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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300382

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300382

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCORALIE GERALD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril et 24 décembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et à prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°)d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit dès lors que les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui était pas applicables, étant entré régulièrement sur le territoire ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant dominiquais né le 2 décembre 1998 à Roseau, déclare être entré sur le territoire français le 11 novembre 2000, à l'âge de deux ans. Le 1er septembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2023, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et lui a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. En l'espèce, il est constant que le requérant est père d'un enfant français née le 19 juillet 2018. Il ressort des pièces du dossier que par jugement en date du 19 mars 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Pointe-à-Pitre a fixé la résidence de l'enfant au domicile de la mère et a dispensé le requérant de contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant en raison de son impécuniosité. Toutefois, au regard des éléments produits, notamment des factures, dont seules certaines sont nominatives, relatives aux frais de garde de l'enfant jusqu'en janvier 2021, à l'achat de produit d'entretien jusqu'en décembre 2021, et au paiement de frais de restauration scolaire pour les mois de septembre 2022 à janvier 2023, M B ne justifie pas contribuer activement à l'éducation de son enfant ni faire usage de son droit de visite, tel que fixé par le jugement du juge aux affaires familiales précité, depuis au moins deux ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

5. M. B soutient qu'en prenant l'arrêté au visa de l'article susmentionné, le préfet a mal fondé sa décision, dès lors qu'il serait entré régulièrement sur le territoire français. Toutefois, il ressort des visas et des motifs de l'arrêté litigieux que le préfet s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, après lui avoir refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile des étrangers est inopérant et doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, M. B déclare être entré en France en 2000 avec sa mère, sans toutefois l'établir. Il a été scolarisé en France de 2004 à 2016, date d'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle " froid et climatisation ", et a un contrat à durée déterminée avec la société NBS. Toutefois, il n'est pas contesté qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, notamment à une peine de 8 mois d'emprisonnement pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme de catégorie B en novembre 2019, à une peine de 4 mois d'emprisonnement pour blessures involontaires par conducteur de véhicule terrestre à moteur ayant fait usage de stupéfiants en octobre 2020, et à une peine de 8 mois d'emprisonnement pour refus de remettre aux autorités judiciaires la convention secrète d'un moyen de cryptologie et acquisition, usage, détention, offre ou cession non autorisées de stupéfiants en janvier 2021. Dès lors, eu égard à leur caractère grave, répétitif, et récent, ces faits sont constitutifs d'un trouble à l'ordre public. Si le requérant fait valoir être en concubinage avec une ressortissante française, aujourd'hui enceinte, la seule production d'un compte rendu d'échographie et de la pièce d'identité de celle-ci ne saurait établir la réalité de leur relation. Au surplus, le requérant n'allègue ni n'établit ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Nadège Mahé, présidente,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

K. C

La présidente

Signé

N. MAHE

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. CETOL

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