jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2300229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHURIN KANCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 février 2023 et le 30 janvier 2024, M. D C, représenté par Me Johanna Mathurin-Kancel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à la signer ;
- la décision est insuffisamment motivée en fait, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle, et en droit, dès lors qu'elle ne vise pas précisément le cas légal d'éloignement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui est appliqué ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à la signer ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- le recours contre la décision fixant le pays de destination suspend l'exécution de cette décision ;
- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à la signer ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à la signer ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son principe en raison des circonstances humanitaires qu'il présente.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2023.
Par ordonnance du 11 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2024.
Des pièces complémentaires ont été produites le 28 mars 2024 pour M. C, et n'ont pas été communiquées, en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2300230 du 28 février 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée par M. C.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux.
Le préfet n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant haïtien né le 15 janvier 1979, déclare être entré en France pour la dernière fois en 2019, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 27 septembre 2009, il a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugié, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 août 2006, dont il n'a pas fait appel devant la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 21 décembre 2013, le préfet de la Guadeloupe a prononcé à son encontre une première décision portant obligation de quitter le territoire français, puis, par un arrêté du 30 août 2018, il a prononcé à son encontre une deuxième décision portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur ce territoire, pour une durée de trois ans. Le 31 août 2018, M. C a été éloigné à destination de son pays d'origine. Le 14 février 2023, il a été interpelé et placé en garde à vue pour défaut de permis de conduire et défaut d'assurance. M. C, qui n'était pas en possession d'un document l'autorisant à circuler librement ou à séjourner en France, s'est vu notifier par le préfet de la Guadeloupe un arrêté du 14 février 2023, prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet et par délégation, par M. B A, sous-préfet de la Guadeloupe. Par un arrêté du 9 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 971-2023-036 le préfet de la Guadeloupe a donné délégation à M. B A, sous-préfet de l'arrondissement de Pointe-à-Pitre, pour signer notamment les arrêtés et décisions concernant l'entrée et le séjour des étrangers, sans exclure aucune des décisions objet du présent recours. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
4. En l'espèce, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment le 1° et le 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux décisions portant obligation de quitter le territoire français. S'agissant de la motivation en fait, le préfet rappelle la nationalité de M. C, ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire, ainsi que sa situation personnelle et familiale, notamment qu'il a déclaré être marié à une compatriote et avoir deux enfants, résidant dans son pays d'origine. L'arrêté expose également les éléments sur lesquels le préfet de la Guadeloupe s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, dont la circonstance qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y était maintenu irrégulièrement. La décision fixant le pays de destination comporte également les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressé de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine, sa demande d'asile ayant été définitivement rejetée. Par suite, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. C, est suffisamment motivé et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, démontre que le préfet de la Guadeloupe a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. En l'espèce, en soutenant que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, M. C doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. C se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, dès lors qu'il y serait entré pour la première fois en 2004, il est toutefois constant qu'il a fait l'objet d'une reconduite effective dans son pays d'origine le 31 août 2018, et est à nouveau entré sur le territoire français en 2019, ce qui ne permet pas de qualifier son séjour comme continu sur ce territoire depuis 2004. De plus, outre les décisions administratives dont il a fait l'objet depuis 2006, il ne produit aucune autre pièce au soutien de ses allégations, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait créé sur le territoire français des liens tels que son éloignement de ce territoire porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors qu'il ressort de ses procès-verbaux d'audition qu'il a déclaré avoir une femme et deux enfants en Haïti, ce qu'il ne conteste pas. Il ne se prévaut en outre d'aucune insertion particulière au sein de la société française. Par suite, au regard de ces circonstances, le préfet de la Guadeloupe n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée et n'a, dès lors, pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être éloigné. Dans le même sens, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives au pays de renvoi, ne peuvent pas être utilement invoquées à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant dans toutes ses branches.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
9. En l'espèce, compte tenu de l'absence de sollicitation d'un titre de séjour par le requérant depuis son arrivée sur le territoire français et de l'absence de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, c'est à bon droit que le préfet de la Guadeloupe a estimé que M. C ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes et présentait le risque de se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement. Le moyen tiré d'une erreur d'appréciation commise à ce titre doit, par suite, être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4 du code de justice administrative : " Sauf dispositions législatives spéciales, les requêtes n'ont pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par la juridiction. ". Aux termes de l'article L. 761-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir en Guadeloupe : 1° Si l'autorité consulaire le demande, avant l'expiration du délai d'un jour franc à compter de la notification de cette décision ; / 2° Si l'étranger a saisi le tribunal administratif d'une demande sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, avant que le juge des référés ait informé les parties de la tenue ou non d'une audience publique en application du deuxième alinéa de l'article L. 522-1 du même code, ni, si les parties ont été informées d'une telle audience, avant que le juge ait statué sur la demande. ".
11. Si les dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que " l'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ", il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 761-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable en Guadeloupe. Il s'ensuit que, par dérogation au régime national des recours contentieux formés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire, le recours formé, en dehors de tout référé, à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire, opposée à un étranger en Guadeloupe par le représentant de l'Etat sur ce territoire, n'a pas de caractère suspensif. Par conséquent, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir, saisi en dehors de tout référé, de suspendre l'exécution des décisions attaquées par lesquelles le préfet de la Guadeloupe a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors que de telles conclusions seraient irrecevables, le moyen tiré du caractère suspensif du recours concernant la décision fixant le pays de renvoi doit, par suite, être écarté comme inopérant.
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. En l'espèce, M. C soutient que sa vie serait menacée en cas de retour en Haïti et qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, dès lors qu'il a déjà reçu des menaces et a dû fuir en République Dominicaine suite l'incendie de la maison de sa mère en 2011, en raison de son ancien statut d'élu politique de l'opposition. Il ajoute que ces menaces se sont réitérées lors de son retour en Haïti en 2018, ce qui explique son retour sur le territoire français en 2019. Toutefois, alors qu'il ressort de son procès-verbal d'audition du 24 février 2023 qu'il a déclaré avoir quitté son pays d'origine pour des motifs économiques, le requérant, qui soutient à la fois avoir été élu en 2005 et être entré sur le territoire français en 2004, n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations. Il ressort en outre des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 août 2006, et qu'il n'en a pas fait appel devant la Cour nationale du droit d'asile. En se fondant également sur la situation sécuritaire de ce pays, telle qu'elle résulte des informations présentes sur le site du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et du Haut-Commissariat aux Réfugiés, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait effectivement et personnellement exposé à un risque pour sa vie et à des peines ou traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant Haïti comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
15. M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans les cas prévus au L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Si l'intéressé se prévaut de sa relation sentimentale avec une ressortissante française et de la circonstance qu'il a cherché à régulariser sa situation administrative au regard de son droit au séjour pendant la période de pandémie Covid-19, ces circonstances ne peuvent pas être regardées comme justifiant d'une circonstance humanitaire pour les motifs précédemment exposés. C'est, dès lors, sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Guadeloupe a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
J. LE ROUX
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026