mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2300215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LE SCOLAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 février et le 21 mars 2023, M. A B, représenté par Me Le Scolan, avocat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté préfectoral RF/n° 2023/51 du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire sans délai de départ assorti d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans ainsi que la décision fixant le pays de renvoi n°2023/31 du même jour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information de la zone Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de le faire revenir sur le territoire français dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de son retour sur le territoire national et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour aux fins d'examiner sa situation personnelle à compter de son retour sur le territoire national et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme combiné à l'article 2 du protocole additionnel n°4 à la Convention européenne des droits de l'homme ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 1° et L. 612-10 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 211-2 1° du code des relations entre le public et l'administration
- il méconnaît l'article 41 1° et 2° a) de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n °2300814 du 24 avril 2023 du Tribunal administratif de la Guadeloupe ;
- le code de justice administrative.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/000345 du 27 février 2023.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de M. Gouès ;
- Les observations de Me Le Scolan, avocat représentant M. B.
Le préfet n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité dominiquaise, est né le 1er août 1975. Il est entré illégalement sur le territoire national en 1989, à l'âge de 14 ans avec sa mère. Il a fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire national le 31 janvier 2012, le 8 juillet 2014 et le 26 janvier 2021. Le 3 février 2021 il a été renvoyé à la Dominique. Le 31 janvier 2023, il a fait l'objet d'un contrôle aux fins de vérification du droit de séjour ou de circulation. Le même jour, le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire sans délai de départ assorti d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans et l'a placé au centre de rétention administrative des Abymes. Le 2 février 2023, il a fait l'objet d'un éloignement à la Dominique. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. En l'espèce, d'une part, M. B est entré sur le territoire national en 1989 à l'âge de 14 ans accompagné de sa mère. Il a donc vécu la majorité de sa vie sur le territoire national. En arrivant sur le territoire national, sa mère a refait sa vie avec un ressortissant français avec qui elle a eu 6 enfants, tous demi-frères et sœurs de M. B. Ce dernier allègue que l'ensemble de ses demi-frères et sœurs ont la nationalité française. Il ressort de l'instruction du dossier que M. B n'a jamais été scolarisé et a travaillé une grande partie de sa vie auprès de son père de substitution dans la coupe des champs de canne et dans l'élevage d'animaux. N'ayant jamais été scolarisé, le requérant est illettré. Dans ces conditions, il déclare avoir rencontré des difficultés pour effectuer les démarches aux fins de régulariser sa situation administrative. Pour attester de sa continuité sur le territoire national, M. B produit une attestation d'hébergement de sa mère, ressortissante dominiquaise titulaire d'une carte de résident, avec qui il a toujours vécu jusqu'à ce qu'il soit éloigné en Dominique. Il verse au débat une attestation de témoin du 15 mars 2005 qui atteste de sa présence depuis dix ans et qu'il a toujours exercé différentes activités professionnelles pour subvenir à ses besoins ainsi qu'un certificat de résidence du maire de la commune de Grand-Bourg de Marie-Galante daté du 16 septembre 2003 et qui atteste que le requérant réside dans sa commune depuis 1994. Il produit également un titre d'admission à l'aide médical d'état total pour la période 2006 à 2007, les avis d'impôt sur le revenu pour les années 2010 à 2018 et 2021, un compte rendu d'analyse sanguine du 18 juillet 2014, un contrat de téléphonie mobile et un avenant du 30 juin 2014 et du 5 juillet 2014, un courrier de la sécurité sociale du 25 mars 2015, un compte rendu de sortie des urgences du 3 juin 2015, un relevé de détail des prestations de la sécurité sociale pour la période des mois de juin et juillet 2015, des cartes individuelles d'admission à l'aide médicale de l'état pour la période de 2016 à 2017 et de 2017 à 2018, un courrier de l'assurance retraite du 10 septembre 2020. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B est en concubinage avec une ressortissante française depuis plus de 8 ans.
4. D'autre part, pour justifier de son intégration professionnelle à la société française, M. B produit au soutien de sa requête des contrats de travail, des fiches de paie en qualité d'employé polyvalent dans une entreprise de charpente entre 2013 et 2015, des certificats de travail, reçu pour solde de tout compte, trois attestations de retraite complémentaire des salaires du secteur privé pour la période 2013 à 2015, le relevé de situation individuelle, un courrier de l'assurance retraite du 17 septembre 2015. Dans ces conditions, l'arrêté contesté a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs en vue desquelles il a été pris, en méconnaissance des articles précités L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, il y a lieu d'annuler l'arrêté préfectoral en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
6. Il y a lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, d'une part, de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour mention vie privée et familiale, dans un délai d'un mois et, d'autre part, de réexaminer sa situation dans le même délai. Il est enjoint d'autre part au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement.
7. Enfin, il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de prendre attache avec les autorités consulaires de la Dominique aux fins de faire revenir M. B sur le territoire national.
Sur la demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser la somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guadeloupe RF/n°2022/430 du 31 janvier 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder au réexamen du droit au séjour de M. B dans un délai d'un mois, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de prendre attache avec les autorités consulaires de la Dominique aux fins de faire revenir M. B sur le territoire national.
Article 5 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience publique du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
M. Lubrani, conseiller,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le président rapporteur,
Signé
S. GOUÈS
L'assesseur le plus ancien,
Signé
A. LUBRANI
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Chef,
Signé
M-L CORNEILLE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026