sa hiérarchie dans lesquels elle signale que l'agent entend monter l'équipe contre elle, qu'il adopte un comportement négatif. Elle indique également que sa manière de servir ne donne pas pleine satisfaction. Si la requérante produit également une attestation de M. A, alors agent au sein du service juridique de la commune, destinataire des mails susmentionnés, indiquant que M. E a continué dans sa démarche pour discréditer la requérante, ce qui a rendu difficile l'exercice de ses fonctions, ses seuls éléments, qui se limitent à des déclarations, ne permettent pas de faire présumer, dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'un harcèlement moral, distinct du harcèlement sexuel.
5. S'agissant du harcèlement sexuel, il résulte de l'instruction que Mme F a déposé une main courante le 13 février 2020 puis a porté plainte le 26 février 2021 contre M. E pour des faits de harcèlement sexuel, propos ou comportement à connotation sexuelle imposés de façon répétée. Dans le cadre de son audition par les services de police, M. E a reconnu avoir envoyé à la requérante une photographie torse nu, lui avoir adressé un message à connotation sexuelle, en indiquant penser à elle pendant une érection et a admis avoir insinué, au cours de plusieurs échanges, souhaiter entretenir un lien plus sentimental avec elle. Il résulte de l'instruction que M. E a reconnu les faits qui lui ont été reprochés et que la procédure judicaire s'est conclue le 4 janvier 2022 par une composition pénale donnant lieu à sa condamnation au paiement d'une amende de 500 euros. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. E a fait l'objet d'une procédure disciplinaire initiée par l'autorité territoriale pour ces mêmes faits. Si, à la suite de l'avis défavorable du conseil de discipline, le maire de la commune n'a pas sanctionné l'agent, le conseil de M. E a cependant reconnu dans le cadre du conseil de discipline que son client a pu tenter d'embrasser sa supérieure hiérarchique sur la bouche à l'occasion de leur salutation. Enfin, il résulte de l'instruction que Mme F a fait part à sa hiérarchie des propos équivoques de M. E, et que ses déclarations sont corroborées par M. A, agent communal, qui atteste que M. E a fait à la requérante plusieurs avances et a tenu à son égard des propos déplacés. Par suite, les agissements de M. E, dont la seule qualification juridique est contestée en défense, doivent ainsi être regardés comme constitutifs de harcèlement sexuel.
6. D'autre part, lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'agissements répétés de harcèlement sexuel, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci. Dans ce cas, si ces agissements sont imputables en tout ou partie à une faute personnelle d'un autre ou d'autres agents publics, le juge administratif, saisi en ce sens par l'administration, détermine la contribution de cet agent ou de ces agents à la charge de la réparation.
7. Le harcèlement sexuel dont Mme F a été victime de la part de M. E, révèle, par sa nature autant que par sa gravité, l'existence d'une faute personnelle de la part de cet agent. Toutefois, les agissements de M. E sont survenus dans le cadre et avec les moyens du service. Si la commune fait valoir en défense avoir pris plusieurs mesures pour garantir la sécurité de Mme F, alors même que M. E n'a pas fait l'objet d'une sanction disciplinaire et qu'il n'a été déplacé de son poste que le 27 juin 2022, alors que Mme F était placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service, et ce, depuis le 18 mai 2020, cette circonstance n'est pas de nature à exonérer la commune de sa responsabilité en qualité d'employeur, dès lors que la faute personnelle de M. E n'est pas détachable du service. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la responsabilité de la commune doit être engagée du fait des agissements commis par son collègue, auteur des faits de harcèlement sexuel.
En ce qui concerne les préjudices :
8. En premier lieu, si Mme F soutient qu'elle a subi un préjudice financier, elle se borne à soutenir que celui-ci se traduit par une perte de salaire et de primes, ainsi que d'un retard dans le déroulement de sa carrière, en particulier en termes de points de retraite. En l'absence de toute autre précision, la requérante n'établit ni la réalité de ce préjudice ni le lien de causalité avec le harcèlement dont elle a été victime.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction que les faits de harcèlement sexuel dont la requérante a été victime ont eu un impact important et durable sur sa santé physique et mentale. Les pièces médicales versées au dossier émanant d'un psychiatre et d'une psychothérapeute soulignent que l'état de santé de la requérante a été profondément altéré, l'intéressée ayant souffert d'un état anxiodépressif, avec malaise, pulsions agressives, troubles du sommeil, troubles du comportement alimentaire, perte de poids et des symptômes dépressifs liée à son harcèlement. Ils attestent également que l'état de Mme F résultant du harcèlement qu'elle a subi a nécessité une prise en charge pendant au moins un an. Par ailleurs, les attestations de proche de la requérante sont cohérentes avec les éléments fournis quant à la dégradation de son état de santé. Il résulte également de l'instruction que dans le cadre de la procédure pénale, l'unité médico-judiciaire du centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre a conclu après avoir examiné Mme F, que l'incapacité temporaire totale, au sens pénal, pouvait être estimée, au moment de cette procédure, à cinq jours. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral dont a souffert Mme F en condamnant la commune du Gosier à lui verser la somme de 8 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de prononcer à l'encontre de l'administration une injonction à titre principal. Par conséquent, et comme le fait valoir la commune du Gosier en défense, les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune du Gosier de lui communiquer le rapport d'expertise psychologique de M. C, du rapport d'expertise médicale du Dr D en date du 23 août 2023, le rapport d'expertise médicale du Dr B, du rapport d'expertise psychiatrique du Dr H doivent être rejetées comme irrecevables. Pour les mêmes motifs, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune du Gosier de lui communiquer le compte-rendu de l'entretien qui s'est déroulé le 8 février 2022 et les rapports d'évaluation annuelle de M. E de 2021 et 2022 doivent également être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement :
11. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions aux fins d'exécution sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, la présente instance n'ayant généré aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par la requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
13. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune du Gosier demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune du Gosier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune du Gosier est condamnée à verser à Mme F la somme de 8 000 euros.
Article 2 : La commune du Gosier versera à Mme F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Gosier présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F et au maire de la commune du Gosier.
Copie sera adressée, pour information, à la Défenseure des droits.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Laurent Santoni, président,
Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,
Mme Kenza Bakhta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
K. BAKHTA
Le président,
Signé
J-L. SANTONI
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Signé
M-L. Corneille0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026